Vente d'armes au Yémen, affaire Benalla : la vague de convocations de journalistes par la DGSI, "une volonté d'intimider"

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À LA LOUPE – "Le Monde" a fait part de "l’inquiétante convocation" de sa journaliste Ariane Chemin, par les services de la DGSI, mercredi 29 mai, "pour des articles sur l’affaire Benalla". Soit la cinquième convocation de journalistes en moins d'un mois devant la DGSI. Une habitude préoccupante pour la liberté de la presse.

La journaliste Ariane Chemin devra se présenter le 29 mai prochain devant les services de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). C'est qu'a annoncé mercredi 22 mai le quotidien Le Monde dans un éditorial de Luc Bronner, directeur de la rédaction. Les 14 et 15 mai, la DGSI avait déjà reçu Geoffrey Livolsi, Mathias Destal et Benoît Collombat auteurs de l'enquête sur les ventes d'armes françaises à l'Arabie Saoudite pour le collectif Disclose et pour la cellule d'investigation de Radio France. Le 28 mai, ce sera au tour de Michel Despratx, journaliste de Disclose. Avec cinq convocations en moins d'un mois, Reporters Sans Frontières parle d'une "volonté d'intimider", à l'unisson des organisations de défense de journalistes, du SNJ à plusieurs sociétés des journalistes.

"Les journalistes ne sont pas convoqués en tant que journalistes"

Quand les instances de défense des journalistes font valoir une menace pour la protection du secret des sources, encadrée par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, les renseignements intérieurs, eux, font valoir d'autres raisons. "La DGSI ne convoque jamais les journalistes en tant que qualité de journalistes," nous explique Geoffrey Livolsi, coauteur de l'enquête de Disclose sur la vente des armes françaises. Le journaliste a du se rendre dans leurs bureaux à Levallois le 15 mai avec son confrère Mathias Destal. "Nous avons été convoqués en qualité de suspects libres pour compromission du secret de la défense nationale." Cette convocation est intervenue après la plainte déposée par le ministère des Armées et l'ouverture d'une enquête préliminaire confiée à la section antiterroriste du parquet de Paris. 

Pour cette même affaire, un troisième journaliste de Disclose sera convoqué le 29 mai. Seule différence, il se présentera lui à la DGSI en tant que "témoin" d'une compromission du secret de la défense nationale et non comme suspect libre. l'affaire Benalla. Nouveau tour de passe-passe avec la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ? 

De son côté, Ariane Chemin est convoquée par la DGSI car elle évoque le nom d'un membre des forces spéciales dans son enquête sur l'Affaire Benalla. Mercredi 22 mai au soir, la journaliste de "Quotidien" Valentine Oberti indiquait également avoir été convoquée "il y a deux mois" dans le cadre de son travail sur les ventes d'armes de la France à l'Arabie saoudite. Côté majorité et gouvernement, les éléments de langage sont variables. La tête de liste LaRem Nathalie Loiseau a ainsi balancé entre "prudence" sur les motifs de convocation et rappel au "devoir de vigilance extrême sur la protection de la liberté de la presse, des sources".

Côté gouvernement, on ne voit en revanche pas d'inconvénient à convoquer des journalistes dans le cadre de leur enquête. Ainsi de Sibeth Ndiaye qui, au micro d'Europe 1 jeudi 23 mai, estimait que "les journalistes [étaient] des justiciables comme les autres". Une ligne que la porte-parole du gouvernement partage avec la ministre des Armées Florence Parly, mise en cause par l'enquête de Disclose. Du côté de Beauvau, on indiquait dans L'Opinion que Christophe Castaner "n'était absolument pas au courant" de la convocation d'Ariane Chemin.

Le délit de compromission

La motivation de la convocation des journalistes est le délit de compromission de secret défense national, passible de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende. Pour Geoffrey Livolsi, Disclose toujours agi dans un objectif d'intérêt général. "Nos révélations n'ont jamais mis en danger nos sources ni le contingent militaire." 

Le journaliste y voit au contraire une volonté d'intimidation. "L'échange avec la DGSI a duré une heure. On nous a posé des questions sur le Disclose, son financement." Si les journalistes de Disclose n'ont rien révélé sur l'obtention de leurs informations, Geoffrey Livolsi voit dans cette convocation un objectif : "Envoyer un message aux sources et aux journalistes qui souhaiteraient enquêter et leur dire : 'Vous ne serez pas protégés'." 

Contacté par À La Loupe, Reporters Sans Frontières a exprimé son "inquiétude face à cette vague de convocations de journalistes." L'association de défense de la liberté de la presse s'interroge sur cette "volonté d'intimider" et ce nouveau "climat" instauré à l'égard des journalistes d'investigation. 

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