VIDÉO - Meeting d'un ministre turc à Metz : Hollande attaqué à droite comme à gauche

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TENSION – Près d’un millier de personnes se sont rassemblées dimanche à Metz pour un meeting en présence du ministre turc des Affaires étrangères, refoulé la veille des Pays-Bas. En autorisant la tenue de cet événement, François Hollande a suscité de vives critiques à droite mais aussi à gauche.

La politique turque s'est immiscée de manière inattendue dans la campagne présidentielle française après la décision de François Hollande d’accepter la tenue d’un rassemblement électoral en présence du ministre turc des Affaires étrangères refoulé de plusieurs pays européens. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a appelé à "l'apaisement" et rappelé au président turc Erdogan "d'éviter les excès et les provocations" ainsi que "son attachement aux principes démocratiques".  Un point de vue rejoint par Benoît Hamon :"Je réprouve la volonté de la Turquie de restreindre la liberté publique et en même temps, quel sens cela aurait-il de notre part à vouloir restreindre le débat démocratique pour lutter contre cela ?" Mais la décision d'autoriser le meeting - en complète contradiction avec la position des Pays Bas ou de l'Allemagne - suscite, depuis, de vives critiques à droite mais aussi à gauche. 

Hollande rompt la solidarité européenneFrançois Fillon

François Fillon s'en est pris directement à François Hollande et accusé dimanche le président de la République de rompre "de manière flagrante la solidarité européenne" en autorisant la tenue du meeting de Metz. "Il est évident qu'une position commune aurait dû prévaloir pour gérer les demandes turques. Le gouvernement français aurait dû empêcher la tenue de ce meeting", écrit le candidat dans un communiqué. "Si l’Europe voulait signifier une forme de solidarité entre les différents pays européens, ce serait bien que la France soutienne les Pays-Bas ou l’Allemagne qui se font traiter de nazis. La solidarité européenne voudrait que tous les pays européens, à commencer par la France, élèvent une protestation scandalisée auprès du gouvernement turc", attaque de son côté, Henri Guaino (LR). 

La France n'est pas le paillasson des ambitions politiciennes d'ErdoganNicolas Dupont-Aignan

Nicolas Dupont-Aignan, candidat à la présidentielle de Debout la France, a lui estimé dans un communiqué que "le gouvernement se tait honteusement et se couche devant les exigences turques(…) La France n’est pas le paillasson des ambitions politiciennes du président Erdogan".

Pas de campagne électorale turque en FranceMarine Le Pen

Au Front national, la présidente, Marine Le Pen a réagi via son compte Twitter : "Pourquoi devrait-on tolérer sur notre sol des propos que d'autres démocraties refusent ? Pas de campagne électorale turque en France". Toujours sur le réseau social, son vice-président, Florian Philippot, juge lui "irresponsable" la décision de François Hollande. 

"D’autres pays européens ont eu le courage de dire non"

Au sein des écologistes d'EELV, la venue de Mevlut Cavusoglu suscite également de vives critiques. "Je suis pour la liberté d’expression, mais je suis dépitée par l’autorisation accordée à ce meeting de propagande, a réagi auprès de LCI - au nom de son parti - la sénatrice EELV Esther Benbassa. " La Turquie est un pays où la liberté d’expression est muselée. De notre part, il s’agit d’un soutien implicite à ce qui se passe en Turquie.  En période électorale, le gouvernement a autorisé ce meeting pour maintenir ses bonnes relations avec la Turquie, pour que les entreprises sur place ne soient pas importunées, et pour qu’Erdogan ne nous envoie pas les réfugiés présents en Turquie.  D’autres pays européens ont eu le courage de dire non, nous ne l’avons pas eu. Je condamne fermement la décision du gouvernement, car implicitement nous devenons un soutien de la répression pour des intérêts économiques et pour que la Turquie ne se mette pas à nous envoyer des réfugiés en période électorale. Nous, pays des Droits de l’Homme, nous nous sommes tus. Nous devenons quelque part des complices."

La position plus nuancée du Parti du gauche

Eric Coquerel, du Parti de gauche, a lui tenu des propos plus nuancés sur LCI. "D’un point de vue légal, monsieur Ayrault a raison, il n’y avait rien qui empêche ce meeting au niveau de l’ordre public. Par contre, on aurait pu penser que le gouvernement aurait pu dire au moins que la présence du ministre n’était pas opportune." "La France pouvait très bien au moins expliquer que cette présence n’était pas souhaitée. Ce serait peut-être plus supportable si la France dénonçait en même temps fortement ce qu’il se passe en Turquie" a-t-il ajouté.

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Eric Coquerel : "D’un point de vue légal, monsieur Ayrault a raison (...) par contre, on aurait pu dire que la présence du ministre n’était pas opportune"

Un millier de personnes au total ont assisté au meeting du chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu. Le ministre étaient venu plaider  pour l'adoption du projet de révision constitutionnelle renforçant les pouvoirs  du président turc, qui sera soumis à référendum le 16 avril.  La communauté turque en France est forte d'environ 700.000 personnes, dont  160.000 dans le Grand Est. 70.000 sont inscrites sur les listes électorales,  dont 60% font traditionnellement usage de leur droit de vote.

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