Couacs à répétitions pour les députés novices LREM à l'Assemblée : "c'est très vexant", reconnaît Jean-Baptiste Djebbari (Haute-Vienne)

Politique
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COUACS - Pas facile pour les nouveaux députés de s'habituer aux us et coutumes du Palais Bourbon, à ses codes et à son règlement. Ces dernières semaines, les approximations, hésitations et flottements sont devenus quotidiens, au point que les "vieux de la vieille" n'hésitent plus à multiplier les "rappels au règlement".

La République en Marche l'avait annoncé : il y aurait un vent de renouveau dans l'hémicycle. Une promesse de "fraîcheur" qui ne s'est pas fait attendre. Sur les 306 députés LREM, neuf sur dix sont en effet des novices en politique. Des petits nouveaux qui réalisent leurs premiers pas à l'Assemblée Nationale … et ça se voit ! 


Il y a d'abord ceux qui s'emmêlent les pinceaux quand arrive leur tour de parole. S'exprimer face à des dizaines de députés, dans un lieu si solennel, peut générer un certain stress. Jean-Baptiste Djebbari ne dira pas le contraire. Le 12 juillet dernier, le député de Haute-Vienne se lance et pose sa toute première question au gouvernement, plus précisément à Nicolas Hulot, ou plutôt tente. Debout devant son micro, la main tremblante, il hésite, regarde sa fiche, bute, quelques huées se font entendre sur les bancs. La prise de parole étant limitée à deux minutes, il ne finira pas sa question.

Le stress du débutant

Interrogé par nos caméras sur ce moment gênant, le député reconnaît que ce moment est, pour lui, "un peu dur". "C'est très vexant", poursuit le député, qui avoue s'être mis la pression, et demande du temps pour s'adapter à ses nouvelles fonctions. En attendant, le député nous confie prendre des cours d'expression orale. 


Pour sa défense, il n'est pas le seul dans ce cas. Le lendemain de son intervention, c'est un autre député novice qui a buté. Interpellé par François Ruffin, le réalisateur de Merci patron (LFI) sur la suppression de 800 CDI au sein du groupe Auchan, Sylvain Maillard peine à répondre. S'appuyant sur ses fiches, le député de Paris enchaîne les hésitations : "C'est un plan social signé à la majorité...Il y a un apocagnement, un accompagnement psychologique et une prise en charge de...". Le député s'interrompt devant sa fiche et souffle "ça, je n'arrive à le lire." "Il y aura toujours des couacs", relativise-t-il à notre micro. En assurant que ce qui compte, c'est d'être jugé "sur une seule chose", "notre travail". 

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Loi de moralisation de la vie publique : couacs à l'Assemblée nationale

Des députés godillots ?

Appliquer le projet, voilà une mission que les députés REM, s'attachent à accomplir. Quitte à être considéré comme des députés godillots, validant les réformes sans sourciller, et sans discuter. Une critique balayée d'un revers de main par Christophe Castaner. "Moi je les trouve actifs", confie le secrétaire d'Etat en charge des Relations avec le Parlement. "Je suis convaincu qu'ils n'ont pas besoin d'avoir de pression." Pourtant, même là, des couacs se sont fait sentir. Jeudi, des députés de la majorité ont rejeté par inadvertance un article de la loi de moralisation, pourtant validé en commission. Une erreur qui a provoqué la consternation du président de séance Sacha Houlié : "faut être attentifs", a-t-il réagi.

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Les députés LREM rejettent un article qu'ils avaient validé en commission

Une gestion des débats critiquée

L'attention, une qualité qui semble manquer à de nombreux nouveaux députés. Dans l'Hémicyle résonnent parfois des applaudissements à contretemps, et les présidents de séance sont constamment rappelés à l'ordre par l'opposition. Quelques exemples : lundi, Danielle Brulebois passe au vote un amendement concernant la nécessité pour tout élu de présenter un casier judiciaire vierge, sans redonner la parole aux parlementaires qui les ont soumis. Une situation jugée "ubuesque" par le député Nouvelle Gauche Olivier Dussopt. Le lendemain, c'est sa collègue Carole bureau-Bonnard qui fait face aux critiques, au point qu'un député Modem quitte avec grand fracas l'Assemblée, exaspéré de ne pas pouvoir s'exprimer. Dans la nuit de jeudi à vendredi, le ton est encore monté, au point que l'opposition a réclamé de réveiller François de Rugy pour s'accorder sur la date d'un vote. A la fin de la séance, la députée socialiste Cécile Untermaier confiait à nos confrères du Monde être "écœurée" par "l’excès de rigidité" et "l’incompétence" des députés REM. 


Pour les aider, les présidents de séance peuvent compter sur les administrateurs de l'Assemblée. Assis à côté du perchoir, il souffle les consignes à suivre pour respecter le réglement. Mercredi dernier, on pouvait ainsi entendre très distinctement Danielle Brulebois répéter mot pour mot ce que le sécrétaire général lui indiquait. Un jeu du perroquet qui n'a pas aidé à conforter sa crédibilité... 

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VIDÉO - Quand la présidente de la commission des lois dégomme ses collègues

Un "bizutage"

Pour François de Rugy, l'opposition exercerait surtout une pression sur les nouveaux députés pour tester leur autorité, une forme de bizutage en somme. Mais au sein même des rangs de la République en Marche, certains sont exaspérés. La présidente de la commission des lois s'est faite remarquer la semaine dernière en clotûre de la commission des lois. Ne se doutant pas que son micro était ouvert, Yaël Braun Pivet glisse au vice-président : "Attends, on a une responsable de texte qui est inexistante, c'est comme si elle était à Nouméa sur une chaise longue Naïma elle fait ce qu'elle peut. Et on a un groupe qui dort, qui ne sait pas monter au créneau, qui est vautré." 

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