Des Gilets jaunes au vaccin, l'exécutif joue à nouveau la carte de la concertation citoyenne

L'EDITO - Sous le feu des critiques, notamment de l'opposition et surtout du Rassemblement national, le gouvernement semble être obligé d'accélérer la campagne de vaccination contre la Covid-19.

TRANSPARENCE - Les 35 citoyens chargés d'accompagner la campagne vaccinale jusqu'ici critiquée pour sa lenteur doivent être tirés au sort à partir de ce lundi. Ce n'est pas la première fois que l'exécutif fait appel à contribution des Français, sous des formes diverses.

Le but : jouer la transparence sur le vaccin contre le Covid-19. Face à un sujet qui divise profondément l'opinion, sans parler de la lenteur du démarrage de la campagne de vaccination, lancée dimanche 27 décembre, l'exécutif entend recourir une nouvelle fois à la consultation des Français. Lors de la présentation de la stratégie vaccinale, mi-décembre, Jean Castex a confirmé l'engagement pris par Emmanuel Macron, fin novembre, de lancer un collectif citoyen sur le sujet. 

L'initiative a pour objectif de "nourrir le pouvoir exécutif et législatif dans la menée à bien de la campagne de vaccination et d'ajuster les réponses qui doivent être apportées aux Français", explique le Conseil économique, social et environnemental (Cese), en charge d'héberger les travaux des citoyens et d'organiser la tenue des débats. Les 35 personnes qui seront tirées au sort à compter de ce lundi - ils entameront leurs travaux le 16 janvier avant un premier bilan attendu après le mois de juillet - devront notamment donner leur intention ou non de se faire vacciner au cours de l'année contre le Covid-19.

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Le monde commence à se vacciner contre le Covid-19

Une participation qui rappelle incontestablement la grande consultation organisée en 2016, sous François Hollande, par l'ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine sur l'évolution de la politique vaccinale en France. Alors qu'une diminution de la vaccination était constatée, notamment chez plus jeunes, sur fond de défiance, la ministre de l'époque y avait vu un moyen d'impliquer les Français. La plateforme avait comptabilisé près de 10.000 contributions, sous la houlette d'un comité indépendant alors présidé par Alain Fischer, ce même immunologue qui est aujourd'hui le "Monsieur Vaccin" du gouvernement Castex. 

Le précédent de la Convention citoyenne pour le climat

En matière de participation, l'exécutif a tenté à plusieurs reprises de mettre en avant ce mode de gouvernance, avec plus ou moins de succès. Le principal chantier participatif du quinquennat restera probablement la Convention citoyenne pour le climat, ce groupe de 150 citoyens tirés au sort pour bâtir, à travers des ateliers dédiés, des propositions destinées à accélérer la transition écologique. L'initiative avait pris corps à l'issue du mouvement des Gilets jaunes et des débats autour de la fiscalité écologique. 

La spécificité de la Convention citoyenne restera d'avoir dépassé le simple caractère consultatif pour être elle-même à l'origine de 149 mesures censées être reprises dans des projets de lois. Si Emmanuel Macron avait promis dans un premier temps de reprendre "sans filtre" ces propositions, l'exécutif a finalement retoqué une partie d'entre elles, comme le chef de l'État a pu s'en expliquer lundi devant des membres de la Convention. 

Le "grand débat national" des Gilets jaunes

Le modèle participatif a été mis en avant très tôt par Emmanuel Macron, puisque ce dernier en avait fait un argument de campagne en 2017. Son mouvement En Marche avait d'ailleurs constitué son projet à partir d'une plateforme ouverte aux contributeurs. Pour autant, la première partie du quinquennat, avec une multiplication de réformes perçues comme "verticales" par une partie de la population, a contredit cette intention. Un mécontentement croissant qui a trouvé son paroxysme fin 2018 avec le mouvement des Gilets jaunes. 

Emmanuel Macron a remis le concept au goût du jour en répondant à ce mouvement par le "grand débat national", coordonné par la Commission nationale du débat public (CNDP) au début de l'année 2019. La plateforme dédiée avait affiché à l'arrivée plus de 1,9 million de contributions, plus de 10.000 réunions, et fait l'objet de synthèses thématiques, là encore selon le principe de la participation citoyenne. À la clé, un certain nombre de propositions avaient été retenues par l'exécutif, dont la création d'un Conseil de défense écologique et celle de la Convention sur le climat. D'autres sont restées en jachère, parmi lesquelles plusieurs propositions de réformes institutionnelles. 

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D'autres concertations, de moins grande ampleur, ont été lancées par l'exécutif. Une consultation sur le projet de revenu universel d'activité a ainsi été organisée fin 2019, avec à l'issue près de 11.000 propositions. La très contestée réforme des retraites a également fait l'objet d'une consultation à l'automne 2019, avec plus de 61.000 propositions et 200 débats et ateliers. Mais son cadre restait, là encore, limité, puisque les citoyens devaient s'exprimer sur les préconisations de l'ancien Haut commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, balisant fortement ce chantier. La méthode n'a pas empêché la contestation, qui s'est poursuivie, voire accrue, jusqu'au début de l'année 2020. 

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