VIDEO – Béziers : quand Robert Ménard va lui-même déloger les migrants syriens de ses HLM

Politique
POLITIQUE SPECTACLE - La ville de Béziers vient de diffuser sur YouTube une vidéo montrant son maire expliquer en personne à des migrants syriens qu'ils ne sont pas les bienvenus dans sa ville.

Robert Ménard aime les actions coup de poing. Il l'avait prouvé à Olympie le 24 mars 2008, en surgissant dans la cérémonie d’allumage de la flamme olympique qui devait rejoindre Pékin. Son message : "Boycottez le pays qui piétine les droits de l'Homme". Autres temps, autres mœurs, c'est aujourd'hui pour signifier à des migrants syriens qu'ils ne sont pas les bienvenus dans la ville dont il est devenu maire que l'homme se met en scène.

Pour Robert Ménard, le dossier brûlant des migrants est en effet celui d'un "scandale". Quelques jours après l'avoir fait savoir sur Twitter - en diffusant la une manipulée de son gazette municipalle destinée à faire croire à une invasion imminente de Béziers -, l'édile a récidivé en joignant la parole aux actes. Sur la page Youtube de la ville, une vidéo a ainsi été mise en ligne vendredi, mettant en scène le maire au cours d'une visite à des migrants syriens installés dans le quartier de la Devèze. Un sujet déjà dénoncé par le Journal de Béziers du mois, qui évoque neuf familles installées sans autorisation dans des appartements inoccupés de la cité HLM.

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Pour Ménard, venir de Homs ne suffit pas pour se dire réfugié

Sur la vidéo, on voit donc Robert Ménard bien décidé à prendre le taureau par les cornes. Ceint de son écharpe tricolore, et accompagné de policiers municipaux lourdement armés, l'élu investit trois appartements pour délivrer à leurs occupants ce message simple, qui ouvre la vidéo de presque cinq minutes : "VOUS N'ETES PAS LES BIENVENUS". Le tout relayé en direct par un traducteur anglophone. Et le maire ne se démonte à aucun moment, même quand l'homme qui lui ouvre la porte est manifestement lourdement handicapé d'un bras. Objet de son courroux : "Vous volez l'eau et l'électricité, vous n'avez pas à occuper les logements (…). Si vous avez envie d'être accueillis, vous allez dans des villes ailleurs prêtes a le faire, je ne suis pas prêt à le faire dans ces conditions."

Alors Robert Ménard, l'ex-président de Reporters sans frontières qui autrefois défendait les journalistes emprisonnés par des régimes autoritaires, ou qui avait ouvert à Doha un centre d'accueil pour journalistes persécutés, serait-il insensible au sort de ces Syriens qui fuient la guerre ? "Moi je compatis au malheur des gens mais pas dans ces conditions-là", a précisé l'intéressé à la fin de sa descente. Car pour lui, les migrants auxquels il a affaire sont "exploités", à la fois "par les gens qui les amènent là" mais aussi par les associations et les politiques qui, en France, plaident pour leur accueil. 

Quant au fait que ces migrants soient originaires de la ville de Homs, le journal municipal fournit cette analyse : "Cette cité, libérée de l'occupation de l'Etat islamique en 2014, n'est plus en guerre depuis plus d'un an..." Sauf que si les djihadistes de Daech ont progressé dans la région, ils n'ont jamais pris la ville ; en juillet 2014, c'est d'un champ gazier situé dans le gouvernorat qu'ils ont été chassés. Et si la troisième ville de Syrie a tant souffert de la guerre, ce n'est pas seulement des assauts djihadistes mais surtout des bombardements répétitifs menés par le régime de Bachar al-Assad depuis 2011, parce qu'elle était un bastion de la contestation politique de son régime.

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