Vaccin contre le Covid-19 : comment éviter de répéter les erreurs de la crise du H1N1 ?

Vaccin contre le Covid-19 : comment éviter de répéter les erreurs de la crise du H1N1 ?

STRATÉGIE SANITAIRE - Alors que l'exécutif se prépare à une campagne de vaccination contre le Covid-19 courant 2021, le souvenir de la crise du H1N1 en 2009 est dans toutes les têtes. Une politique marquée par des écueils que les autorités sanitaires ne veulent pas revivre.

Les images des gymnases reconvertis en centres de vaccination, désespérément vides, sont restées dans les esprits. Alors que la France se prépare à conduire, courant 2021, une politique de vaccination contre le Covid-19, le souvenir douloureux de la gestion de la crise du H1N1 à l'automne 2009 continue de hanter la mémoire des autorités sanitaires. 

Éviter les écueils d'il y a onze ans, tel semble être l'une des priorités de l'exécutif, qui envisage de nommer un "M. vaccin" ou une "Mme vaccin" pour épauler le ministre de la Santé, Olivier Véran, dans la délicate gestion de cette nouvelle phase de la crise sanitaire. 

Les questions posées aux autorités actuelles comportent d'ailleurs de nombreux points communs avec celles qui s'étaient posées à l'époque : qui vacciner, où et dans quel cadre ? Ces questions semblent cruciales, tant la précédente épidémie a eu de conséquences sur le comportement de la population.

"L'épisode de la grippe H1N1 aurait durablement mis à mal la relation entre les Français et les vaccins", notait ainsi un rapport de la fondation Jaurès publié cette semaine. "Les nombreuses polémiques ayant eu lieu à ce moment-là sur l'opportunité de la vaccination et la révélation de possibles conflits d'intérêts ont enrayé durablement la confiance des Français dans les vaccins". En témoignent les récents sondages, selon lesquels moins de la moitié de la population envisagerait de se faire vacciner contre le Covid-19.

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"Echec de santé publique"

Les évaluations faites au lendemain de la crise du H1N1 n'avaient pas été tendres avec les autorités de l'époque. En juillet 2010, un rapport de l'Assemblée nationale pointait ainsi "un échec de santé publique", faisant ce double constat : "D'une part, un objectif de vaccination massive de la population loin d'être atteint, et d'autre part, un mécontentement des professionnels de santé, en particulier des médecins et infirmiers libéraux, qui semble s'être durablement éloignés des autorités sanitaires"

À l'époque, moins de 8,5% de la population, sur les 75% espérés, s'étaient fait vacciner contre la grippe H1N1 - un virus qui ciblait particulièrement les publics jeunes, dont les enfants - dans le cadre de cette campagne évaluée à plus de 600 millions d'euros. De nombreux stocks n'avaient pas été écoulés - plus de 7 millions de vaccins en mai 2010 - et l'État avait dû procéder à de coûteuses résiliations de contrats avec les laboratoires. Outre la faible mobilisation dans la population, la création de centres de vaccination ad hoc, sans passer dans un premier temps par les cabinets de médecins et d'infirmiers libéraux, avait été pointée du doigt pour expliquer l'échec de cette tentative de vaccination de masse. Si une nouvelle campagne massive devait être envisagée, "on n’écarterait sans doute pas du dispositif l’extraordinaire potentiel que constituent les 50.000 médecins libéraux, les 60.000 infirmières, les 3000 hôpitaux et les 22.000 officines du pays", avait ainsi prédit à l'époque l'économiste de la santé Claude Le Pen devant les députés. 

L'évaluation de 2010 pointait toutefois le fait que de nombreux pays avaient connu les mêmes déboires que la France en matière de couverture vaccinale, dont l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Belgique, l'Italie, l'Espagne ou la Chine. 

Des "erreurs" de communication

L'évaluation de la gestion de cette crise avait également pointé des "erreurs" dans la communication des autorités, donnant l'impression "d'une réponse surdimensionnée", "parfois trop technique", ou ayant sous-estimé la faible acceptation du vaccin par la population, relayée notamment - à l'époque déjà - par les "anti-vaccins" via les réseaux sociaux. 

Un constat partagée par la Cour des comptes, dont les conclusions apparaissent dans un rapport sénatorial de février 2011. "La campagne de vaccination illustre le rôle secondaire donné à la communication", estimait ce dernier, attribuant "le peu d’intérêt des Français pour une campagne de vaccination massive et gratuite au fait que la grippe H1N1 n’a jamais

représenté une menace particulièrement grave à leurs yeux"

Jugeant que la pandémie de H1N1 "semble avoir contribué à accentuer encore, en France, la désaffection à l’égard de la vaccination", le même rapport recommandait de revoir "la politique de communication en temps de crise sanitaire" et "de redonner, dans la politique de santé publique, sa place à la vaccination"

Les autorités sanitaires ont tiré de nombreux enseignements de la crise de 2009. Parmi les recommandations de l'époque en matière de vaccination pandémique figurait celle consistant à mutualiser, au niveau européen, l'achat de vaccins, une stratégie à l'œuvre aujourd'hui s'agissant du Covid-19. Il était également recommandé de favoriser le recours à la médecine ambulatoire pour renforcer le dispositif, ou encore de déconcentrer les vaccinations dans les communautés scolaires, les entreprises et les administrations bénéficiant d'équipes médicales. Des propositions qui pourraient inspirer les autorités actuelles dans les prochains mois. 

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