VIDÉO - "L'argent, je vais vous expliquer où vous allez le prendre" : le ministre de l'Agriculture interpellé à Rocamadour

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La colère des Gilets jaunes

ECHANGE - Quelques instants avant la deuxième rencontre entre Emmanuel Macron et les maires d'Occitanie, vendredi 18 janvier, Didier Guillaume a été vivement interpellé à Rocamadour, non loin de Souillac, lieu de la 2e étape du Grand débat.

"C'est une honte !" "Donnez un peu de sous aux pauvres !" "J'ai cotisé toute ma vie, je touche 750 euros par mois". Drôle de fin de digestion pour le ministre de l'Agriculture, vendredi 18 janvier. A la sortie du restaurant Le Bellevue, à Rocamadour, Didier Guillaume a essuyé une pluie de critiques, en marge du déplacement présidentiel à Souillac, pour le deuxième grand oral du Grand débat national. Vieux briscard de la politique (17 ans conseiller général, dix ans sénateur dans le Drôme), l'ancien lieutenant de Manuel Valls connait ses classiques et évoque sa situation personnelle. "Mon père aussi est mort avec 750 euros par mois. [...] Votre situation n'est pas normale, c'est pour ça qu'on essaie de faire des choses."

Pas de quoi refroidir des manifestants au discours ancré bien à gauche : "En faisant une réforme sur la sécurité sociale ? En indexant les retraites sur le coût de la vie ?" demande l'une d'entre eux, loin d'être convaincue par l'organisation du Grand débat national pour résoudre la crise des Gilets jaunes. "Il faut faire acte de votre incompétence générale, je ne vise pas que vous, mais là, vous faites votre campagne LREM pour les européennes aux frais du contribuable."

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"Euh, 200 euros d'augmentation, je sais pas"

Rapidement, l'échange reprend sur les mesures prises par le gouvernement en faveur du pouvoir d'achat. Si Didier Guillaume dégaine la hausse de la prime d'activité, en face, on est renseigné. "Mais elle ne bénéficie plus à tout le monde ! Nous, on veut une augmentation des salaires de 200 euros", demande l'un d'entre eux. "Euh, 200 euros, je sais pas", répond prudemment Didier Guillaume, relativement enroué. Pas de quoi décourager un autre Gilet jaune : "L'argent, il est là, je vais vous expliquer où vous allez le prendre. Aujourd'hui, il y a 90 milliards de profits pour les entreprises du Cac 40 et 57 milliards [qui vont] aux actionnaires. Vous nous rendez l'argent, point barre."

Le ministre de l'Agriculture essaie de faire valoir la dernière idée de Bercy pour soumettre les Gafa à l'impôt national. "Mais on parle pas de ça !" l'interrompt une manifestante. "Oui, mais moi je parle de ça", balaie Didier Guillaume. "Pourquoi vous ne prélevez pas l'impôt des sociétés à la source ? Amazon, McDonald's, ils ne paient pas leurs impôts !" Imperturbable, l'ancien sénateur reste sur les Gafa : "C'est nouveau, mais pour la première fois, on va faire payer des impôts à ces entreprises (pour 600 millions d'euros de recettes pour la France, ndlr). C'est peut-être pas assez, je ne peux pas vous dire quand, mais ça a été décidé."

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"Ah vous savez ? Ben faites-le, alors"

Pas décidé à lâcher l'affaire, le Gilet jaune anti-dividendes répète sa question : "Et les milliards versés aux actionnaires, vous êtes d'accord pour les rendre aux salariés ? Il vous suffit d'une loi. C'est les salariés qui créent la valeur ajoutée, pas les patrons ni les actionnaires." Pris en étau entre les revendications qui déboulent devant lui et son appartenance à un gouvernement qui ne veut pas toucher au capital pour rémunérer le travail, Didier Guillaume hésite. En face, on ne lui laisse aucun répit. A ses "Je sais, monsieur", on répond : "Ah vous savez ? Ben faites-le, alors." Aux "non, mais..." ce sera : "Non ? D'accord, vous avez dit non."

Malgré tout, Didier Guillaume reste cramponné à son autre objectif : le Grand débat. "L'objectif qui a été annoncé, c'est de mieux répartir a richesse de ce pays. C'est l'objectif. Après, on y croit, on n'y croit pas... Moi, je ne sais pas ce qui se dira." Face à lui, la manifestante est déjà persuadée qu'on "n'abordera pas les violences policières, ni l'ISF. [...] Avec sa suppression, les dons aux associations ont baissé." Didier Guillaume embraye, reprenant l'argumentaire déployé par le président : "Je sais que c'est un symbole pour vous. Mais il y a un an, il existait encore, le pouvoir d'achat n'était pas meilleur pour vous." L'argument ne convaincra pas. Mais au fur et à mesure du dialogue, Didier Guillaume aura au moins réussi à faire baisser le niveau sonore. 

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