Simone Veil : de la condition des femmes à la construction européenne, retour sur une vie de combats

DISPARITION - L'ancienne ministre et présidente du Parlement européen, Simone Veil, est décédée ce vendredi 30 juin à l'âge de 89 ans.

De la condition des femmes à la construction européenne, Simone Veil s'est engagée tout au long de sa vie dans les combats emblématiques de son époque. C'est elle qui, voici 40 ans, défendit, avec un grand courage, la légalisation de l'avortement. Attachée aux valeurs morales et républicaines, cette féministe inflexible a été la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature, la première à être ministre d'Etat ainsi que présidente du premier Parlement européen. 


Elle naît le 13 juillet 1927 à Nice, au sein d'une famille juive et laïque. Son père, homme rigoureux et architecte de profession, pousse ses quatre enfants à lire les classiques: Montaigne, Racine ou Pascal. Simone Jacob est déportée en 1944 au camp de concentration d'Auschwitz, avec sa famille. Elle en revient avec ses deux soeurs, mais sans parents ni frère. "Je crois être une optimiste, mais, depuis 1945, je suis dénuée d'illusions", dit cette ennemie de la langue de bois qui n'oubliera jamais de reprocher à certains "amis" politiques leurs "dérives extrêmes droitières". 

"Le fait d'avoir fait l'Europe m'a réconciliée avec le XXe siècle"

Elle rencontre en 1946 à Sciences-Po Antoine Veil, futur directeur général de la compagnie aérienne UTA. Le couple a trois fils, dont le célèbre avocat Jean Veil. Un des enfants est disparu en 2002. Antoine est mort en avril 2013. Magistrate, Simone Veil rejoint en 1956 l'administration pénitentiaire puis s'occupe des problèmes d'adoption. Sa maison est déjà un salon politique, où se côtoient gaullistes et centristes. 


Elle entre en politique en 1974 comme ministre de la Santé dans le gouvernement Chirac. Son combat pour faire adopter - contre une partie de la droite - la loi sur l'interruption volontaire de grossesse, fait d'elle pour longtemps la personnalité politique la plus populaire de France. Il restera, dans la mémoire collective, l'image d'une femme touchée, fin 1974, en pleine Assemblée nationale mais ne cédant pas. 


Les attaques qu'elle subit sont violentes. "On avait inscrit sur la porte de mon domicile : Veil = Hitler", se rappellera celle qui fut présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah de 2000 à 2007 (puis présidente d'honneur jusqu'à aujourd'hui). 


Trop indépendante pour l'Elysée

En juin 1979, Simone Veil est élue présidente du Parlement de Strasbourg, jusqu'en 1982. De 1984 à 1989, elle est à la tête du groupe libéral, démocratique et réformateur. "Le fait d'avoir fait l'Europe m'a réconciliée avec le XXe siècle", assurait cette pionnière. Dans le gouvernement Balladur de 1993, elle devient ministre d'Etat, chargée des Affaires sociales, Santé et Ville. Partisane (sans trop d'enthousiasme) de Raymond Barre à la présidentielle de 1988, elle soutient Edouard Balladur dans la course à l'Elysée en 1995. 


En 1997, elle préside le Haut conseil à l'intégration et en 1998 siège au Conseil constitutionnel, jusqu'en 2007. Elle a incarné, comme ministre, la fibre sociale et a parfois pris des positions proches de la gauche sur des sujets sociétaux. Son soutien - parfois critique - à Nicolas Sarkozy en 2007, au détriment de François Bayrou, illustre sa singularité dans le paysage politique qui explique en partie sa popularité. 


Avec un tel parcours, pourquoi n'a-t-elle jamais brigué l'Elysée ? "Je ne me suis jamais sentie la capacité d'exercer un tel pouvoir. "Je suis trop indépendante pour cela", a-t-elle expliqué de sa voix claire, au débit rapide, inflexible. Personnalité féminine préférée des Français, selon un sondage de 2014, elle a été élue en 2008 à l'Académie française, devenant la sixième femme à rejoindre les Immortels. Elle s'est éteinte à l'âge de 89 ans. 


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