Près de trois élues locales sur quatre déjà confrontées à des comportements sexistes, selon une enquête

Près de trois élues locales sur quatre déjà confrontées à des comportements sexistes, selon une enquête

DISCRIMINATION - Une enquête du réseau Élues Locales révèle qu'une écrasante majorité de femmes politiques locales subissent du sexisme dans l'exercice de leurs fonctions. Dans 10% des cas seulement, des mesures ont été prises face à ces agissements.

Nombre d’entre elles subissent ce fléau, mais rares sont celles qui sont écoutées. Le réseau national Élues Locales, qui depuis 2012 regroupe 1600 femmes élues et soutient les femmes qui veulent se lancer dans des mandats locaux, dévoile ce vendredi 3 décembre une enquête sur les violences sexistes à l’échelle des collectivités territoriales, à l’occasion la 10e Journée Nationale des Femmes Élues. 

Le constat de cet "organisme indépendant et transpartisan" est sans appel : sur les 966 représentantes politiques interrogées entre octobre et novembre 2021, issues de la quasi-totalité des départements, 74% d’entre elles ont déjà subi "injures, harcèlement, violences verbales et parfois physiques" au cours de leur mandat, des "blagues dévalorisantes" aux "humiliations". Dans un cas sur deux seulement, les faits sont remontés à des responsables politiques, et des mesures ont été prises pour 10% des agissements uniquement. 

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"Des chiffres forts qui démontrent une omniprésence du sexisme dans la politique française et qui ont vocation à appeler une prise de conscience collective et sérieuse", alerte le réseau dans son communiqué. Rarement sur le devant de la scène, ces élues locales ajoutent ainsi leur voix au mouvement de lutte contre les violences sexistes et sexuelles #MeTooPolitique, qui secoue les cercles du pouvoir depuis plusieurs semaines déjà. 

"Si nous saluons la prise de parole de femmes politiques médiatisées, elles sont effectivement l’arbre qui cache la forêt", déplore Julia Mouzon, fondatrice de l’organisme et membre du Haut Conseil à l’Egalité auprès du Parisien.

Près d’une femme sur deux se sent illégitime dans ses fonctions

"Sous-représentées, écartées et parfois empêchées dans l’exercice de leurs fonctions" : la discrimination qui pèse sur ces femmes est telle qu’elle entame leur confiance en elles et de leurs ambitions, selon les auteurs de cette étude. Face à ce climat délétère, une femme sur trois a déjà pensé à abandonner la politique suite à des comportements sexistes et 48% d’entre elles ne se sentent pas légitimes à leur poste, relève l’enquête. "La politique reste la chasse gardée des hommes", conclue la fondatrice du réseau dans leur communiqué.

Ainsi, une élue sur cinq a déjà subi des remarques sur son apparence physique, notamment des incitations à être "attrayante". Près de la moitié des sondés se sont aussi vues interrompre lors de prises de parole, ont remarqué des comportements paternalistes et ont essuyé blagues et remarques sexistes. "Certains hommes ont émis des caquètements quand j'arrivais dans une salle", raconte par exemple Valérie Ferrarini, conseillère municipale à Marignier, en Haute-Savoie, au JDD. "La pression se fait plus forte, des collègues masculins se font tactiles avec vous parce que, pourquoi pas, autant toucher quand on a le pouvoir, poursuit-elle. Je n'ai jamais été agressé sexuellement, mais j'ai souvent pensé à lâcher."

 

La violence physique est quant à elle plus minoritaire, mais pas moins inquiétante : 5% des sondées déclarent avoir été victimes de harcèlement, 3% de menaces de mort ou de viol et 1% affirment avoir déjà été frappées dans l’exercice de leurs fonctions.

Par ailleurs, l'étude note à ce propos que les élues interrogées restent cantonnées à certaines délégations -  l’enfance, la culture, le social ou la communication, pour 39% d’entre elles - et ne sont que rarement en charge du budget, de la sécurité ou de l’énergie par exemple. Une répartition rigide qui n’évolue pas : elle avait déjà été soulignée par le réseau en 2018, à l’occasion d’une étude en partenariat avec l’association #NousToutes.

"Jusqu'à quand ces élus se sentiront-ils tout puissants, intouchables ?"

Face à ces menaces et cette atmosphère de travail malsaine, 82% des élues estiment ne pas être suffisamment informées de la part de leur structure au sujet du sexisme et des violences sexuelles, ni même des procédures de protection à solliciter en cas de problème. Alors que dans 82% des cas, ces remarques ou ces comportements sont le fait d’autres collègues élus.

"Au-delà des comportements sexistes, aucune procédure de signalement n’est mise en place, comme une cellule d’écoute par exemple, pour pouvoir engager par la suite des mesures pénales", observe Julia Mouzon dans le communiqué du réseau. "Ces comportements sont banalisés, justifiés par ‘le côté tactile’ ou ‘c'est comme ça, c'est sa façon d'être’", relève aussi Peggy Glou, Vice-Présidente de la Communauté de Commune de Gâtine Racan, en Indre-et-Loire. "Malgré des remontées aux instances

compétentes, aucune prise en compte, aucune réaction. Jusqu'à quand ces élus se sentiront-ils tout puissants, intouchables ?"

"Il est encore bel et bien présent et à tous les niveaux (conseils municipaux, en circonscription, au sein des partis...), abonde Bérangère Couillard, députée de la Gironde. Le sexisme s’opère de façon plus discrète, plus insaisissable." Si près de trois quarts des sondées disent subir du sexisme au sein même de leurs locaux de travail, 15% déclarent aussi être victimes de comportements abusifs en ligne, sur les réseaux sociaux et 11% par mail ou téléphone.

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Ces difficultés à signaler et sanctionner les comportements sexistes découlent aussi peut-être de la sous-représentation des femmes aux postes les plus élevés dans les collectivités territoriales : à peine 20% des maires sont des femmes et seules 4 régions ont une présidente à leur tête, note le dossier de presse de l’organisme. Et dans 23% des cas, ces comportements viennent des responsables politiques des élues eux-mêmes.

Pour remédier à ce phénomène en vue de la présidentielle 2022, le réseau Élues Locales va lancer "une formation sur les outils juridiques et pénaux", précise le communiqué. Un dispositif de soutien déjà amorcé, puisque l'organisme forme chaque année 2000 femmes politiques pour leur apprendre notamment à affirmer davantage leurs positions et mener des politiques publiques plus égalitaires. Il a également annoncé lancer pour la première fois la Journée Internationale des Femmes en politique, fixée au 4 décembre.

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