Un an après l'affaire Cahuzac, l'opération transparence dans le brouillard

Un an après l'affaire Cahuzac, l'opération transparence dans le brouillard

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MORALISATION – Mercredi, cela fera un an, jour pour jour, que l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac a démisionné, poussé vers la sortie par le plus gros scandale du quinquennat de François Hollande. Ce dernier avait alors lancé son "opération transparence". Où en est-elle aujourd'hui ? Grand flou.

"La commission de quoi ?" Même au Sénat, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) ne trouve pas son public. Cette instance indépendante a pourtant été lancée en grande pompe à l'automne dernier par le gouvernement comme un paratonnerre pour empêcher une nouvelle affaire Cahuzac. L'ex-ministre du Budget, qui avait menti sur son patrimoine en cachant notamment un compte en Suisse, a démissionné il y a un an, jour pour jour mercredi. A cette occasion, metronews a voulu faire le point sur l'"opération transparence", lancée par François Hollande. Une démarche riche en enseignements.

Pour échapper au "tous pourris" après la polémique, le président avait lancé, lors d'une allocution solennelle en direct de l'Elysée le 10 avril , une grande contre-offensive. Les règles qui régissent le patrimoine des responsables publics seraient "entièrement revues" et une haute autorité, "totalement indépendante", "contrôlera[it] les déclarations de patrimoine et d'intérêts des ministres, parlementaires, grands élus". Officiellement créée en octobre , la Haute autorité pour la transparence de la vie publique était donc chargée de collecter et de diffuser les déclarations de patrimoines des élus.

"Il est à la retraite, monsieur Delcamp ?!"

Aujourd'hui, force est de constater que tout n'est pas opérationnel. Certes, les déclarations de patrimoines des ministres ont toutes été publiées sur le site de Matignon. Mais on attend toujours leur trace sur le site Internet de la Haute autorité, qui était censée s'en charger. A l'heure actuelle, les seuls documents en ligne sur sa page web sont... les déclarations vides, à télécharger. Une récente polémique autour d'un mensonge supposé sur la déclaration de la ministre Yamina Benguigui montre que la méfiance est toujours bien là. La HATVP a-t-elle seulement exercé sa mission de contrôle dans ce cas précis ? Nul ne sait.

Il faut dire que la fameuse HATVP est difficile à joindre. Son site Internet ne donne pas de numéro de téléphone. Les ministères que nous avons contactés semblent incapables de nous aiguiller vers un interlocuteur. Impossible aussi de retrouver la trace d’Alain Delcamp, nommé par le président du Sénat à la Haute Autorité. Mais il est à la retraite, monsieur Delcamp, non ?! », nous répond-on, interloqué, au palais du Luxembourg, dont il fut pourtant le secrétaire général.

Un calendrier inexistant

Voilà pour la grande instance indépendante. Où en est donc la patte blanche que sont censés montrer tous les élus ? Les parlementaires, députés européens, membres des cabinets ministériels, collaborateurs du chef de l'Etat, des présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, avaient jusqu'au 1er février pour remettre leur déclaration de patrimoine à la Haute autorité. Pour les élus locaux – maires, président de région ou de département - l'échéance est repoussée au 1er juin. Mais aucune date n'est fixée pour l'instant pour la mise à disposition de tous ces documents au public.

Il faudra attendre "un arrêté du ministre de l'Intérieur", nous expliquait, fin janvier, l'Assemblée nationale. Ce que ledit ministère refuse aujourd'hui de nous confirmer. Nous n'aurons pas de dates, ni aucun autre élément sur le sujet d'ailleurs. Pour toute question, "il faut passer par la Haute autorité", nous assène-t-on place Beauvau. Un mur. Un cycle infernal. La transparence attendra.

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