Vers un reconfinement immédiat ? Les scientifiques mettent l'exécutif sous pression

De nombreux médecins et spécialistes du covid réclament du gouvernement l'instauration d'un confinement le plus rapidement possible. Pourtant, selon l'Élysée, Emmanuel Macron ne s'exprimera pas ces prochains jours. Pourquoi cette hésitation ?

MESURES SANITAIRES - Face aux variants du Covid-19, la pression du monde scientifique s'intensifie en France pour instaurer sans tarder un reconfinement du pays. Jusqu'ici, l'exécutif comptait se donner du temps. Devra-t-il trancher dès cette semaine ?

Faut-il retarder un reconfinement inéluctable, ou prendre une décision dès les prochaines heures ? Face à la menace des nouveaux variants du Covid-19, l'exécutif se trouve plus que jamais au milieu de pressions contradictoires. D'un côté, la crainte que le pays vive très mal un troisième confinement, alors que la population est déjà soumise à un couvre-feu national à 18 heures depuis deux semaines. De l'autre, un monde scientifique qui appelle le gouvernement à prendre des décisions drastiques immédiatement afin d'éviter un scénario à l'anglaise. 

Jusqu'ici, l'exécutif assurait qu'aucune décision n'avait été prise. "On a peut-être encore les moyens de se donner une semaine de plus pour voir", voulait croire, vendredi, une source gouvernementale sollicitée par LCI, expliquant attendre les résultats du couvre-feu dans les prochains jours pour déterminer s'il fallait durcir encore les restrictions. Alors que le JDD évoquait ce week-end une décision imminente, des sources au sommet de l'État nous indiquaient encore dimanche que tout était "sur la table". En clair, deux options restaient posées pour les prochains jours : attendre les résultats du couvre-feu, comme le souhaitait l'exécutif, ou bien changer de pied et reconfiner immédiatement le pays. "Rien n'est exclu, il n'y a pas de décision prise à l'heure actuelle", temporisait encore Marlène Schiappa, lundi matin sur LCI (voir la vidéo ci-dessous). 

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La pression scientifique s'accroît

Les lignes pourraient toutefois bouger, sous la pression du monde scientifique qui ne cesse d'alerter sur les risques liés aux variants, notamment le variant britannique qui semble se développer sur le territoire. Parmi les voix qui pèsent fortement en faveur de ce scénario, celle du président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, qui ne souffre aucune ambiguïté. "Les mutants et variants, britannique, sud-africain, brésilien et maintenant californien changent complètement la donne. Ces variants sont l'équivalent d'une deuxième pandémie", a affirmé ce dernier dimanche sur BFMTV, ajoutant qu'il "faudra probablement aller vers un confinement"

Face à un variant britannique déjà présent dans 9% des cas de Covid dans certaines régions, il faut reconfiner sans attendre, a également plaidé l'infectiologue Karine Lacombe, dimanche sur LCI. "Certains membres du gouvernement considèrent qu'on peut attendre, nous, scientifiques, considérons qu'on ne peut pas attendre", a-t-elle souligné. "Il est toujours plus efficace d'être en préventif plutôt que de mettre en place un confinement alors qu'on est déjà au bord de craquer." "On a déjà attendu un mois. Le confinement est inéluctable depuis le 26 décembre", a également tranché, lundi sur LCI, le professeur Djillali Annane, médecin-réanimateur à l'hôpital de Garches. 

Signe d'une possible évolution : lundi matin, devant des salariés de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France, Jean Castex a expliqué que "des décisions seront à prendre cette semaine". De quoi jeter le trouble, même si l'entourage du Premier ministre assurait par la suite à LCI que cela ne signifiait pas nécessairement un reconfinement immédiat. La fébrilité est palpable. Une source gouvernementale expliquait lundi à LCI que le scénario du reconfinement avait bien été discuté vendredi lors d'une réunion, mais que rien n'était "acté". En clair : le gouvernement n'est pas tenu de suivre immédiatement les recommandations du Conseil scientifique, qui avait d'ailleurs déjà plaidé pour un confinement début janvier, sans être suivi dans ce sens. 

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Préparer l'opinion

La question qui taraude l'exécutif ne porte pas seulement sur le bon moment pour reconfiner le pays. La question est aussi de savoir comment rendre un troisième confinement acceptable par l'opinion, qui semble de moins en moins prête à subir de nouvelles restrictions de déplacement. Comme à l'automne, il lui faudra aussi trancher sur le type de mesure retenue - avec ou sans fermeture des commerces, avec maintien ou non des élèves dans les écoles -, des décisions qui peuvent considérablement peser sur une économie déjà fragilisée. 

Car la pression ne vient pas seulement du monde scientifique. L'opposition dénonce déjà, préventivement, le choix que pourrait prendre l'exécutif. "S'il y a troisième confinement, c'est qu'on a raté le reste", assénait ainsi Marine Le Pen lundi matin lors de ses vœux.  "Tout doit être tenté avec des mesures intermédiaires. Un reconfinement total aurait des conséquences humaines très fortes, notamment chez les jeunes, de plus en plus en difficulté", a expliqué de son côté au Figaro le président LR du Sénat Gérard Larcher, "pas totalement" favorable au reconfinement "car il faut également que nous pensions aujourd'hui aux conséquences économiques pour la France après cette période".

Sans parler du monde économique lui-même, qui pose déjà des conditions. En cas de reconfinement, "on demande de trouver le bon équilibre, qu'on laisse tous les commerces ouverts, qu'on ne retombe pas dans ce débat un peu absurde sur essentiel, pas essentiel, qu'on a eu en novembre", a déclaré sur RMC le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux. "On souhaite aussi, si c'est possible, que les écoles restent ouvertes. Si elles sont fermées, cela a un impact économique. Il faut que ce confinement soit le plus court possible. Certains secteurs sont à l'agonie." Entre impératifs sanitaire et économique, l'exécutif va devoir, une fois de plus, trancher, conscient qu'il fera à tous les coups des mécontents. 

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