Traité de libre-échange - Alain Lamassoure : "Il ne faut pas avoir peur de négocier"

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INTERVIEW - Alain Lamassoure, député européen et tête de liste UMP en Ile-de-France, défend les discussions en cours entre l'Union européenne et les Etats-Unis sur un traité de libre-échange qui pourrait être conclu en 2015. Metronews a interrogé l'eurodéputé sur ce projet controversé.

Vous soutenez les négociations sur un partenariat économique entre l'Union européenne et les Etats-Unis. Quels principaux avantages retirerions-nous d'un tel accord, selon vous ?
Il y a d'abord un enjeu sur l'emploi à court terme, notamment avec l'ouverture des marchés publics américains, qui pourrait créer des centaines de milliers d'emplois. Il s'agit d'obtenir des Américains qu'ils ouvrent les marchés publics des 50 Etats qui composent le pays. Ensuite, il y a un enjeu essentiel, à plus long terme, qui concerne les normes techniques.

C'est-à-dire ?
Face à la Chine et aux pays émergents comme l'Inde ou le Brésil, il faut conserver un temps d'avance en termes de recherche et d'innovation. Pour cela, nous devons, avec les Américains, imposer des normes communes aux multinationales. L’expérience de Microsoft ou de Google nous montre que sur des technologies de pointe, les précurseurs imposent leurs normes au reste du monde et bénéficient ainsi d'un avantage commercial considérable. Cela vaut sur les futurs médicaments, les énergies renouvelables et bien d'autres domaines.

Comment s'assurer que le rapport de force soit équitable avec les Américains ?
En Europe, nous harmonisons systématiquement nos normes. Ce n'est pas le cas aux Etats-Unis, où les 50 Etats américains partagent moins de standards que les 28 pays de l’Union. Ce fonctionnement avantage l'Europe dans les négociations.

Ceux qui s'opposent à ce traité craignent l'arrivée en Europe du bœuf aux hormones américain, par exemple. Ont-ils tort ?
Dès le premier jour, les Européens ont fait connaître les sujets non négociables, à savoir l'exception culturelle et la sécurité alimentaire. Il n'est donc pas question d'accepter ni le poulet nettoyé au chlore ni le bœuf aux hormones.

Et ce cadre ne peut en aucune manière évoluer ?
C'est très clairement dit dans le mandat de négociation. Évidemment, cela peut évoluer en fonction des négociateurs, et donc du prochain Parlement et du futur commissaire européen en charge du dossier. Mais il ne faut pas avoir peur de négocier par principe. Je suis le premier à dire que nous rejetterons l'accord si nous ne sommes pas satisfaits des négociations, puisque le Parlement devra se prononcer sur le texte.

La mise en place d'un tribunal arbitral censé trancher les litiges entre Etats et multinationales, très critiquée, n'est, quant à elle, pas exclue des négociations...
Là aussi, tout est à écrire. A nous de veiller à ce qu'une multinationale ne puisse pas se faire payer des dédommagements parce que nous aurions changé une norme environnementale, par exemple.

L'opacité qui entoure les discussions en cours ne participe-t-elle pas aux réticences exprimées et plus largement à un sentiment de rejet de l'UE avant les élections ?
Un certain nombre de partis jouent là-dessus pour attiser la peur des Français en oubliant qu'un tiers des emplois en France sont liés soit aux entreprises étrangères, soit aux exportations. J'invite les plus réticents à regarder le résultat du dernier accord commercial important passé en 2011 par l'UE avec la Corée du Sud. Dès la première année, il a permis à l'Europe de renverser à son profit la balance commerciale avec ce pays.

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