VIDÉO - Brillant, ambitieux, "vraiment de droite" : qui est Laurent Wauquiez, le controversé président des Républicains

PORTRAIT - Au coeur de l'actualité ces derniers jours à la suite de la diffusion d'enregistrements de cours qu'il a donnés dans une école de commerce à Lyon, Laurent Wauquiez divise, y compris dans son camp. Jeune, ex-premier de la classe et héraut d’une droite qui vient draguer l’électorat du Front national, retour sur le parcours du nouveau patron de la droite.

Les derniers sondages confortaient son assise quelques mois après son élection à la tête du parti Les Républicains. Une côte qui faisaient taire les critiques des caciques du parti dont certains ont d'ailleurs claqué la porte de LR sitôt Laurent Wauquiez élu. 

Las. Il a suffi d'un enregistrement de deux minutes, diffusés vendredi soir dans l'émission Quotidien diffusée sur TMC, pour raviver l'odeur de poudre qui entoure celui qui veut incarner le renouveau de la droite. Mais qui est vraiment Laurent Wauquiez ? 


Agé de 42 ans, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a gravi les échelons de sa famille politique au prix de nombreuses inimitiés dans son propre camp, de quelques intox, et de propositions radicales.

Son parcours : premier de la classe puis “droite pop”

Issu d’une famille d’industriels du Nord, Laurent Wauquiez coche presque toutes les cases du premier de la classe : lycée Louis-le-Grand puis Henri-IV à Paris, École normale supérieure, première place à l’agrégation d’histoire, Sciences Po Paris, diplômé de droit public, puis major de promotion de l’École nationale d’administration (ENA) en 2001. Un CV impressionnant sur lequel Laurent Wauquiez s’est toujours fait plutôt discret. 


Comme le raconte Libération en 2005, celui qui est alors le benjamin de l'Assemblée nationale penche sur la gauche de l'UMP. Il râle contre "l'absence des minorités" au Palais Bourbon, travaille dans une commission chargée de l'éradiction de la pauvreté chez les enfants, et "vante la constitution à un public homosexuel" dans un bar du Marais.


Moins de 10 ans plus tard, il affirmait que l'homosexualité était incompatible avec ses "valeurs personnelles", dénonçait la "politique de désarmement pénal" de la ministre de la Justice Christiane Taubira, et qualifiait "l'assistanat" de "cancer".

Depuis qu'il est passé, le parquet de la mairie est tout rayéUn élu socialiste de Haute-Loire, dans Libération

Avant même de défendre "une droite vraiment de droite", son ambition transparaît. "Depuis qu'il est passé, le parquet de la mairie est tout rayé", raille un "élu socialiste de Haute-Loire", sa terre d'élection. Toujours élu dans la région, il deviendra maire du Puy-en-Velay de 2008 à 2016, député une deuxième fois de 2012 à 2017, puis président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes en 2016.


Parallèlement, son ascension au sein de l'UMP, puis des Républicains, ainsi que dans les gouvernements de droite successifs, est tout aussi rapide. Deux fois ministre et deux fois secrétaire d'État sous Nicolas Sarkozy et François Fillon, il prend le secrétariat général, puis la vice-présidence (poste qu'il occupe actuellement), puis la présidence par intérim du parti entre 2014 et 2016.

Ses mentors : le démocrate-chrétien Jacques Barrot, puis l'identitaire Patrick Buisson

Si sa progression dans les instances de pouvoir est rectiligne, la trajectoire idéologique de Laurent Wauquiez pendant la même période serpente entre ses accointances sociales-chrétiennes-démocrates des débuts, et la droite décomplexée, dure, identitaire, qu'il incarne désormais. 


Illustration de ce grand écart, les deux mentors de Laurent Wauquiez sont aux antipodes idéologiques de la droite. Le premier, Jacques Barrot, était son prédecesseur au poste de député de Haute-Loire. Centriste, résolument européiste, figure de la démocratie chrétienne, il ne pardonnera pas à Laurent Wauquiez son plaidoyer anti- Schengen dans son livre "Europe : il faut tout changer", paru en 2014. "L’Union européenne mérite mieux que ce livre inspiré par je ne sais quel populisme en cours aujourd’hui", écrit-il, quelques mois avant de mourir.

Il a zéro conviction mais il bosse énormément, ce qui le rend d'autant plus dangereuxLuc Chatel

Le second mentor, c'est Patrick Buisson, idéologue de la droite identitaire. Comme le décrit Le Monde, le directeur de la chaîne Histoire (qui appartient au groupe TF1) et conseiller du président Sarkozy fréquente Laurent Wauquiez depuis 2007. La première véritable rupture intervient en 2011, quand l'élu dénonce le "cancer" de "l'assistanat". 

Ses idées : protectionnisme et conservatisme

De nombreux cadres de la droite avaient attaqué Laurent Wauquiez au moment de cette sortie sur l'assistanat. Mais l'intéressé a continué de tracer son sillon dans la droite "décomplexée", défendant notamment des positions très conservatrices sur les sujets de société et protectionnistes sur les sujets économiques. Ses rivaux à droite ne manquent pas de dénoncer des revirement à 180 degrés par rapport à ses engagements d'antan, guidés selon eux par l'ambition du quadragénaire. 


"Il a zéro conviction mais il bosse énormément, ce qui le rend d'autant plus dangereux", aurait ainsi déclaré Luc Chatel à propos de Laurent Wauquiez, selon Le Point. Selon un proche de Nicolas Sarkozy cité par Libération,  il s'agirait plutôt de "ce mélange d’intelligence rapide à la Giscard et d’absence totale de tabous à la Chirac", qui permet au candidat à la présidence de LR de sentir les états d'âme de l'électorat de droite. 

(Quelques unes de) ses casseroles

Si ses alliés comme ses adversaires lui reconnaissent un flair et une capacité de travail exceptionnels, Laurent Wauquiez traîne quelques casseroles, notamment quelques arrangements avec l'histoire. Ainsi, selon le portrait du Monde, il aurait raconté plusieurs fois être passé par le collège Cévenol du village de Chambon-sur-Lignon, en Haute-Loire, sauf que sa propre mère affirme qu'il étudiait dans un collège huppé parisien, rapporte Marianne


Autre arrangement avec la réalité : ses origines sociales. Ce pourfendeur des élites déconnectées et déracinées affirmait en 2007 que son père était un "employé de banque", alors que Philippe Wauquiez était l'un des dirigeants de la banque Indosuez, filiale du Crédit Agricole.

Plus étonnant : la relation de Laurent Wauquiez à soeur Emmanuelle. Voici la version du premier : "Avec elle, j'ai passé plusieurs mois en Egypte. Je m'étais engagé dans un quartier du Caire, le Moqattam. Quand soeur Emmanuelle me voyait, elle me regardait droit dans les yeux et me disait : 'Mon petit Laurent, qu'as-tu fait de bon depuis que je t'ai vu ?'" En 2008, il affirmait avoir rencontré une "dizaine de fois en France" la religieuse depuis ce séjour en Egypte.


La version de Catherine Alvarez, la plus proche collaboratrice de la religieuse, n'est pas la même. Sur France 2, en juin 2016, elle disait ne jamais avoir entendu soeur Emmanuelle parler de Laurent Wauquiez.


Reste une légende à vérifier : celle de la parka rouge. Véritable signe distinctif de Laurent Wauquiez, elle est souvent raillée par ses rivaux politiques, car elle lui permettrait d'être bien visible sur les photos. L'intéressé donne une seconde explication, dans Closer : "Ma femme m'en avait offert une lors de ma première campagne des municipales. Elle m'a porté chance et c'est mon emblême à moi." 

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