VIDÉO - Pourquoi la députée insoumise Mathilde Panot s'est-elle bâillonnée lors d'une intervention à l'Assemblée ?

Politique
OPPOSITION - L'élue LFI du Val-de-Marne s'est attachée un foulard sur la bouche à la fin d'une intervention, mardi 4 mai à l'Assemblée nationale, dans une ambiance électrique. Une mise en scène pour dénoncer l'adoption du nouveau règlement interne du Palais Bourbon.

Son geste a enflammé le Palais Bourbon. A la fin d'une intervention dans l'hémicycle, mardi 4 juin, la député LFI du Val-de-Marne Mathilde Panot s'est bâillonnée à l'aide d'un foulard, suscitant l'ire des députés de la majorité. "La parole qui a été écrasée, c'est la parole du peuple. Vous ne faites qu'un seul geste en direction du peuple, vous le bâillonnez", lançait-elle aux macronistes juste avant de joindre le geste à la parole. L'un de ces coups d'éclat médiatiques dont les députés insoumis ont le secret depuis leur élection il y a deux ans.  


Dans la même séquence, d'autres collègues de son groupe dénonçaient une "caporalisation de la Nation", "une parole dégradée" et "une opposition muselée". Mais de quoi les élus du groupe LFI pouvaient-ils bien parler ?

Le temps de parole en question

Le débat parlementaire ne portait pas sur un projet de loi ou une réforme du gouvernement, mais sur le nouveau règlement intérieur de l'Assemblée nationale, qui était voté le même jour. Un vote d'ailleurs boycotté par l'opposition, de gauche comme de droite. 

Ce règlement intérieur a fait l'objet de six mois de discussions entre la majorité et les groupes politiques d'opposition. Mais il suscite, depuis le lendemain des élections européennes, des tensions croissantes dans l'hémicycle. En cause : les modifications apportées par cette réforme au temps de parole des députés. 

Le volet de la réforme qui concentre toutes les critiques concerne en effet les prises de parole en séance. En invoquant l'efficacité du travail parlementaire, la majorité a soumis une proposition visant à limiter à un seul orateur par groupe, et un député non inscrit, pour une durée de 5 minutes, la prise de parole durant la discussion générale qui précède l'examen des articles d'un texte. En forme de contrepartie, le texte garantit 10 minutes de temps de parole aux groupes d'opposition dans le cadre de leurs journées réservées (une journée de séance par mois). La réforme prévoit aussi de limiter le droit d'amendement afin qu'il ne s'exerce qu'en amont de la séance publique, afin de ne pas rallonger les débats - une mesure valable pour la majorité comme pour l'opposition, et d'empêcher que des députés ne défendent plusieurs amendements identiques, une pratique assimilée à de l'obstruction.


L'opposition voit dans ces initiatives un affaiblissement de ses prérogatives. "Seuls sont autorisés à parler ceux qui partagent vos idées", a fustigé Mathilde Panot à la tribune, y voyant ni plus ni moins que "la main basse de l'oligarchie sur le Parlement", accusant la majorité de se considérer comme "le parti de la vérité". 


D'autres chapitre de la réforme ont suscité moins de polémiques, comme le renforcement de l'obligation de transparence des élus face aux risques de conflits d'intérêts ou l'élargissement de la pétition citoyenne. 

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