Vers une retraite à 64 ans ? La petite musique qui monte au sein de l'exécutif

Vers une retraite à 64 ans ? La petite musique qui monte au sein de l'exécutif

RÉFORMES - Emmanuel Macron doit trancher avant le 14 juillet sur le dossier sensible des retraites, une réforme gelée avant la crise sanitaire. La piste d'un recul de l'âge légal de 62 à 64 ans, écartée par le chef de l'État en 2019, est envisagée.

Exit la retraite à points, revoici la mesure "paramétrique". Alors que la réforme emblématique du quinquennat avait été mise en sommeil, après plusieurs mois de contestation sociale, en raison de la crise sanitaire, début 2020, ce chantier pourrait revenir par la petite porte, à dix mois seulement de l'élection présidentielle 2022.

Au projet présidentiel initial visant à harmoniser les régimes de retraites, via l'instauration du point, pourrait se substituer une simple mesure paramétrique consistant à repousser de 62 à 64 ans l'âge légal de départ afin de rééquilibrer des comptes sociaux mis en à mal par la crise sanitaire, similaire à celle qui avait conduit Nicolas Sarkozy, en 2010, à faire passer l'âge de départ de 60 à 62 ans. 

Partisan de longue date d'une mesure de relèvement, Bruno Le Maire l'a défendue mardi matin sur CNews. "Moi je donne mes convictions, j'y suis favorable parce que c'est l'intérêt des Français et l’intérêt de la France que tout le monde, globalement, que notre pays, travaille davantage", a déclaré le ministre de l'Économie. Sans se prononcer spécifiquement sur l'hypothèse des 64 ans, il a jugé "qu'on n'a jamais intérêt en politique à remettre à demain ce qu'on peut faire aujourd'hui", même si une telle décision, plutôt risquée socialement à l'approche d'une élection, "relève de la seule appréciation du président de la République"

"Pour garantir la pérennité du système par répartition auquel les Français sont si attachés, il faudra travailler plus et plus longtemps", a également jugé mardi le ministre du Commerce, Franck Riester, transfuge de la droite à l'instar de Bruno Le Maire. 

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La réforme des retraites d'Emmanuel Macron

Est-ce vraiment urgent ?

Les tenants d'une telle réforme avant la fin du quinquennat invoquent l'état des finances publiques et la nécessité de consolider en urgence le régime actuel. "Je suis convaincu que nous sommes dans l'urgence d'envoyer le signe du passage à 64 ans", a ainsi estimé l'influent économiste et proche du président Alain Minc, mardi sur Europe 1. "La question n'est pas de savoir si la loi sera votée en novembre 2021, mais de savoir ce que le candidat Macron assume en termes de réforme des retraites", a-t-il précisé. "Le passage de 62 à 64 ans, c'est quelque chose que tout le monde peut comprendre, à défaut de l'aimer ou de l'approuver."

Début juin, lors de son déplacement dans le Lot, Emmanuel Macron avait reconnu que "la réforme des retraites initialement envisagée", "complexe et porteuse d'inquiétude", ne pourrait être "reprise en l'état". Il avait toutefois ouvert la porte à d'autres mesures. "Est-ce que nous pouvons ne rien faire sur les retraites dans les moins qui viennent ?", s'était-il interrogé. "Il faudra pour cela regarder deux choses. D'abord, a-t-on réglé le préalable, qui est le travail et la reprise d’activité ? Ensuite, la solidité de nos finances publiques est-elle assurée dans la période ?" 

Emmanuel Macron attendait, pour se déterminer, plusieurs évaluations : le rapport de la Cour des comptes sur l'état des finances publiques, le rapport Blanchard-Tirole sur la relance économique, la consultation des partenaires sociaux et l'état d'esprit des Français que le chef de l'État entendait sonder courant juin avec son "tour de France". Le 15 juin, les magistrats financiers se prononcés, dans leur synthèse, en faveur d'une réforme visant à équilibrer les comptes publics. Les économistes Olivier Blanchard et Jean Tirole ont remis, le 23 juin, leur étude à Emmanuel Macron, dans laquelle ils plaident pour une réforme globale fondée sur le système à points, version aménagée de la réforme initiale gelée en février 2020. En revanche, un autre rapport, celui du Conseil d'orientation des retraites, a revu fortement à la baisse les prévisions de déficit du régime pour l'année qui vient. 

Quant aux partenaires sociaux, ils ne semblent pas enclins à relancer ce chantier à ce stade. Les syndicats - y compris la CFDT, favorable à une réforme - refusent une mesure précipitée. Pour le Medef, le sujet pourrait attendre la campagne présidentielle. "Si l'on veut avoir un projet structurant, il faut avoir un peu de recul. Est-ce bien raisonnable de se lancer dans une telle réforme ?", résumait mardi, sur LCI, l'ancien patron du Medef, Thibault Lanxade, pourtant favorable à la mesure d'âge à 64, voire 65 ans.

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Quel avenir pour la réforme des retraites ? L’analyse de François Lenglet

Une décision avant le 14 juillet

Le débat agite jusque dans la majorité et au sommet de l'exécutif. "Il faut la faire, mais il faut aussi choisir le bon moment", résumait la semaine dernière Jean Castex, prudent sur ce sujet, au Figaro. "Il faut se poser la question de l’intérêt de la France, d’abord, mais aussi de la situation sociale et psychologique des Français en sortie de crise. Nous gérons ces facteurs collectivement."

"Là, il y a une bonne ambiance, les boîtes ont envie d’investir, les gens de bosser, de partir en vacances, de revivre. Il faut laisser cette dynamique prospérer, on ne peut pas faire ça maintenant", s'inquiétait plus franchement un proche du président auprès de l'AFP. 

D'autres, à l'instar de Bruno Le Maire, plaident au contraire pour une réforme rapide, qui pourrait par exemple être inscrite par voie d'amendement dans le budget 2022 de la Sécurité sociale, avec une bascule progressive de 62 ans et demi en 2022 (pour la génération née en 1961) à 64 ans en 2028 (pour les générations nées après 1964). 

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Qu'il s'agisse du dossier des retraites, de l'assurance chômage - autre dossier brûlant de la fin du quinquennat - ou d'autres chantiers emblématiques comme la réforme du grand âge, Emmanuel Macron devrait se prononcer avant le 14 juillet, a indiqué lundi à LCI l'entourage présidentiel. "On a toujours dit que si l'on voulait une réforme, on est obligé de parler début juillet", expliquait cette source, invoquant le calendrier législatif. "Pour le moment, rien n'est décidé, acté", précisait-on. 

S'il opte pour une réforme de l'âge de départ, Emmanuel Macron devra composer avec le risque de colère sociale, mais aussi avec ses propres promesses. "Je me suis engagé à ne pas le faire", clamait en effet le président de la République, fin 2019, à propos d'un report de l'âge de départ. 

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