Une proposition de loi de la majorité visant à faciliter la vente l'alcool dans les stades recalée par Agnès Buzyn

Politique
SPORT - Dans une proposition de loi déposée le 24 juillet dernier, 105 députés de la majorité souhaitent notamment assouplir l’interdiction de la vente d’alcool dans les stades. Une initiative qui fait l’objet de fortes critiques de la part des acteurs de prévention de l’alcoolisme.

Faire revenir, du moins partiellement, l’alcool dans les stades. Voilà le souhait de plusieurs députés de la majorité, formulé dans une proposition de loi déposée le 24 juillet dernier à l'Assemblée nationale. En attendant la présentation d’une grande loi sur le sport en 2020, un texte de 18 articles, destiné à repenser la pratique du sport et son mode de financement, a été signé par 105 élus LaREM. Et c’est son dernier article qui a particulièrement retenu l’attention, puisqu’il touche à la sensible loi Evin de 1991, interdisant la vente d’alcool dans les enceintes sportives. 


Dans la dernière partie du texte consacrée aux "modèles de financement du sport", l’article 18 propose d’étendre "l’octroi d’autorisations temporaires de vente d’alcool aux sociétés sportives", c’est-à-dire aux clubs professionnels. Un nouvel assouplissement voulu par des élus, après celui de 1999 et "l’amendement buvette" qui octroyait aux clubs dix dérogations par an, accordées par le maire ou le préfet sur demande de leur association, pour vendre de la bière dans les stades. 

Pour un "auto-financement du sport professionnel"

La proposition actuelle entend mettre fin à cette différence de traitement et permettre aux clubs professionnels de distribuer et de vendre eux-mêmes des boissons alcoolisées, sans passer par leur association sportive. Et le principal argument avancé par les rédacteurs du texte est d’ordre économique. "Le sport professionnel doit s’auto-financer", assure à LCI François Cormier-Bouligeon, député du Cher, co-auteur du texte avec Cédric Roussel (Alpes-Maritimes) et Belkhir Belhaddad (Moselle). "On a vu des collectivités s’endetter pour construire des infrastructures sportives, ce n’est plus possible." Ainsi, la vente d’alcool serait vue comme une solution pour permettre aux clubs de générer de nouvelles recettes. 


Déjà, l’amendement buvette avait été présenté à l’époque sous ce prisme, en "soutien aux petits clubs amateurs en équilibre financier précaire", rappelle l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA), qui se positionne contre la proposition législative. À cela, l’ANPAA oppose l’argument des grands clubs professionnels, à l’image du Paris-Saint-Germain, dont l’équilibre financier n’est pas à plaindre.  

Le sport, "une cible de choix" pour le lobby alcoolier

Dans l’entourage du député Cédric Roussel, l’objectif de cet article est surtout de "simplifier les choses" en ouvrant la dérogation de 1999 à tous, clubs comme associations. Mais aussi de mettre à égalité les "supporters lambda" et les supporters installés en tribune VIP, ces derniers profitant d’alcool à volonté pendant les matchs.  Ici, pas question de toucher à la réglementation sur la publicité de l’alcool, interdite notamment dans les enceintes sportives, affirme François Cormier-Bouligeon, dont l’intention affichée est de "travailler main dans la main avec les associations".


Car les acteurs de prévention de l’alcoolisme voient surtout dans cette proposition une manœuvre du lobby alcoolier. Selon l’ANPAA, "le sport est une cible de choix" pour les lobbies du vin et autres boissons alcoolisées qui viseraient un public jeune, massivement présent dans les gradins des stades. Voici la principale critique émise par les opposants à ce nouvel assouplissement de la loi Evin, contre laquelle se défend d’emblée François Cormier-Bouligeon : "Je n’ai jamais soumis d’amendement proposé par des lobbies."


Pour autant, le député du Cher ne cache pas sa passion pour le vin, aimant à rappeler "la tradition viticole française" et accordant des interviews à ce sujet, comme celle postée sur Youtube au mois de février par Vin et Société, célèbre lobby viticole. Le parlementaire fait également partie du groupe parlementaire d’études Vigne, vin et œnologie, avec une poignée d’élus signataires du texte, comme Eric Girardin, Olivier Damaisin, Jean-François Cesarini, Olivier Gaillard ou Emmanuelle Fontaine-Domeizel.

"La ferveur n'a pas besoin d'alcool", tance Agnès Buzyn

Dans la classe politique, la mesure n'a pas été toujours bien accueillie. Dans un tweet, la ministre de la santé Agnès Buzyn a dénoncé le tragique bilan de l'alcoolisme, deuxième cause de mortalité en France, et exprimé le mal qu'elle pensait de cette proposition. "L'alcool tue 41 000 personnes chaque année dans notre pays. Chacun de ces décès est évitable. Ne laissons pas de nouvelles incitations à la consommation d'alcool se rendre complices de ce bilan. La ferveur n'a pas besoin d'alcool pour s'exprimer dans nos stades."


Cet article 18 est loin de faire consensus, même au sein de la majorité. Jean-Louis Touraine, député LaREM du Rhône et médecin de profession, prévient d'ores et déjà. Il ne votera pas la mesure si elle est conservée telle quelle, bien que la proposition de loi comporte dans sa globalité "de bonnes choses". "L'alcool et le sport sont antinomiques", martèle l'élu. "Dans un stade, on ne boit pas." 

Cela étant, le retour de l’alcool dans les stades revient régulièrement dans le débat politique. Une proposition de loi, déposée par des députés LR en février dernier, allait encore plus loin dans la déconstruction de la loi Evin, puisqu’elle souhaitait une "autorisation permanente de vente de boissons dans les stades". 

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