Un élu RN demande à une femme de retirer son voile devant son fils en pleurs, en pleine séance du conseil régional

Politique

POLÉMIQUE – En pleine séance plénière du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, Julien Odoul (Rassemblement national) a exigé qu’une mère accompagnant une classe de CM2 retire son voile dans l’hémicycle. Face au refus de la présidente de Région, les élus RN ont quitté la séance.

Il s‘agissait initialement, pour une classe de CM2 de Belfort s’étant rendu vendredi au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, de "découvrir le fonctionnement d’une assemblée démocratique" dans le cadre de l’opération "Ma République et moi", organisée par la maison de quartier de Belfort-Centre. "Le but était de les initier à la vie publique en leur faisant découvrir des institutions régionales et nationales, c’était la dernière visite à leur programme", ont expliqué Maude Clavequin et Francis Cottet, élus de Belfort, à L’Est Républicain. Mais la visite a mal tourné.

Vous êtes soumise, vous allez voir, quand les Russes vont arriver, vous allez dégager !- Un élu RN à la mère voilée

En apercevant l’une des mères des enfants accompagnant ladite classe, assise en tribunes à côté de son fils et portant un voile recouvrant ses cheveux, un élu du Rassemblement national (RN), Julien Odoul, au beau milieu de la séance plénière, a ainsi interpellé la présidente du conseil régional Marie-Guite Dufay : “Je vais vous demander, s'il vous plaît, au nom de nos principes laïcs, de bien vouloir demander à l'accompagnatrice qui vient d'entrer dans cette salle de bien vouloir retirer son voile islamique. Nous sommes dans un bâtiment public, nous sommes dans une enceinte démocratique, madame a tout le loisir de garder son voile chez elle, dans la rue, mais pas ici !”

Dans la séquence ci-dessus, relayée par Julien Odoul lui-même, on peut entendre de vives protestations dans l'hémicycle tandis qu’il tient ses propos. Il a ensuite menacé de quitter la séance si l’accompagnatrice restait et, constatant qu’elle allait rester, a mis sa menace à exécution, suivi par l’ensemble des élus RN. 

S’en sont suivi quelques minutes de flottement, durant lesquelles la présidente de région socialiste a consulté le règlement intérieur. "Il dit que nous pouvons interdire l'accès à une personne dont le comportement est susceptible de troubler le déroulement de la séance. Donc il n'y a aucune raison que cette personne sorte", a finalement déclaré Marie-Guite Dufay, rappelant, plus largement, au passage que "la loi interdit les signes de discrimination dans le milieu scolaire, pas les signes de distinctions dans l'espace public".

Un signalement à venir auprès du procureur de la République

"On ne peut pas débuter la session par une minute de silence pour les victimes de la préfecture de police et accepter ça", a, pour sa part, lâché Julien Odoul juste avant de claquer la porte de l’hémicycle. La mère ciblée par son courroux, elle, est restée, mais a dû consacrer toute son attention à son fils, pleurant à chaudes larmes accroché à sa jupe après cet échange.

En outre, dans Le Monde, une élue de l’Union des démocrates et des écologistes a affirmé avoir vu, en se rendant aux toilettes du conseil régional, un membre du groupe RN apostropher ainsi l’accompagnatrice : “Vous êtes soumise, vous allez voir, quand les Russes vont arriver, vous allez dégager!”, provoquant l’intervention d’un membre de la sécurité.

Vendredi soir, la présidente de Région a publié un communiqué pour dénoncer "un déferlement de haine" et dire son intention de faire un signalement au procureur de la République.

Enfin, ce samedi, la secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a réagi à son tour, clamant que "c’est en humiliant les mères publiquement devant leurs enfants qu’on crée du communautarisme" et que "le RN n’est pas qualifié pour parler 'au nom des femmes qui se battent pour leurs droits partout'". 

Le rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité auprès du gouvernement, Nicolas Cadène, a également commenté l'incident, invitant l'élu d'extrême droite à "relire la loi. [...] Cette mère n'est pas soumise à la neutralité et n'avait pas à être humiliée et menacée devant son enfant et sa classe venus découvrir le fonctionnement de l'assemblée régionale".

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