Hamon dénonce le "petit jeu politique" de Mélenchon : "Il parle mais c'est Marine Le Pen qui récolte"

Politique
INTERVIEW - Le fondateur du mouvement Génération.s était l'invité de LCI, vendredi 4 janvier. L'occasion d'évoquer les Gilets jaunes, l'incompréhension que suscite chez lui Jean-Luc Mélenchon et, surtout, de faire une critique acerbe de la politique d'Emmanuel Macron.

Benoit Hamon était l'invité de Christophe Jakubyszyn, vendredi 4 janvier. L'ancien candidat à la présidentielle est revenu sur le mouvement des Gilets jaunes et les échanges tendus avec Jean-Luc Mélenchon qui en ont découlé, mais aussi sur ses inquiétudes quant aux réformes présentées par le gouvernement.

Eric Drouet "confirme bien ses ses propos qui n'en font clairement pas un homme de gauche"

La gauche est plus fracturée que jamais. Si Benoît Hamon s'en inquiète et espère qu'il y aura "le moins possible" de listes de ce côté-ci de l'échiquier aux élections européennes (on en compte potentiellement 7). Mais il ne semble pas prêt à faire la paix avec Jean-Luc Mélenchon. Le fondateur de Génération.s ne comprend pas notamment la "fascination" exprimée par le chef de file de la France Insoumise pour Eric Drouet, l'une des figures des Gilets jaunes, interpellé dans la soirée du mercredi 2 janvier.


L'ancien candidat socialiste à la présidentielle avait déjà critiqué le député de Marseille après cette démarche, rapportant à tort qu'Eric Drouet avait voté à deux reprises pour Marine Le Pen à la présidentielle. Une information démentie par la suite par le principal intéressé. Pas de quoi démonter Benoît Hamon : "Il confirme bien ses propos qui sont les siens sur les migrants, sur le pacte de Marrakech et qui n'en font clairement pas un homme de gauche et pas quelqu'un qui me parait aujourd'hui un objet de fascination [...]. Je le dis à Jean-Luc Mélenchon : moi, il me revient de remettre des repères dans une période confuse." 


Et d'ajouter : "On peut juger le mouvement des Gilets jaunes légitime parce qu'il demande de l'égalité, du pouvoir d'achat, de la justice et du respect mais pour autant, je ne considère pas aujourd'hui que tel ou tel leader soit fascinant." 


S'il souhaite clarifier les positions idéologiques de chacun, c'est qu'il estime que grand gagnant de cette "confusion politique" n'est pas la gauche mais l'extrême droite. "Ce qui m'inquiète c'est que Mélenchon parle mais c'est Marine Le Pen qui récolte, moi je n'ai pas tellement envie de participer à cela."

La "tentation autoritaire" du gouvernement

Au-delà de Jean-Luc Mélenchon, c'est surtout Emmanuel Macron et son gouvernement qui sont la cible de ses critiques. Interrogé sur l'arrestation d'Eric Drouet au motif qu'il manifestait sans autorisation, Benoit Hamon a estimé que "ce gouvernement [était] d'un maladresse incroyable et qu'en plus il montre une tentation autoritaire qui, moi, m'inquiète beaucoup au moment où il faut laisser respirer la démocratie."

A travers le débat public que compte mettre en place le chef de l'Etat ? Cela ne suffira pas, juge l'ancien député, qui plaide pour la mise en place d'une VIe République, moins centrée sur la figure du président. Ses mots envers Emmanuel Macron ne sont pas tendres : "Un homme cloîtré dans son palais", "très faible".


La solution repose surtout sur un changement de modèle de développement, dont Benoît Hamon dénonce la déliquescence en quelques exemples : pèle-mêle "l'hôpital public en voie de tiers-mondisation", "les professeurs - notamment dans le premier degré - qui sont les plus mal payés d'Europe", les "aide soignants payés au lance-pierre" ou encore le renforcement des sanctions contre les chômeurs.


"A Pôle emploi, dans les agences, on déplace des conseillers en charge des recherches d'offres d'emploi auprès des entreprises vers le contrôle des chômeurs", regrette-t-il, alors que les "fraudeurs sont très peu nombreux". Cette logique qui consiste à "faire du chômeur celui qui serait responsable des déficits publics" l'exaspère. Il aimerait qu'on pointe du doigt les grandes entreprises : "Qu'avez vous fait du CICE ?", questionne-t-il. "Pierre Gattaz avait dit un million d'emplois, ils sont où ?" Dans les poches des actionnaires, juge-t-il, s'appuyant sur l'analyse de France Stratégie de ce dispositif à plusieurs dizaines de milliards d'euros, qui a certes créé et préservé des emplois, mais a surtout contribué à reconstituer les marges des grandes entreprises.

Le retour du revenu universel

Mais alors comment remédier à cette situation ? Tout d'abord, par le biais d'une réforme fiscale. Que l'on arrête de "payer 10 impôts : on paye l'impôt de la TVA, de la taxe foncière, du patrimoine, de la succession", s'insurge-t-il. Ce qu'il souhaite : uniquement "deux impôts : un impôt sur le revenu et un impôt sur le capital".

Surtout, Benoît Hamon compte bien remettre sur la table son revenu universel. Et il souhaite l'évoquer dans le débat national à venir. "Aujourd'hui, le travail ne paye plus assez, il n'y en a plus assez, la réalité c'est qu'il faut anticiper cela", estime-t-il. "Auchan ouvre son premier grand magasin sans personne dedans, vous ne voyez pas que ça va nous prendre du boulot partout ?" donne-t-il en exemple.

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