Une réforme des retraites "abandonnée en rase campagne" un an avant la crise du Covid ? C'est inexact

Une réforme des retraites "abandonnée en rase campagne" un an avant la crise du Covid ? C'est inexact

CALENDRIER - La présidente LR de la région Île-de-France Valérie Pécresse a indiqué que l'exécutif avait abandonné son projet de réforme des retraites bien avant la crise du Covid. Si le projet a évolué avec le temps, c'est bien l'épidémie qui l'a mis en pause.

Invitée du Grand Jury ce dimanche sur LCI, Valérie Pécresse a livré son analyse sur une partie de l'action du gouvernement au cours du quinquennat. En lice pour représenter Les Républicains à la présidentielle, l'élue à la tête de la région Île-de-France a notamment invité à repenser le temps de travail au cours de la carrière, ouvrant la porte à une transformation du système de retraites. Une réforme que l'actuelle majorité a envisagé ces dernières années, sans pour autant la mener à son terme.  

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Sur ce point, Valérie Pécresse ne trouve aucune circonstance atténuante au gouvernement. Et réfute le fait que la crise sanitaire aurait mis du plomb dans l'aile au projet. En effet, "la réforme des retraites a été abandonné en rase campagne avant la crise Covid", a-t-elle assuré, faisant notamment référence à "la grande grève pour les retraites", qui avait eu lieu "un an avant" (voir la vidéo en tête de cet article). Si elle mentionne à raison cet épisode, qui a contribué à infléchir la position du gouvernement, il est toutefois faux d'affirmer que le projet était abandonné depuis longtemps en mars 2020.

Des évolutions, mais pas d'abandon

Pour vérifier les propos de la candidate LR, il faut se replonger en arrière, dès septembre 2017 avec la nomination de Jean-Paul Delevoye au poste de haut-commissaire à la réforme des retraites. C'est lui qui a été chargé de plancher sur un texte, son travail aboutissant au rendu d'un rapport le 18 juillet 2019. Instauration d'un "âge pivot", suppression des régimes spéciaux, système de calcul par points... Lorsque les grands axes de la réforme ont été dévoilés, les tensions ont émergé : du côté des syndicats tout d'abord, avec lesquels le gouvernement avait engagé des discussions, puis au sein de la société. 

Valérie Pécresse n'a pas oublié les grèves déclenchées début décembre 2019, avec des blocages massifs du côté de la SNCF et de la RATP. Ce mouvement social de grande ampleur, contrairement à ce qu'a prétendu la représentante des Républicains sur LCI, ne s'est pas déroulé "un an avant" la crise sanitaire, mais en réalité entre décembre 2019 et février 2020. Il est par ailleurs inexact d'expliquer que ce sont les grèves qui ont eu raison de la réforme. 

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Encore aux manettes à l'époque, Edouard Philippe avait pris la parole le 11 décembre. Il ne s'agissait pas de reculer, mais au contraire de réaffirmer sa volonté de mettre en place un "système où tout le monde serait gagnant", tout en étant "plus juste". Malgré la démission peu avant Noël du "monsieur retraites" Jean-Paul Delevoye, le gouvernement a réaffirmé son engagement à mener à bien sa reforme. Tout en lâchant du lest, que ce soit avec la proposition de plus amples discussions autour de l'âge pivot, où en garantissant à certains secteurs le maintien d'une série d'avantages (pour les militaires, les policiers, ou encore dans l'aérien).

Cristallisant les tensions, l'âge pivot - le seuil évoqué était à 64 ans - s'est vu abandonné le 11 janvier par Edouard Philippe et renvoyé aux discussions entre partenaires sociaux, bien que le Premier ministre ait réaffirmé "la volonté du gouvernement de construire un système universel de retraites par répartition et par point". Valérie Pécresse, à l'époque, ne se montrait pas favorable à l'âge pivot, lui préférant un report de l'âge légal de départ à la retraite. Pour autant, elle jugeait qu'il ne fallait "absolument pas" que le gouvernement renonce à cette composante du projet, sans laquelle il n'y avait à ses yeux "plus de réforme, [...] plus de sauvetage des retraites".

Si l'élue LR a vu dans ce recul une forme d'abandon du gouvernement, elle ne peut pas assurer aujourd'hui que cette décision a signifié un enterrement des volontés de réformes. Fin janvier, une conférence de financement s'ouvrait en effet entre gouvernement et partenaires sociaux, tandis que le début du mois de mars 2020 voyait le texte présenté en première lecture à l'Assemblée, via la procédure du 49-3 interprété comme un passage en force. 

Le processus législatif sera finalement mis en pause par la pandémie, Emmanuel Macron annonçant dans son allocution du 16 mars que "toutes les réformes en cours seraient suspendues, à commencer la réforme des retraites"

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