Macron en Afrique : ce qu'il faut retenir de son grand oral au Burkina Faso

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GÉOPOLITIQUE - En visite au Burkina Faso, Emmanuel Macron a prononcé ce mardi un discours devant 800 étudiants de l'université de Ouagadougou. Lutte contre le terrorisme, démographie, éducation... Le président a évoqué de nombreux sujets, sans manquer parfois de faire réagir l'assemblée.
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VIDÉO - Face à des étudiants burkinabés dissipés lors des questions, Emmanuel Macron a appelé au calme. 

VIDÉO - Emmanuel Macron répond aux étudiants burkinabés : "Ne pas dire que la démographie est un sujet qui nous concerne tous en Afrique c'est se mentir."

FIN DE L'INTERVENTION


Après plus de 2h40 d'échange, le président de la République  s'éclipse de la salle. Quelques mains serrées avant de disparaître aux côtés du président burkinabè.

FORMATION PROFESSIONNELLE


Emmanuel Macron persiste : "Ce n'est pas moi qui vais décider pour vous. Le président (burkinabé) reviendra vous expliquer sa politique". 

"S'IL VOUS PLAÎT LES JEUNES"


Emmanuel Macron a du mal à contenir l'auditoire. La situation se crispe entre le président de la République et les étudiants. 

"Je connaissais les étudiants français et leurs esprits paradoxaux mais vous vous avez un esprit super paradoxal". Le Président français critique, gentiment, la réaction des étudiants de l'université de Ouagadougou, qui, par leurs réactions, jugent chaque question mauvaise et l'expriment avec force. 

Sur la transition démographique, Emmanuel Macron déclare : "Je n'ai pas de leçons à vous donner et je ne vous en donne pas !" Et de poursuivre que tant que la croissanse démographique du pays sera supérieure à la croissance économique, le pays ne pourrait sortir des problèmes de sous-développement et de migration d'une partie de la population. A ce titre, puisque la poussée migratoire touche l'Europe, le président de la République a affirmé qu'il avait le droit de prendre la parole sur le sujet. 

LIBYE


"En Libye nous sommes engagés sur le plan diplomatique pour trouver un équilibre (...) l'engagement de la France est plein et entier", affirme Macron. 

ASSASSINAT DE THOMAS SANKARA 


"Il y a des archives couvertes par la défense nationale. J'ai pris la décision que tous les documents produits pendant le régime de Sankara et après son assassinat doivent être déclassifiés pour être consultés", a déclaré Emmanuel Macron. Applaudissements dans la salle.  

QUESTIONS / RÉPONSES


Le président de la République répond désormais aux étudiants burkinabés. Rires dans l'auditorium. 

FIN DU DISCOURS

Emmanuel Macron a parlé 1h45. A la fin de son discours, les étudiants et le président se sont levés pour entonner leur hymne national.

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"Je vous demande non seulement la route, mais aussi la destination que nous devons prendre ensemble. Nous avons le choix entre l'envie de nous retrouver et la tragédie de nous éloigner. Je vous demande de nous retrouver, mais de ne plus nous séparer."

"Le français ce sera la première langue de l'Afrique, et peut-être du monde si nous savons faire. Allons-y. Je crois très profondément que c'est bon pour nous tous, mais ça dépend de votre votre, de votre ambition."

"Notre langue a un avenir, et pour beaucoup il se joue ici. Son attractivité, son rayonnement n'appartient plus à la France. Je veux que vous ayez conscience de cela. Je suis fier que la langue dans laquelle je suis né, à laquelle je dois tout, ce soit aussi votre langue. Soyez-en fiers."

"Nous souffrons d'un imaginaire qui nous enferme dans nos traumatismes, nos conflits. Je veux reconstruire cet univers commun autour de trois remèdes : la culture, le sport et la langue française."

Emmanuel Macron a notamment proposé aux sportifs Africains de venir s'entraîner en France, pour qu'ils puissent briller aux Jeux olympiques de 2024.

La France consacrera 1 milliard d'euros au soutien des entreprises africaines, annonce le président de la République.

"La France sera également au rendez-vous en investissant dans les grandes infrastructures africaines de demain" (transport, numérique).

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"J'ai la conviction que c'est en Afrique qu'est en train d'être inventée la ville durable de demain."

"La lutte contre le réchauffement climitique doit être le terrain de l'innovation, de l'entreprenariat."

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"La menace qui peut amplifier toutes les autres et les rendre hors de portée c'est le changement climatique. L'Afrique est toute entière en première ligne des effets du changement climatique. Elle peut aussi réussir, là où l'Europe n'a pas toujours su apporter les bonnes réponses."

"La démographie peut être une chance, à condition que chaque femme ait la possibilité de choisir d'avoir des enfants ou pas.

La démographie c'est aussi l'accès à la santé. L'Afrique n'a pas besoin uniquement qu'on lui envoie des médecins étrangers. Elle a des médecins, bien formés. L'Afrique a besoin de financement pour ouvrir des structures de soins où ces médecins pourront exercer. Il faut aussi développer la télémédecine."

Emmanuel Macron a ensuite parlé de la démographie. "70% de jeunes, c'est ça l'Afrique. Alors oui c'est une chance, je vous l'ai dit. Mais  la démographie renvoit à des choix personnels, intimes. Mais cela doit être un choix, en particulier pour les jeunes filles et pour les femmes. Partout vous avez 7, 8 enfants par femmes. Est-ce qu'à chaque fois vous êtes sûrs que c'est le choix des femmes ? Je veux le choix pour une jeune fille, si elle le souhaite, de faire ses études. Elle doit pouvoir faire ce choix, elle. Je veux qu'une jeune fille ait le choix de ne pas être mariée de force à 13 ans et de faire des enfants. Non pas parce qu'un président de la République l'aura voulu, parce que vous l'aurez voulu. Nous devons avoir ce débat responsable, celui de la responsabilité du choix, qui va avec la démocratie que vous avez choisi."

"J'aurais deux priorités : je veux que la France s'engage massivement pour contribuer à la formation des professeurs" dit Emmanuel Macron, qui parle maintenant d'éducation, essentiel dans la bataille contre l'obscurantisme. "Je serai aux côtés de tous les chefs d'Etats qui feront le choix de la scolarisation obligatoire des jeunes filles. Je défendrai leur choix et demanderai à nos ambassades de fournir des bourses d'études en France en priorité à des jeunes filles" a dit Macron, s'attirant l'hostilité des étudiants, en majorité des hommes. "Nous devons éduquer les jeunes filles, avoir des jeunes filles libres. Je le dis pour vous, jeunes hommes qui êtes là, c'est bon pour vous" a-t-il alors ajouté.

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"Le quatrième péril, c'est l'obscurantisme, l'emprise de l'extrêmisme religieux sur les esprits. C'est une menace bien plus redoutable parfois que le terrorisme. Cette menace n'a pas de frontière ni de continent, tout simplement parce qu'elle s'attaque à ce qu'il y a de plus intime : la foi et la religion (...) Ne laissez jamais la religion vous convaincre que c'est une aventure de destruction de l'autre."

"En venant ici, j'ai une seule certitude : le renouveau générationnel ce n'est pas une option, c'est une loi mathématiques. Ceux qui pensent qu'aujourd'hui en Afrique on peut avoir la même politique q'uon a parfois eu depuis des décennies, qui voudraient retarder le cours de l'histoire, n'ont pas regardé le Burkina Faso."

"La troisième menace qui peut miner l'Afrique, ce sont les conflits politiques. Les plus optimistes diront que l'Afrique n'a jamais connu aussi peu de conflits entre Etats. Les plus réalistes, comme moi, diront que l'Afrique n'a jamais connu autant de blocages" notamment dans ses élections.

"Je veux que nous puissions conduire les premières victoires du G5 Sahel. Il est nécessaire que ces forces communes conduisent à terrasser ces terroristes. Elles sont indispensables pour vos armées, vos populations."

"Aujourd'hui, nous continuons à être présent. Des milliers de Françaises et de Français risquent chaque jour leur vie pour lutter contre le terrorisme dans la région, protéger vos enfants. Je veux saluer leur courage, avoir une pensée pour leurs familles, pour les victimes."

"Le deuxième impératif, c'est la lutte contre le terrorisme. Nous avons ce destin tragique en commun" dit Emmanuel Macron, qui salue également la décision de François Hollande d'être intervenu au Mali.

"Le premier péril qui pèse sur chacune de nos consciences c'est l'atteinte à nos dignités humaines. La responsabilité est de dire que les drames qui se déroulent sous nos yeux en Libye sont un crime contre l'humanité. (...) Je proposerai demain à Abidjan une initiative euro-africaine" pour lutter contre l'exploitation de la misère humaine "et qui doit commencer par frapper les organisations criminelles, les réseaux de passeurs. Je proposerai que l'Afrique et l'Europe vienne en aide aux populations prises aux piège en Libye".

"Les mots sont importants car ils sont le début d'un choix partagé, d'une histoire partagée.C'est pourquoi, je ne veux pas décréter seul une nouvelle étape de notre collaboration. Je veux vous proposer une amitié.Nous avons tout pour y parvenir : une histoire, des liens, des passions communes, des déchirements."

"Parfois, notre aide public au développement ne répond pas aux besoins. Elles fait plaisir à des gouvernements, français ou africains. C'est une mauvaise méthode."

"Je suis venu pour prendre des engagements. J'ai pris l'engagement d'avoir une France au rendez-vous du défi du développement. J'ai pris l'engagement, dès le début de mon mandat, d'atteindre à l'issue de celui-ci les 0,55% de PIB d'aide au développement. Nous ferons ces efforts, car c'est la contribution française à la réussite de tout un continent. Dans les prochains mois, une stratégie sera détaillée, qui année après année, dira comment nous y parviendrons."

"Je veux être à vos côtés, celui qui aidera l'Europe à saisir cette chance, celle d'écouter la jeunesse africaine, d'en tirer le meilleur, de mettre son potentiel à disposition du monde."

"C'est en vous que réside une partie de la solution, dans votre volonté de prendre ce chemin, dans votre caractère, vos capacités ensemble à relever ce défi."

"Vous connaissez ce qu'aucun autre continent n'a connu, ce qu'aucune autre génération n'a connu : le cumul, en même temps, de tous ces défis."

"Si nous sommes à la hauteur de ce grand moment de bascule que nous sommes en train de vivre, alors ici se vivra la croissance du monde, la jeunesse sera une jeunesse de conquête. Ce sera une ère d'opportunités nouvelles. Ce grand moment de bascule c'est celui où en Afrique nous devons relever tous les défis : le terrorisme, le changement climatique, la démographie avec 450 millions de jeunes à insérer sur le marché du travail d'ici 2050, l'urbanisation, et enfin la démocratie, combat que vous avez ici mené et gagné."

"Nous devons construire un projet entre nos deux continents. (...) Je ne serai pas du côté de ceux qui voient dans l'Afrique la misère. Je ne serai pas de ceux qui se voilent la face et ignorent la difficulté de votre quotidien. Je suis du côté de ceux qui considèrent que l'Afrique n'est ni un continent sauvé, ni un continent perdu." Emmanuel Macron dit voir en l'Afrique un continent "central", où tout se joue.

"J'entends souvent dire que la force de l'Afrique c'est sa jeunesse. Mais permettez moi de dire que la force de la France c'est aussi sa jeunesse. Et sa jeunesse elle est en partie issue de cette histoire commune. La jeunesse française est aussi, pour partie, une jeunesse sénégalaise, ivoirienne, burkinabè... Quand je parle de vous, je parle aussi de moi."

"La France entretient avec l'Afrique un lien indéfectible. L'Afrique est gravée dans la mémoire française, dans la culture, dans l'histoire, dans l'identité de la France. C'est une fierté que je veux porter comme un atout pour la France, et pour l'Afrique dans notre rapport au monde."

"Je suis d'une génération qui n'a jamais connu l'Afrique comme d'un continent colonisé. (...) Je me refuse à toujours revenir sur les mêmes représentations d'hier. J'ai une conviction profonde : notre responsabilité n'est pas de rester dans ce passé mais de vivre l'aventure pleine et entière de cette génération."

"Je suis d'une génération de Français pour qui les crimes de la colonisation sont incontestables. Je suis d'une génération qui a été impressionné par la jeunesse burkinabé pour défendre les acquis de la démocratie et de l'Etat de droit. Je suis d'une génération qui ne vient pas dire à l'Afrique ce qu'elle doit faire. Je suis d'une génération qui observe que la jeunesse attend de participer à la construction de son pays, et à sa modernisation."

Emmanuel Macron a entamé lundi soir une tournée de trois jours en Afrique, qui doit le conduire du Burkina Faso au Ghana, en passant par la Côte d'Ivoire. Le président de la République a profité de cette première étape à Ouagadougou pour fixer le cadre de la politique africaine de son quinquennat, en s'adressant à la jeunesse. 


Emmanuel Macron s'est d'abord présenté comme le représentant d'une génération pour laquelle "les crimes de la colonisation européenne sont incontestables", tout en relevant qu'il y avait eu aussi "des grandes choses et des histoires heureuses" dans ce passé. C'est "un passé qui doit passer", a-t-il ajouté. "Ce n'est pas simplement un dialogue franco-africain que nous devons reconstruire ensemble, mais bien un projet entre nos deux continents, une relation nouvelle repensée à la bonne échelle" entre l'Afrique et l'Europe, a-t-il dit. "L'Afrique n'est ni perdue ni sauvée, c'est un continent central, c'est ici que se téléscopent tous les défis contemporains", a-t-il estimé.

Une force euro-africaine pour "frapper les réseaux de passeurs"

Le président a aussi annoncé qu'il allait "proposer une intitiative euro-africaine" pour "frapper les organisations criminelles et les réseaux de passeurs" qui exploitent les migrants en Libye. Il a également annoncé "un soutien massif à l'évacuation des personnes en danger" en Libye, qualitifiant de "crime contre l'humanité" la vente de migrants comme esclaves. 

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Que dit Macron sur l'Afrique ?

Emmanuel Macron, qui avait été très critiqué après avoir estimé qu'il était impossible de développer l'Afrique à cause de ses "7 ou 8 enfants par femmes" est revenu sur ces propos, précisant que la femme africaine doit "avoir le choix de ne pas être mariée à 13 ou 14 ans" et le choix de son nombre d'enfants. Il a fait vivement réagir l'assemblée étudiante lorsqu'il a expliqué qu'il demanderait aux ambassades françaises dans les pays africains de privilégier les jeunes filles pour les bourses d"études.


Le chef de l'Etat a aussi promis que la France serait un "partenaire privilégié de l'Afrique" dans la lutte contre le réchauffement climatique, soulignant qu'il fallait rendre "l'énergie plus accessible mais aussi plus propre". Il a promis également un "doublement" des partenariats avec les universités et écoles africaines et des visas longue durée pour les Africains. 

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