VIDÉO - Rappels au règlement en série, mauvaise organisation... : une semaine de chahuts à l'Assemblée

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APPRENTISSAGE – Les députés ont commencé l’étude des lois de moralisation de la vie publique ce lundi. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a eu de l’animation au sein de l’hémicycle. Entre les couacs de la présidence et les attaques de l’opposition, retour sur une semaine mouvementée.

Des dizaines de novices de la politique ont fait leur entrée à l’Assemblée nationale le mois dernier. Sur les 306 députés REM, neuf sur dix font ainsi leurs premiers pas. Un vent de fraicheur qui s’accompagne forcément d’erreurs de débutant. Il faut prendre ses marques, comprendre le fonctionnement de l’hémicycle, pas facile pour tout le monde. Dilettantisme, amateurisme, députés "godillots", les attaques se multiplient contre ces parlementaires macronistes. 


Cette semaine, alors que les articles de la loi sur la moralisation sont discutés, c’est la présidence qui en a pris pour son grade. Danielle Brulebois et Carole Bureau-Bonnard ont notamment dû regretter amèrement d'avoir remplacé temporairement François de Rugy au perchoir. Alors que s'est-il passé ? LCI vous retranscrit, jour après jour, les événements. Un véritable feuilleton !

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Lundi – Deux députés PS remettent en place la vice-présidente

Lundi, pour le premier jour de l'examen de la loi, c'est la vice-présidente Danielle Brulebois, députée REM du Jura, qui se colle au Perchoir. Les députés examinent les amendements concernant la nécessité pour tout élu de présenter un casier judiciaire vierge. Danielle Brulebois passe au vote, sans redonner la parole aux députés. Un refus qui ne passe pas.


Olivier Dussopt est le premier à monter au créneau. Le député PS de l'Ardèche, dépositaire de trois sous-amendements, lance un premier tacle : un rappel au règlement. Soulignant que la ministre lui a demandé de retirer ses sous-amendements, il s'étonne de cette "situation ubuesque" où la présidence "ne donne pas la parole pour lui répondre et éventuellement satisfaire sa demande". Et d'enfoncer le clou : "Est-ce que vous considérez que le déroulement des débats est normal ?"


Quelques instants plus tard, c'est au tour de Delphine Batho, de la Nouvelle gauche, de frapper, avec un deuxième rappel au règlement : "Madame la président, dans notre Assemblée, il y a des règles dans la discussion des articles et l’ordre d’appel des amendements", indique-t-elle. "Il y a pour règle une fois que le gouvernement et la commission ont répondu aux auteurs des amendements, chacun des auteurs qui ont présenté un amendement, peuvent répondre au gouvernement et à la commission. Et seulement ensuite nous passons au vote. (...) On est dans un débat de moralisation de la vie publique. Et franchement, délibérer dans des conditions de débat pareil est proprement ahurissant."

Mardi – Un député Modem claque la porte, applaudi par tout l'hémicycle

Le lendemain c'est au tour de Carole Bureau-Bonnard de prendre place au Perchoir. Alors qu'elle lance un vote sur un amendement, Jean-Louis Bourlanges s'emporte. "Madame, je suis désolé, je vous ai demandé la parole, vous m'aviez dit que vous me la donneriez", s'exclame le député Modem des Hauts-de-Seine. " Je ne comprends pas pourquoi vous ne me la donnez pas !" La vice-présidente lui répond qu'elle a déjà accordé deux prises de parole et que le vote a démarré. M. Bourlanges se lève, hurle, rien n'y fait. "Vous me la baillez belle, là", lui souffle-t-il, avant de quitter l'hémicycle avec grands fracas et sous les applaudissements de ses collègues. Une vraie scène de théâtre qui ne fait ni chaud, ni froid à Carole Bureau-Bonnard, qui réagit par un simple : "Et bien il part … tant pis".


On pourrait penser que ce moment "chaud" aurait calmé les ardeurs des députés. Que nenni. Une erreur de la vice-présidente relance les hostilités. Quelques minutes plus tard, Carole Bureau-Bonnard appelle ainsi deux fois à voter pour un amendement (comme le préconise le gouvernement). Olivier Dussopt, qui commence à être habitué des rappels au règlement, s'élance. "Lorsque vous appelez les votes, les députés lèvent la main ou ne la lèvent pas. Ils peuvent faire le choix de ne pas participer au vote", balance le député. "Ils peuvent faire le choix de s'abstenir, mal à l'aise par une disposition ou par conviction. Vous avez appelé le vote deux fois. Presque trois." La vice-présidente tente alors d'enchaîner mais en oublie que "le vote n'a pas eu lieu", comme le lui rappelle en criant des députés. Un oubli qui conduira … à une suspension de séance.


Et ce n'est pas fini. André Chassaigne (PCF) et Philippe Gosselin (LR) se convertissent au passage de relais pour critiquer l'organisation des débats. "Ça devient pénible, vous menez ces débats de façon incompréhensible. Quand on a un amendement, il arrive au vote avant les amendements de repli !", tance le député communiste."Non seulement, on a affaire à un rouleau-compresseur où l'opposition ne peut pas s'exprimer correctement, aller jusqu'au vote de ce qu'il propose, mais en plus de cela il y a une confusion qui à mon avis est une confusion entretenue." A droite également, les tâtonnements font grincer des dents : "Ici, on n'est pas dans une phase d'apprentissage, on fabrique la loi", enchaîne le député de la Manche. "Donc il va falloir peut-être appliquer le règlement." Sale journée pour Carole Bureau-Bonnard qui sera finalement remplacée par François de Rugy, après une énième interruption de séance.

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La présidente de séance à l'Assemblée nationale débordée lors des débats sur la moralisation, ce mardi 25 juillet.

Mercredi – Christian Jacob s'emporte contre l'organisation des débats

Ce mercredi, Danielle Brulebois est de retour au Perchoir. Visiblement dépassée, elle s'appuie sur le secrétaire général de l'Assemblée, qui lui souffle, mot pour mot, ses répliques. Bref, un début compliqué.


Peu après, c'est au tour de Christian Jacob de s'en prendre à la "pauvre" vice-présidente. Après avoir souligné lundi "les limites de l'inexpérience", il lui rappelle sèchement le règlement (encore lui !) : "Chacun n’intervient pas sur le sujet évoqué au moment où il en a envie", indique le patron des députés LR. "Sinon, nous y sommes encore dans trois semaines. Peut-être que c'est ça la volonté, mais à ce moment-là, il faut ouvrir l'Assemblée jusqu'au 15 août." Et d'ajouter une touche d'humour : "On n'est pas dans l'Assemblée générale du club de boulistes. On intervient dans un cadre précis."


Décidément, dure semaine pour la présidence de l’Assemblée Nationale.

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