Un an après le drame de la rue d’Aubagne, la crise est "résorbée" assure Gaudin

Depuis l’effondrement de deux immeubles le 5 novembre 2018 à Marseille, les habitants pointent la responsabilité de la mairie dans la catastrophe de la rue d’Aubagne qui a fait huit morts. Un an après, quel bilan ?
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Immeubles effondrés rue d'Aubagne à Marseille, un an après

HABITAT INDIGNE - A la veille du triste anniversaire du drame de la rue d'Aubagne, qui a coûté la vie à huit personnes, le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin a fait le bilan de son action pour lutter contre les logements insalubres.

Les drapeaux seront en berne toute la journée et une minute de silence observée ce mardi 5 novembre à Marseille, un an après l'effondrement de deux immeubles de la rue d'Aubagne. Mais la cérémonie en mémoire des huit victimes restera cantonnée à l'Hôtel de ville. Jean-Claude Gaudin ne se rendra pas sur les lieux du drame. Pour éviter un mauvais accueil. "Je ne crois pas que ma présence soit souhaitée", a-t-il précisé lors d'une conférence de presse lundi, assurant chercher "l'apaisement". 

Devant la presse, le maire de la ville a présenté ses chiffres du relogement estimant que la crise de la rue d'Aubagne était "résorbée" tout en pointant à nouveau du doigt les responsabilités de la métropole et de l’Etat. 

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"14 millions d'euros" utilisés

Selon le maire "plus de 14 millions d’euros" ont été utilisés pour "prendre soin" des "3.200 personnes évacuées", dont une grande partie bien au-delà du quartier de Noailles où se situe la rue d’Aubagne. Habitant dans 27 hôtels réquisitionnés selon la ville, elles n’ont cependant pas toutes été logées à la même enseigne, d’après des données du collectif du 5-Novembre qui regroupe des habitants et des proches des victimes. Lors d'une conférence de presse ce lundi après-midi, un membre de ce groupe constitué au lendemain du drame estime ainsi que parmi les 1.300 personnes  toujours "en logements précaires et provisoires", moins d’un tiers le sont à l’hôtel quand les autres se "sont débrouillées toutes seules".

Le collectif a également "regretté" les propos du maire, déplorant que la "volonté politique" ne soit pas "à la hauteur de ce qu'il s'est passe". "Nous aurions aimé que notre maire et notre municipalité aient un peu de compassion, qu’ils soient à la hauteur de la commémoration. On ne peut pas dire que nous en soyons là."Badra Delhoum, membre du collectif, a également interprété l'absence de la venue du maire comme le signe d'un représentant qui n'a "pas la conscience tranquille".

Une "crise" née de ce que l'élu LR décrit comme une "psychose". Ainsi, alors que huit personnes sont décédées à cause de l’insalubrité de leur logement, le maire regrette que la ville ait dû "se substituer  aux propriétaires défaillants". Un argument déjà plusieurs fois avancé par Jean-Claude Gaudin. Pourtant, d'après une enquête publiée le mois dernier par des médias locaux associés à Mediapart, "68 immeubles aujourd’hui vides et à l’abandon sont entre les mains de la Ville ou y sont passés". Et ce notamment dans le quartier de Noailles où un appartement vidé pour cause d'insalubrité est encore la priorité de la Ville, toujours selon cette enquête. Autre exemple : dans le quartier de la gare, la vétusté de trois immeubles de la municipalité, jugés bons à démolir en décembre 2018, a contraint des locataires d'appartements voisins - eux en parfait état - à les  quitter à cause d’une "injonction d’interdiction d’habiter".

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Marseille : la galère des délogés de la rue d'Aubagne

Mais l'élu de droite reste positif sur son bilan. Il avance ainsi que "à l’échelle de la ville, 90 % des personnes délogées ont aujourd’hui retrouvé un logement". Et même d’estimer que seules "quinze personnes" proches de la rue d’Aubagne restent encore sans habitat pérenne, et ce car elles auraient refusé "toutes les propositions qui leur ont été faites".  Un constat loin d’être celui du collectif 5-Novembre, qui souligne que le nombre de délogés "grossit toutes les semaines"  avec des immeubles "régulièrement condamnés" 

Que l'arbre marseillais ne permette pas de cacher la forêt nationale- Jean-Claude Gaudin, maire LR de Marseille

Si Jean-Claude Gaudin assume en partie ses responsabilités, il critique, comme souvent, le gouvernement. Car pour celui qui est pourtant en charge de la politique de cette ville depuis deux décennies, "l’ampleur des situations à traiter  nécessite davantage de crédits de l’État". Et de demander que les "annonces" faites l’an dernier se "traduisent dans le concret". Selon l’AFP, l'Etat n’a pour l'heure versé que 17 millions d’euros sur les 240 promis. Rien d'anormal d'après le ministère du Logement, qui précise que le versement des 240 millions est prévu sur 10 ans, les 17 millions d'euros correspondant à l'enveloppe de l'année 2019. Celle-ci, assure le ministère, a "vocation à augmenter rapidement". 

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Un bilan auquel  le maire a ajouté des promesses de sanctions "suffisamment dissuasives" qui "doivent être prises" à l’encontre des marchands de sommeil. Et ce en parallèle d’un "durcissement des règles" municipales qui passera notamment par "une accélération des procédures pour que l’action publique soit plus efficace dans l’habitat privé lorsqu’il est dégradé". 

Avançant que l'habitat indigne concerne entre 400.000 et 800.000 logements en France, Jean-Claude Gaudin a lancé, avec le lyrisme dont il est coutumier, que "l’arbre marseillais" ne devait pas permettre de "cacher la forêt nationale". Pourtant, c'est bien la Ville qui a fait fi de plusieurs signalements concernant les habitations qui se sont effondrées il y a un an.  Ainsi Reynald Filipputti - désigné pour expertiser ces copropriétés en 2014 dans le cadre d’une procédure civile - avait prévenu à l'époque la "sécurité civile" de l’Hôtel de ville qu’il fallait évacuer les logements. Avertissement redonné trois ans plus tard, expliquant que des "désordres" constatés "représentent un risque réel pour les biens et les personnes à court terme". Selon son témoignage devant la justice dans le cadre de l’enquête ouverte pour homicides et blessures involontaires ainsi que mise en danger de la vie d’autrui, ces signaux d’alarme n’ont "jamais" trouvé de réponse. 

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