Un chômage à 7% en 2022 ? "Pas absurde", selon l'économiste Daniel Cohen

Un chômage à 7% en 2022 ? "Pas absurde", selon l'économiste Daniel Cohen
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L'INTERVIEW POLITIQUE - Le directeur du département d’économie de l’École normale supérieure était l'invité d'Elizabeth Martichoux dans la matinale de LCI du jeudi 13 février. L'occasion pour Daniel Cohen d'évoquer les chiffres du chômage et la réforme des retraites.

C'est l’information économique du jour. Le taux de chômage enregistre une forte baisse en France. D'après les données de l’Insee, le taux est désormais de 8,1% pour le 4e trimestre 2019. C'était 8,5% au trimestre dernier, soit une baisse de 0,4 points. 

Pour Daniel Cohen, directeur du département d’économie de l’École normale supérieure invité de l'interview politique d'Elizabeth Martichoux, cette "petite accélération" de la baisse du chômage, engagée depuis 2015, permettra sans doute d'atteindre "l’objectif du gouvernement d’arriver à 7% de taux de chômage avant la prochaine présidentielle". A la condition toutefois que les conditions macro-économiques restent les mêmes, rappelle-t-il. 

Dès le mois de juin 2017, la ministre du Travail Muriel Pénicaud s'était engagée à ce que le taux de chômage atteigne les 7% en 2022, répétant une promesse faite par Emmanuel Macron. 

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Baisse du chômage, mais... une croissance plutôt faible et des salaires qui stagnent

Si Daniel Cohen accueille positivement ce retour de l’emploi, il soulève "un paradoxe intéressant." En effet, malgré les bons chiffres apparents du chômage, il rappelle que "la croissance économique n’est pas extraordinaire" en France. Elle est située aujourd’hui autour de 1,3%. "C’est mieux que l’Allemagne mais ça reste dans la moyenne européenne."   

Quelles sont les conséquences de ce paradoxe ? Et bien dans la situation où l'emploi croît autant que la richesse elle-même, les gains de productivité stagnent à leur tour. "C’est quelque chose de très troublant, explique Daniel Cohen, car tout ce qu’on annonçait, d’une nouvelle période où les robots et les algorithmes remplaceraient les humains, est sans doute faux." 

Il considère cela à la fois comme une bonne nouvelle, "car on a toujours besoin des humains pour produire des richesses" pour aussitôt la nuancer : "Les humains, restant la seule source de la croissance, ne peuvent plus s’enrichir". Conséquence : "Les salaires restent bloqués." Aujourd’hui, la croissance des salaires ne se situe qu’à 0,1% par trimestre, bien en-deçà du niveau de l'inflation, ce qui a pour résultat de faire perdre du pouvoir d'achat.

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"Le gouvernement a rajouté beaucoup d'opacité" dans la réforme des retraites

Interrogé par Elizabeth Martichoux sur la tenue du débat sur les retraites, Daniel Cohen considère que "le gouvernement est passé à côté de l’essentiel de la réforme : c’est-à-dire de rassurer les Français sur leur devenir." L’économiste remarque ainsi un "grand état de confusion" et estime que "le gouvernement a rajouté beaucoup d’opacité à cette situation". Une opacité qui représente pour lui un vrai problème de démocratie. 

"On a un texte de plus de mille pages qui été présenté, mais ni les chercheurs, ni les syndicalistes, ni les parlementaires ne savent d’où ses chiffres viennent, s'inquiète-il. Il y a un scénario central à 1,3% de gain de la productivité du travail, mais nous n’avons aucun moyen de savoir ce que cela donnerait à 1% ou 1,5%." 

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"Le déficit, c'est parce qu'il y a moins de cotisations et donc de recettes"

Concernant le supposé déficit du système actuel et le chiffon rouge agité par la majorité pour instaurer un régime universel, Daniel Cohen émet de sérieux doute. "Quand on regarde l’évolution des dépenses, elles n’évoluent pas. Il n’y a pas de dérapage des dépenses. Ce qui explique le déficit, c’est qu’il y a moins de cotisations et donc de recettes. Or, pour l’essentiel, ces baisses de cotisations tiennent au fait que dans les simulations réalisées par Conseil d’orientation des retraites, la part des cotisations des fonctionnaires va baisser."

"Il y a de la croissance, il y a de l’emploi. Il n’y a donc aucune raison que les cotisations baissent, si ce n’est fondamentalement à cause de ce désengagement de l’Etat. Il faut être au clair là-dessus." 

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