Un ministre, un "monsieur vaccin" et des experts : qui va mener la politique de vaccination contre le Covid-19 ?

Un ministre, un "monsieur vaccin" et des experts : qui va mener la politique de vaccination contre le Covid-19 ?

"MONSIEUR VACCIN" - La France se prépare comme les autres pays à mettre en œuvre la couverture vaccinale du Covid-19 d'ici un mois. Au sein du gouvernement, le ministre de la Santé Olivier Véran reste à la manœuvre mais un "monsieur" ou une "madame" vaccin, personnalité indépendante, doit être annoncée ce 3 décembre.

Une étape cruciale s'annonce pour l'exécutif dans la gestion de la crise sanitaire, avec la mise en œuvre de sa politique de vaccination contre le Covid-19. Si les commandes auprès des laboratoires se sont faites au niveau européen, chaque pays devra tracer sa propre voie pour assurer la couverture vaccinale. En France, la Haute autorité de santé a transmis lundi ses premières recommandations, indiquant que la vaccination concernerait en tout premier lieu les résidents des Ehpad, les personnels soignants et l'ensemble des personnels les plus exposés au virus. Ce sera le point de départ d'une vaste campagne qui se terminera avec la vaccination - volontaire - de l'ensemble des personnes majeures. 

L'expérience du H1N1 il y a une décennie a prouvé aux autorités qu'une politique de vaccination en France était particulièrement complexe à mettre en œuvre. Les questions d'approvisionnement, d'acheminement, des lieux de vaccination, du rythme mais également de l'acceptation du vaccin par la population sont autant de critères qui ont justifié, à leurs yeux, la mise en place d'un pilotage spécifique. 

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L'hypothèse d'un "monsieur vaccin" - personnalité extérieure à l'exécutif chargée de coordonner cette politique sous l'autorité de Matignon - circule depuis plusieurs semaines, sur le modèle du "monsieur déconfinement" qu'avait incarné Jean Castex au printemps dernier, avant sa nomination à Matignon. Selon nos informations, cette personnalité sera annoncée jeudi durant la conférence de presse de Jean Castex consacrée à la stratégie vaccinale. 

Jusqu'ici, le "monsieur vaccin" était Olivier Véran lui-même. "Le ministre des Solidarités et la santé sera le pilote interministériel de la stratégie de vaccination contre le Covid-19 et de la sécurisation des conditions de son déploiement opérationnel sur le territoire", a ainsi indiqué à LCI la Direction générale de la santé (DGS), interrogée à ce sujet le 26 novembre. "Cette task force apportera son appui au gouvernement afin que les conditions de préparation de la stratégie vaccinale soient réunies pour penser son déploiement."

Une note de la même DGS, citée lundi par Le Parisien, indique aussi que "le ministère de la Santé, sous l'autorité du Premier ministre et au travers d'une task force interministérielle, travaille activement sur les questions logistiques"

Une "task force" de spécialistes

Le ministre s’appuyait jusqu'ici sur une équipe interministérielle animée par Louis-Charles Viossat, a-t-elle indiqué à LCI. A 56 ans, cet inspecteur général des affaires sociales, spécialiste de santé publique, est l'actuel président de Centre Inffo, un organisme autonome dédié à la formation, et enseignant à Science Po. 

Issu de la promotion Condorcet de l'ENA - celle de Valérie Pécresse ou encore l'ancien conseiller de François Hollande, Aquilino Morelle -, Louis-Charles Viossat a derrière lui un long parcours, notamment ministériel. Il a œuvré à ses débuts au sein de la Banque mondiale avant de faire ses armes sous la présidence de Jacques Chirac, dans les cabinets du ministre du Travail et des Affaires sociales, puis de la Santé. À ce titre, il a été le directeur de cabinet de Jean-François Mattei en 2002, puis directeur général de l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale, avant de rejoindre le cabinet de Dominique de Villepin, en charge des affaires sociales, durant la réforme manquée du contrat première embauche (CPE). Sous Nicolas Sarkozy, il a officié comme ambassadeur en charge de la lutte contre le sida auprès du ministre des Affaires étrangères, et administrateur au Fonds mondial et à Unitaid. Son nom avait circulé un temps, en 2006, pour prendre la tête de l'AP-HP. 

Louis-Charles Viossat a en outre fait plusieurs incursions notables dans le privé. Au début des années 2000, il a ainsi occupé le poste de directeur "corporate affairs" de Lilly France, la branche française de laboratoire américain Eli Lilly. En mai 2009, il a également été embauché chez le géant américain Abbott, comme directeur des affaires gouvernementales pour l'Europe de l'Ouest et le Canada et à Bruxelles, puis en 2013 comme vice-président chargé des relations gouvernementales internationales. Abbott, qui a récemment remporté, en France, la plus grosse part du marché des tests antigéniques actuellement mis en œuvre contre le Covid.

Auditionné en 2011 par le Sénat après l'affaire du Mediator, il s'était expliqué sur ses fonctions passées chez Lilly, qui avaient précédé son entrée au cabinet de Jean-François Mattei. "J'ai demandé à l'époque au ministre d'être déchargé des décisions concernant les médicaments", avait-il alors expliqué à la mission, interrogé sur le risque de conflits d'intérêts. "J'avais demandé à ne pas traiter ces questions, à être déchargé des relations avec les laboratoires pharmaceutiques pour éviter toute suspicion et garantir l'impartialité des décisions du ministre", avait-il déclaré. 

L'expertise d'Anne-Carole Bensadon et d'Ombeline Gras

Les deux autres personnalités de cette task force sont Anne-Carole Bensadon, médecin et inspectrice générale des affaires sociales, et Ombeline Gras, inspectrice des finances. 

Anne-Carole Bensadon est notamment connue pour avoir co-écrit en 2011 le rapport d'enquête de l'Igas sur le scandale du Mediator, médicament commercialisé par les laboratoires Servier. Elle avait témoigné fin 2019 dans le procès à l'encontre de Servier et de l'Agence du médicament, assurant que l'alerte au sujet de ce médicament aurait pu être donnée dès 1999. 

Elle fut précédemment conseillère technique auprès du ministre délégué aux Personnes âgées (2004), puis au ministère de la Santé (2007). En mai 2016, elle a été nommée au sein du comité de déontologie et de prévention des conflits d'intérêts de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), puis membre de la commission de déontologie de la fonction publique, en charge de la fonction publique hospitalière. En juillet dernier, Anne-Carole Bensadon avec également co-écrit un rapport d'évaluation en demi-teinte de l'Igas consacré au Plan cancer 2014-2019.

Si le pilotage de la politique vaccinale est centralisé, l'exécutif envisage pour autant d'associer d'autres instances. Outre les instances scientifiques - la HAS mais aussi le Conseil scientifique, qui dispose d'un comité dédié au vaccin - Emmanuel Macron avait indiqué, dans son allocution du 24 novembre, qu'un "collectif de citoyens" serait "mis en place pour associer plus largement la population", afin que le processus se fasse "dans un cadre totalement transparent". Une promesse réitérée la semaine dernière par Olivier Véran, conscient qu'une partie des Français accueille les nouveaux vaccins avec circonspection.

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