Affaire Benalla : des "observateurs" dans les rangs de la police, c'est courant ?

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POLEMIQUE - L'Elysée se retrouve dans la tourmente, ce jeudi 19 juillet, après que Le Monde a révélé qu'un collaborateur a frappé un manifestant le 1er mai dernier et est intervenu sur le terrain, un brassard siglé "police" autour du bras. Est-il courant que des observateurs extérieurs se joignent aux opérations de police ?

Il a frappé un manifestant lors de la manifestation du 1er mai dernier, à Paris. Au-delà des violences, filmées par plusieurs personnes présentes sur place ce jour-là place de Contrescarpe dans le 5e arrondissement, s'élève un autre problème : Alexandre Benalla, en dépit du casque siglé - et du brassard "police" qu'il arbore sur d'autres images -... n'est pas policier. 

Cet homme est collaborateur de l'Elysée auprès d'Emmanuel Macron, où il occupe le poste d'adjoint au chef de cabinet du président, chargé de mission. Selon  le porte-parole de l'Elysée, Bruno Roger-Petit, il avait demandé l’autorisation d’observer les opérations de maintien de l’ordre prévues pour le 1er mai. "Cette autorisation lui a été donnée, puisqu’il agissait dans le cadre de l’un de ses jours de congés et qu’il ne devait avoir qu’un rôle d’observateur", a expliqué le porte-parole, jeudi. 

Cette affaire soulève aujourd'hui de nombreuses questions. A commencer par celles-ci : que faisait un collaborateur du palais présidentiel en pleine intervention au milieu d'une manifestation ? Est-il courant que des observateurs extérieurs se joignent au rang de la police sur le terrain ? Nous avons fait le point auprès de plusieurs sources policières et officielles et elles sont unanimes : des observateurs, oui, de temps en temps, mais jamais dans ces conditions. 

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Des observateurs qui interviennent ? "Jamais vu ça"

Place Beauvau,  on indique à LCI qu'il "n'est pas rare que la préfecture de police accueille pour de courtes durées des personnes extérieures à la police pour des opérations de maintien de l'ordre, comme des journalistes, des chercheurs, des stagiaires". Dans ce cadre, "ces personnes sont alors dotées de matériel pour assurer leur protection : un casque, un gilet pare-balles." Mais la consigne est claire : "Ils doivent se cantonner à un rôle d'observateur."

Du côté des agents sur le terrain, même son de cloche. "Des observateurs parmi nous, ce n'est pas courant, mais ça arrive" nous explique Fabien Vanhemelryck, membre du syndicat Alliance. "En revanche, qu'ils soient présents au sein de la manifestation, c'est rare. Normalement, les personnes en observation se retrouvent dans la salle radio/télé. Si toutefois elles viennent sur le terrain, alors elles sont placées en 'troisième rideau'". Comprendre, pas dans le feu de l'action, à l'inverse d'Alexandre Benalla. "Des observateurs qui interviennent dans la manifestation, nous n'avons jamais vu ça, à notre connaissance en tout cas" termine notre interlocuteur. 

La présence du brassard est incompréhensible- Syndicat Alliance

Une autre source policière renchérit : "Les observateurs sont souvent des journalistes. Lorsqu'ils sont intégrés au dispositif, selon la dangerosité de la situation, nous pouvons leur fournir un casque et un gilet pare-balles. Et surtout, ils ont toujours un référent sur place qui les encadre." Quant au brassard de police bien reconnaissable que porte le collaborateur de l'Elysée sur plusieurs images, ce 1er mai, le mystère reste entier. Nos sources l'affirment : "Éventuellement, on peut donner un chasuble presse... mais jamais un brassard police." Le syndicat Alliance ajoute : "La présence du brassard est incompréhensible." Et le fait qu'Alexandre Benalla ait été gendarme réserviste n'y change rien, ajoute-t-on. "D'autant plus qu'il s'agissait d'un brassard police". 

Pour le syndicat, très remonté, il s'agit à présent de savoir qui a donné l'autorisation à cet homme de se trouver au beau milieu de l'intervention et surtout de porter ce fameux brassard. Car avec la présence de ce bout de tissu orange arrive une autre question : Benalla a-t-il usurpé l'identité des forces de l'ordre ? Ce sera désormais à la justice d'y répondre. Le parquet de Paris indique ce jeudi 19 juillet avoir ouvert une enquête préliminaire des chefs de violences par personne chargée d'une mission de service public, usurpation de fonctions et usurpation de signes réservés à l'autorité publique. De son côté, l'Elysée affirme avoir simplement mis à pied, sans salaire, ce collaborateur pendant quinze jours. 

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