Le général de Villiers revient sur sa fracassante démission : "Le lien de confiance était trop dégradé" avec Macron

EXPLICATIONS - Premier chef d'état-major des armées à démissionner en étalant publiquement un désaccord avec un chef de l'État, le général Pierre de Villiers revient dans un livre sur les raisons qui l'ont poussé à quitter son poste et égratigne au passage Emmanuel Macron.

Quelques mois après sa fracassante démission, l'ancien chef d'état-major des armées Pierre de Villiers défend et explique sa décision dans un livre intitulé "Servir" (Fayard), publié ce mercredi. Sa démission, fait sans précédent sous la Ve République, avait pour origine des économies de 850 millions d'euros réclamés cette année aux armées, dans un contexte de restrictions budgétaires générales, que le haut-gradé n'a pas accepté. 

"La vraie loyauté consiste à dire la vérité à son chef", écrit le général de Villiers. "La vraie liberté est d'être capable de le faire, quels que soient les risques et les conséquences [...]. La vraie obéissance se moque de l'obéissance aveugle. C'est l'obéissance d'amitié", écrit-il dans son livre. Pour autant, le général ne dévoile pas la teneur de son dernier entretien avec le président Macron : "Vous me permettez de [le] garder pour moi".


Assurant qu'avant la crise qui l'a conduit à quitter son poste, ses relations avec le Président ont d'abord "été empreintes de franchise, de confiance et de cordialité", il estime toutefois qu'après avoir été "critiqué publiquement et explicitement" par le chef de l'État lors d'un discours le 13 juillet, "le lien de confiance entre le chef des armées et son chef d'état-major était trop dégradé pour que je puisse continuer à mon poste". 


Connu pour son franc-parler, Pierre de Villiers avait été tancé par le Président pour avoir justement publiquement exprimé son désarroi. Lors d'une audition à huis clos de la Commission de Défense à l'Assemblée nationale sur ces questions budgétaires, il avait dit qu'il "n'allait pas se laisser baiser" et que le situation "n'était pas tenable". 

Détaillant dans son livre les restructurations imposées aux armées au cours des dernières années, le général écrit: "On a déjà donné. On a déjà tout donné". "Le ministère de la Défense a été le plus important contributeur de la révision générale des politiques publiques (RGPP) instaurée en 2007 [...]. En poste à Matignon entre 2008 et 2010, j'ai pu le vérifier, chiffres à l'appui [...] Lorsque les engagements opérationnels sont en hausse et le budget en baisse, j'appelle cela un grand écart", estime-t-il. 


Se plaçant dans la position du serviteur de l'Etat et de l'armée française qui choisit de dire ce qu'il a sur le cœur, au risque de devoir sacrifier sa carrière, il affirme que "la loyauté n'est pas l'esprit de cour ni l'assentiment permanent à ce qui peut être utile pour se faire bien voir. Le silence est parfois proche de la lâcheté".


Concluant son livre sur la haie d'honneur et les applaudissements que les personnels du ministère de la Défense lui ont réservé le jour de son départ, Pierre de Villiers "lit dans les regards la déception, la colère parfois, l'incompréhension, mais aussi la fierté retrouvée d'un chef qui est allé au bout de ses convictions". 


Le général de Villiers a été remplacé par le général François Lecointre au poste de chef d'Etat-major des armées.

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