VIDÉO - Mélenchon à Philippe : "Savez-vous que vous avez perdu l'élection ?"

Politique

INTERVENTION - Prenant la parole pour la première fois depuis l'échec des Insoumis aux européennes, mercredi 12 juin, le président du groupe des députés insoumis a dénoncé le manque de légitimité du gouvernement à faire ses réformes après la deuxième place de la majorité aux dernières élections.

Badin, tempétueux et lyrique. En 10 minutes de temps de parole, Jean-Luc Mélenchon a donné à voir un concentré du personnage politique qu'il est, mercredi 12 juin, à l'Assemblée nationale, après le discours de politique générale d'Edouard Philippe. Lui qui devait prendre la parole "après le 6 juin" pour s'exprimer sur son rôle personnel dans l'appareil de la France insoumise, dont le fonctionnement est critiqué par plusieurs voix en interne, dont celle de Clémentine Autain, aura fait son "retour" dans le cadre plus institutionnel du Palais Bourbon.

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"La lutte pour les sommets suffit à remplir le cœur des hommes"

Le député marseillais a commencé par acter la défaite de son parti aux européennes et reconnu "la difficulté de [sa] position pour mener le combat". Une défaite nationale, avec certes "six députés insoumis à Strasbourg" contre deux, mais aussi européenne : "Notre sommes rayés de la carte dans plusieurs pays. Le combat s'annonce donc dans des conditions très dures".  Mais le vétéran de la scène politique n'entend pas lâcher. A la fin de son intervention, il citera ainsi Sisyphe, cette figure antique qui, inlassablement, poussait une lourde pierre jusqu'au sommet d'une montagne, avant de la voir dégringoler tout en bas : "J'en reste à Camus. Il demande d'imaginer Sisyphe heureux. [...] On ne comprend pas comment Sisyphe y parvient, si on ne se souvient pas que pour lui, la lutte pour les sommets suffit pour remplir le cœur d'un homme".

Mais c'est en s'adressant à Edouard Philippe que Jean-Luc Mélenchon a usé d'un ton pour le moins taquin. "Monsieur le Premier ministre, savez-vous que vous avez, vous aussi, perdu l'élection ?" commence-t-il. Alors qu'Edouard Philippe, tout sourire, opine du chef, son adversaire poursuit : "Mais je vois bien que non !" Rappelant qu'il avait fait des européennes "un référendum" contre la politique de l'exécutif, Jean-Luc Mélenchon poursuit, sourire aux lèvres : "C'est ce qu'il s'est passé ! Et vous l'avez perdu ! 80% des bulletins de vote se sont portés sur des listes qui vous étaient ouvertement opposées. 90% des inscrits vous ont refusé leur appui." 

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"Le pays ne se sent politiquement représenté par personne"

Pareil raisonnement n'est pas flatteur pour le score des Insoumis, qui s'en trouve, si on le rapporte aux nombre d'inscrits, à peine supérieur à 3%. Pas de quoi décourager le 4e homme de la présidentielle, qui convoque une autre figure de la Grèce antique, Antigone : "Ne m'objectez pas notre faiblesse actuelle : une seule conscience peut protester contre tout, refuser toute règle, à condition qu'elle en accepte les conséquences." Et de poursuivre sur sa lancée, constatant la crise démocratique qui n'épargne pas son mouvement ni aucun autre : "La vérité qui nous accable tous est la suivante : le pays ne se sent politiquement représenté par personne."

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Protester contre la politique gouvernementale, c'est ce que s'évertuera à faire pendant le reste de son discours l'ancien ministre. Pointant le "cynisme" du président Macron, qui déclare "se soucier davantage de la part humaine des problèmes qu'il traite", quand il s'apprête à "détruire le système de retraite par répartition" et à "repousser l'âge de retraite à taux plein à 64 ans". Sans oublier de critiquer la politique annoncée dans le traitement des chômeurs, "comme s'ils étaient responsables du chômage". Conscient de sa position délicate, Jean-Luc Mélenchon en revient à ses fondamentaux : "Quels que soient les résultats électoraux, [...] un militant de la révolution citoyenne doit choisir son lendemain. Lutter contre le rouleau-compresseur de ce monde de violence écologique et sociale, ou céder. Nous ne céderons pas."

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