Edouard Philippe délocalise Matignon à Cahors : trois jours pour marquer son territoire

MATIGNON-SUR-LOT - Le Premier ministre est attendu ce mercredi à Cahors dans le Lot, où il doit passer trois jours. Une délocalisation inédite de l'exécutif à l'occasion de la conférence des territoires prévue jeudi, attendue de pied ferme par les élus locaux et les syndicats, et à laquelle participeront 13 ministres.

Cahors va devenir, durant trois jours, le centre du pouvoir politique de la France. Conformément à ce qu'il avait annoncé fin novembre, le Premier ministre Edouard Philippe va en effet déménager ce mercredi son cabinet et sa ribambelle de conseillers dans cette petite ville de 21.000 habitants célébrée notamment pour son patrimoine et sa gastronomie. 


Un déplacement un peu hors du commun organisé à l'occasion de la seconde conférence nationale des territoires, prévue jeudi dans cette ville, dans la lignée de la rencontre entre l'exécutif et les élus locaux, en juillet dernier au Sénat. Ce 14 décembre, le Premier ministre sera également entouré, nous indique Matignon, de 13 ministres, dont Jean-Michel Blanquer (Education), Olivier Dussopt (Fonction publique), Gérald Darmanin (Comptes publics) ou encore Elisabeth Borne (Transports). L'objectif : rassurer à nouveaux les élus inquiets quant à l'avenir de leurs finances, et poursuivre le travail de "contractualisation" entre l'Etat et les élus locaux annoncé cet été par Emmanuel Macron. 

Démarche inédite

Coup de com' ou méthode de travail ? Pour Matignon, ce déplacement dans le Lot, "à la fois utile et symbolique", est l'occasion de montrer qu'Edouard Philippe veut "multiplier les rencontres et les visites de terrain". "Il y a un message aux Français" rajoutait l'entourage du chef du gouvernement il y a quelques jours. "Matignon quitte Paris et va vers eux. C'est trop souvent l'inverse."


L'idée de délocaliser ponctuellement l'exécutif sur le "terrain" n'est pas vraiment nouvelle. Sous son septennat, Valéry Giscard d'Estaing avait organisé à trois reprises ses conseils des ministres à Lyon, Evry et Lille. Nicolas Sarkozy avait fait de même à son arrivée au pouvoir en 2007, en transportant ses ministres à Strasbourg, puis à Ajaccio. Il avait même envisagé d'en organiser un dans un département d'outre-mer... Mais l'initiative a un coût. Plus sobrement, en 2013, François Hollande avait entrepris de délocaliser non pas son gouvernement, mais seulement sa porte-parole d'alors, Najat Vallaud-Belkacem, qui s'était précisément rendue dans cette commune de Cahors.


Toutefois, un tranfert sur une durée aussi longue est bien plus original. Edouard Philippe, qui rate rarement une occasion de rappeler qu'il était encore un élu local il y a peu, a déjà pris une initiative de ce type en organisant en juillet son séminaire gouvernemental à Nancy. "Je ne sais pas si c'est un opération de com', mais quand on annonce un déplacement de trois jours, ça ne peut pas être seulement de la com', sinon cela se verrait", estime le maire PS de Cahors, Jean-Marc Vayssouze-Faure, contacté par LCI. 

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Grosses attentes

L'édile socialiste n'est d'ailleurs pas mécontent du "coup de projecteur" que le Premier ministre, ses conseillers et ses ministres vont offrir pendant trois jours à son territoire. "Ce qui est sûr, c'est que l'on va parler de Cahors, et que c'est beaucoup moins cher qu'une campagne promotionnelle pour la ville... C'est bon pour le dynamisme de nos acteurs économiques et même pour nos hôtels, pour lesquels la période de décembre n'est pas forcément la meilleure."


Au-delà de la promotion, les élus locaux attendent Edouard Philippe avec une montagne de sujets de préoccupation. Martin Malvy, président de la communauté de communes du Grand Figeac, veut y voir l'occasion pour Edouard Philippe de signer "un pacte de confiance avec les collectivités", sans lequel "il n'y a pas de dialogue possible". Sur France 3, cet ancien ministre du Budget de François Mitterrand a pointé notamment la question des transferts de compétences non compensés financièrement par l'Etat. Mêmes attentes pour le député LR Aurélien Pradié, encore maire pour quelque temps de Labastide-Murat, selon qui cette conférence "peut être une chance, à condition qu'il y ait co-construction". Quant au président du conseil départemental, Serge Rigal (PS), il a assuré lors d'une conférence de presse vouloir profiter de "cet événement exceptionnel" pour "faire passer un certain nombre de messages" au chef du gouvernement. Dans le Lot, il sera également beaucoup question de défense des services publics et d'égalité entre les territoires. Le PCF local et plusieurs syndicats (CGT, FSU, Sud, Confédération paysanne) organisent à ce titre un rassemblement jeudi au Parc des expositions de Cahors, où est prévue la conférence. Il sera question, aussi, de désenclavement des territoires, élus et associations d'usagers des transports réclamant le maintien du réseau de gares SNCF dans le département et espérant être reçus à ce sujet.

Ecouter les villes moyennes

Mais pour le maire socialiste de Cahors, il ne s'agit pas simplement d'ouvrir un cahier de doléances pendant trois jours. "Nous attendons des solutions opérationnelles pour les villes moyennes", insiste Jean-Marc Vayssouze-Faure, pour qui l'Etat a trop longtemps misé exclusivement sur les grandes métropoles. "Nous voulons montrer que nous avons, nous aussi, des projets innovants, pour la reconquête des coeurs de villes, le logement, le stationnement, la rénovation énergétique ou encore la réhabilitation des espaces publics." 


Bref, l'agenda du Premier ministre est chargé cette semaine. Le détail logistique de cette visite, dont le coût n'a pas été évalué à ce jour, a été donné mardi. Edouard Philippe devait être accueilli mercredi soir à la mairie de Cahors, avant de consacrer la journée de jeudi à la conférence territoriale. Il présentera notamment le plan du gouvernement pour l'aménagement numérique des territoires. Le soir, il dînera avec des dirigeants d'entreprises "innovantes" du département. Vendredi, le Premier ministre visitera une cité scolaire à Gourdon, avant un déplacement à Figeac sur le thème du patrimoine, puis à Rocamadour sur le tourisme, un autre sur le thème de l'agriculture et, pour finir, sur les services publics. 


Les services du Premier ministre n'avaient pas indiqué où il installerait son QG, à la préfecture ou bien dans l'un des espaces mis à sa disposition par la mairie. Le maire précise déjà qu'il y aura le Wifi si l'un de ces lieux est retenu. Un bon début pour gouverner la France dans de bonnes conditions.  

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