Face à Macron, le mouvement étudiant ne prend toujours pas : la jeunesse est-elle plus à droite ou plus résignée qu'avant ?

Face à Macron, le mouvement étudiant ne prend toujours pas : la jeunesse est-elle plus à droite ou plus résignée qu'avant ?

Politique
SANS CONTESTATION - De la réforme du Code du travail à celle des universités, annoncée lundi, en pleines vacances scolaires, les syndicats ne parviennent pas à susciter une mobilisation de la jeunesse contre le gouvernement, comme l'a reconnu dimanche le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Comment expliquer ce phénomène ?

Jean-Luc Mélenchon a placé tous ses espoirs en eux. Depuis la rentrée, le leader de La France insoumise n'a jamais manqué une occasion, en meeting comme sur son blog ou sur sa chaîne YouTube, d'appeler les étudiants du pays à se mobiliser contre les réformes engagées depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron. L'ancien candidat des Insoumis avait raflé 30% des suffrages des 18-24 ans au premier tour de la présidentielle. 


Mais les semaines ont passé et l'ancien activiste étudiant des années 1970 a reconnu lui-même, dimanche sur France Info, que la mayonnaise ne prenait pas, malgré les manifestations de l'automne contre la réforme du travail, les économies dans la fonction publique et même la perspective de la réforme de l'accès à l'universités, accusée de faire la part belle à la sélection des étudiants.  "Si la jeunesse se met en mouvement, ça y est... Mais ce n'est pas le cas", a déploré le député LFI des Bouches-du-Rhône. 

Mauvais timing

Comment expliquer ce retard à l'allumage, alors que la seule loi El Khomri, en 2016, avait suffi à susciter le mouvement Nuit Debout, qui entraînait derrière lui le monde syndical et affaiblissait un quinquennat déjà chancelant ? La réponse la plus simple serait dans le calendrier. D'abord, parce que, contrairement à François Hollande, Emmanuel Macron lance ces réformes au tout début de son quinquennat, encore auréolé de son élection. Ensuite, parce que le timing des réformes a pris les lycéens et les étudiants de court. 


"On peut reconnaître à Emmanuel Macron cette intelligence. Il a fait passer les ordonnances sur le travail pendant l'été, et cette réforme des universités pendant les vacances de la Toussaint", pointe Valentin Heitzler, le président de la Fidl, organisation lycéenne classée à gauche, interrogé par LCI. Or les syndicalistes savent bien que la Toussaint n'est pas un moment privilégié pour la naissance des mouvements de jeunesse. Hormis la mobilisation de novembre 1986 contre la loi Devaquet, les grands mouvements étudiants, de Mai 68 à la mobilisation contre le CPE en 2006 et contre la loi Travail en 2016 ont en commun d'avoir fleuri au printemps, et non à l'automne. 

Résignation

Mais l'explication principale que donnent les leaders syndicaux à cette apathie, c'est plutôt l'état d'esprit des étudiants. "La loi El Khomri a suscité une forme de dépit", estime Valentin Heitzler. "La mobilisation de 2016 avait suscité 15 manifestations successives, pour aboutir finalement au passage en force du 49.3. Quant à Emmanuel Macron, il avait placé la jeunesse au centre de sa campagne, mais il réduit les APL et veut instaurer la sélection à la fac. Il y a une déception, et un ras-le-bol."

On peut se demander si une partie de la jeunesse, plus individualiste, ne vire pas à droiteMichel FIze, sociologue

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Lilä Le Bas

Egalement sollicité par LCI, le sociologue Michel Fize, auteur de Jeunesses à l'abandon (Mimésis, 2016), estime qu'il y a au sein de la jeunesse "une certaine forme de fatalisme". "Comme la population en général, ils n'y croient plus. Il ne croient plus dans le discours des politiciens, fussent-ils bien intentionnés. Cette défiance touche également les instances syndicales, qui s'avèrent incapables de mobiliser." 


Résignation... Ou adhésion aux réformes du gouvernement ? "On peut se demander si une partie de la jeunesse, plus invidualiste, ne vire pas à droite", suggère Michel Fize, même si "l'électorat de Macron est plutôt bourgeois, favorisé et diplomé". Selon un sondage Ipsos pour L'Obs, 65% des 16-24 ans ne s'opposeraient pas à une forme de sélection à l'entrée de l'université, qui est pourtant l'angle d'attaque des principaux syndicats contre la réforme présentée lundi. "Pour le moment, Emmanuel Macron fait ce qu'il dit, et personne n'y voit réellement d'alternative", juge le sociologue. 

Mouvement imprévisible

Surtout, l'histoire des mouvements étudiants enseigne qu'ils sont bien souvent... Imprévisibles. En essayant de les anticiper à plusieurs reprises, Jean-Luc Mélenchon a-t-il péché par orgueil ? "Il ne suffit pas d'appuyer sur un bouton pour réveiller la jeunesse", observe Michel Fize. 


Un constat relayé, au sein de La France insoumise, par David Guiraud, responsables des jeunes LFI et co-auteur du livret de campagne de Jean-Luc Mélenchon consacré à la jeunesse. "Contrairement au milieu professionnel, où les syndicats peuvent anticiper la mobilisation, la jeunesse est moins structurée par les organisations. Les étudiants ont tendance à se mobiliser d'eux-mêmes, localement". Pour ce porte-parole des jeunes LFI, les espoirs de Jean-Luc Mélenchon ne sont donc pas forcément vains. "Il suffit de voir la fébrilité du gouvernement, qui lance sa réforme en pleines vacances scolaires", rappelle David Guiraud, dont le mouvement concentre ses efforts non sur les étudiants, mais sur les lycéens, qui seront les premiers touchés par la réforme en cours. "Les mouvements de jeunesse sont spontanés, plus rapides, et plus faciles à déclencher, puisque se mettre en grève n'a pas la même implication que pour un salarié en termes de journées de salaire perdues." 

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LA FRANCE INSOUMISE DRAGUE LES ETUDIANTS

Appel à la mobilisation pour le 16 novembre

Le président de la Fidl, Valentin Heitzler, espère aussi que le "ras-le-bol" au sein de la jeunesse pourra entraîner "une déferlante" dans les semaines qui viennent. La Fidl, à l'instar de l'Unef, de l'UNL, de Solidaires, de la CGT et de FO ont lancé un appel à la mobilisation pour le 16 novembre prochain. Reste à savoir ce qui, de la "résignation", de l'adhésion à la réforme ou du "ras-le-bol", l'emportera à la fin chez les étudiants. 

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