Une liste communautaire a-t-elle récolté 40% des voix à Maubeuge lors des dernières européennes ?

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À LA LOUPE – Sur CNEWS, le député RN du Nord, Sébastien Chenu a évoqué les résultats obtenus par une liste décrite comme communautaire à Maubeuge aux européennes de 2019. Corrigé en plateau, il a repris un chiffre sur son compte Twitter. Nous l'avons vérifié.

À l'Assemblée, Edouard Philippe a assuré qu'il serait vigilant face aux "dérives communautaires" qui "seront portées par des candidats" lors des prochaines élections municipales. Invité par CNEWS à réagir sur le sujet, le député et porte-parole du Rassemblement national, Sébastien Chenu, a lancé en plateau. "Il [le Premier ministre, NDLR] nous dit 'faut pas de listes communautaires', trop tard c'est fait ! Je vous rappelle qu'aux élections européennes il y avait une liste communautaire, je le dis parce que je suis élu du Nord, à Maubeuge cette liste a fait – alors qu'il n'y avait pas de bulletins de vote disponibles –, 40% dans certains quartiers". 

L'une des autres invités, la journaliste de France Inter Carine Bécard, le reprend dans la foulée : "un bureau", précise-t-elle afin de relativiser ses propos. Cet extrait, l'élu l'a partagé sur son compte Twitter : "Hier soir, j'ai rappelé qu'il y a eu une liste qui a fait 40% aux dernières élections européennes à Maubeuge", écrit-il, laissant croire que ce score fut donc réalisé dans toute la ville. Il faut consulter la vidéo en intégralité pour que cette nuance, majeure, soit énoncée.

Que disent les chiffres ?

Avant toute chose, il faut préciser que le liste dont les invités de CNEWS débattent est celle présentée par l'UDMF, l'Union des démocrates musulmans français. Elle était représentée lors des élections européennes de mai 2019 par son président Nagib Azergui, à la tête d'une liste nommée "Une Europe au service des peuples". 

A Maubeuge, les données du ministère de l'Intérieur montrent que l'UDMF a recueilli 440 votes, soit 6,1% des suffrages exprimés. Ce score l'a placée en 5e position, loin derrière le Rassemblement national, arrivé en tête avec 37,43%. Il faut également préciser que le taux d'abstention a dépassé les 60%. La liste menée par Nagib Azergui est donc loin d'atteindre les 40% à l'échelle de la ville.

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Sébastien Chenu a raison lorsqu'il évoque un bureau de vote où l'UDMF atteint 40% des voix. Il s'agit du numéro 17, où la liste a été plébiscitée par 70 bulletins. Il est toutefois difficile d'affirmer, comme le fait l'élu RN, que "certains quartiers" ont obtenu de tels scores, puisque dans les autres bureaux, la liste en question obtient au mieux 17,63% des voix. Au total, l'UDMF n'a pas franchi la barre de 5% dans la moitié des bureaux ouverts (13 sur 26).

Si les résultats du parti restent modestes à l'échelle de Maubeuge, sur les talons d'Europe Écologie Les Verts et ses 6,14%, la liste de Nagib Azrgui y réalise des scores beaucoup plus élevés qu'à l'échelle nationale. Sur l'ensemble du territoire, "Une Europe au service des peuples" n'a en effet convaincu que 28.469 votant, et rassemblé 0.13% des suffrages exprimés. 

Une liste communautaire ?

Sébastien Chenu a-t-il raison d'affirmer que les listes "communautaires" existent déjà ? Peut-on considérer que celle portée en mai dernier par l'UDMF en est une ? Difficile de trancher. Si le parti entend lutter contre l'islamophobie, souhaite favoriser "une finance alternative, notamment islamique" et lutter contre les représentations négatives à l'encontre de la communauté musulmane, il s'inscrit dans un cadre républicain et laïc. Nagid Azergui expliquait dès 2015 à LCI que l'UDMF ne réclame en aucun cas "l'instauration d'un type de gouvernement théocratique, c'est-à-dire basé sur la religion".

"On peut nous comparer au parti chrétien-démocrate de Christine Boutin", renchérissait Azergui. La référence à l'islam est assumée : "C'est devenu un thème politique dans le sens négatif, celui du rejet, et que nous voulons lutter contre cela, en défendant bien au contraire une laïcité respectueuse." Du côté des mesures proposées, l'UDMF semble très proche d'autres mouvements de gauche, avec des mesures qui vont de "la lutte contre la pollution plastique" à la chasse à l'optimisation fiscale des multinationales", en passant par la lutte contre "les inégalités homme-femme". 

L'extrême-droite, dès 2015, s'inquiétait de l'existence de l'UDMF : Florian Philippot, alors au Front national, estimait que le parti lançait "l'alerte rouge du communautarisme".  "Nous ne sommes pas là pour mettre en place le 'grand remplacement' de la République par la charia", rétorque Nagid Azergui.

Pour les prochaines municipales, en 2020, l'UDMF souhaite présenter plusieurs listes. Il devra néanmoins composer avec des ressources limitées. Le parti s'appuie en effet sur une base de 800 adhérents et reste encore méconnu d'une grande partie des électeurs. 

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