Vins fins, homard et Saint-Valentin : la polémique François de Rugy résumée en trois points

Politique

Toute L'info sur

Affaire Rugy : le ministre de l'Écologie poussé à la démission

POLÉMIQUE - Épinglé pour ses dîners fastueux à l'Hôtel de Lassay, le numéro 2 du gouvernement s'est expliqué et "conserve la confiance" du Président et du Premier ministre. Retour sur une matinée agitée, du côté de l'Hôtel de Roquelaure.

Une polémique qui secoue le sommet de l'Etat au mois de juillet ? Le gouvernement avait déjà donné l'année dernière avec l'affaire Benalla et pouvait se retrouver, depuis le mercredi 10 juillet, à devoir gérer les conséquences d'un article de Mediapart sur les dîners fastueux que donnait l'actuel ministre de la Transition écologique, en compagnie de son épouse, lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale. LCI vous résume l'histoire en trois actes.

Acte I : Mediapart publie un article sur les soirées de François De Rugy et son épouse à l'Hôtel de Lassay

Mercredi 10 juillet, Mediapart publie un article intitulé "La vie de château sur fonds publics des époux de Rugy".  Dans cette enquête signée Fabrice Arfi, l'ancien président de l'Assemblée Nationale est mis en cause pour avoir multiplié les dîners privés fastueux à l'Hôtel de Lassay, résidence du président de l'Assemblée Nationale, entre 2017 et 2018. Le journal d'investigation en ligne a comptabilisé une dizaine de dîners qui rassemblaient, à chaque fois, de nombreux invités (entre une dizaine et une trentaine selon les occasions), appartenant au cercle amical et relationnel de son épouse, Séverine Servat de Rugy, journaliste à Gala. 

Sur la table de ces dîners, des homards, des bouteilles de champagne et des grands crus issus des caves de l'Assemblée nationale. Un Mouton-Rothschild 2004 apparaît même sur l'un des clichés que Mediapart s'est procuré. Sur une autre photo publié par le journal, on y voit l'actuel ministre de la Transition écologique, du Développement durable et de l’Énergie attablé tout sourire devant ce qui ressemble à une table de Saint-Valentin. Mediapart indique qu'à chaque soirée, c'est le personnel de l'Hôtel de Lassay, qui officiait. 

Contactée par Mediapart, la femme du numéro 2 du gouvernement expliquait que ces dîners très chics avaient une vertu essentielle : ils permettaient à l'ancien président de l'Assemblée de rester connecté à la "vraie vie". "Quand vous êtes un homme politique, vous ne pouvez pas vous couper de la société", dit-elle. Et de confirmer à Mediapart que les invités appartenaient dans leur majorité à son cercle "amical", tout en estimant que c'était "du relationnel", pas du ressort du "privé".

Voir aussi

Acte II : François de Rugy se défend et évoque "un travail de représentation"

Le ministre d'Etat s'est défendu, ce mercredi matin sur France Inter, jurant que son couple "n'a rien à [se] reprocher". Tout en disant "comprendre" qu'un tel article "suscite des réactions, et même des incompréhensions, des interrogations", François de Rugy a dénoncé des "propos mensongers", "une présentation tendancieuse" et un "parti pris militant" de Mediapart. Dans un communiqué de son ministère,  il est évoqué "un travail de représentation" de son ancien poste de patron de l'Assemblée Nationale. Une fonction qui, selon le ministre, "conduit régulièrement le président de l’Assemblée nationale à accueillir, rencontrer et échanger avec des responsables politiques, français ou étrangers, locaux ou nationaux, des représentants de la société civile, ainsi que des personnalités du monde économique ou médiatique", explique-t-il dans un communiqué. 

Dans celui-ci, il explique par ailleurs que "dans le cadre de ses fonctions de président de l’Assemblée nationale, il a ainsi été amené à être invité ou à recevoir nombre d’entre eux, suivant un certain niveau de prestation, propre à la tradition de l’Assemblée nationale et de son personnel". Il évoque aussi, "tout au plus une dizaine de dîners informels liés à l'exercice de ses fonctions" et les invités étaient selon lui, "des personnalités issues de la société civile. Ils rassemblaient le plus souvent une dizaine (deux fois une vingtaine, plusieurs fois moins de dix) de personnalités, issues du monde économique, médiatique, culturel, scientifique, universitaire". Des dîners qui "visaient à répondre à l’exigence de représentation liée à sa fonction auprès de la société civile, ainsi qu’à nourrir son action de président de l’Assemblée nationale", explique le communiqué. 

Comme pour répondre aux critiques sur ses manières budgétaires, le ministre s'est félicité d'avoir "mis un peu d'ordre dans un certain nombre de gestion de budgets de l'Assemblée", réformant notamment la retraite et l'assurance chômage des députés. "En un an, il a fait baisser les frais de réception de l’Hôtel de Lassay de plus de 13%, ses frais de déplacement de plus de 34%", souligne son cabinet. L'épouse de François de Rugy, Séverine Servat de Rugy contribuait quant à elle à, "l’organisation de ces dîners, comme elle a participé et participe toujours à de nombreuses rencontres officielles ou informelles". Il est aussi dit qu'elle "connaissaient certaines des personnes conviées à ces dîners, d’autres pas, tout comme François de Rugy". Et pour le dîner de la Saint Valentin, le communiqué indique qu'il s'agissait d'une "délicate attention" du service de restauration de la résidence, "sans qu'aucune demande préalable ne soit faite, de décorer la table". Et d'indiquer qu'il était "à la disposition de la déontologue de l'Assemblée Nationale", pour s'expliquer. 

Acte III : le Gouvernement au soutien de son ministre

Lors du compte rendu du conseil des ministres, François de Rugy a pris la parole une nouvelle fois pour se défendre. "Il n'y a pas eu de dîners entre amis", "c'étaient des dîners de travail informels avec des personnes qui ont des relations avec une autorité politique", a-t-il redit. Et Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement a assuré que François de Rugy n'avait pas à s'inquiéter pour son avenir au sein du gouvernement.

Et tant pis pour les appels à la démission émis par une partie de l'opposition, parmi lesquels la député écologiste Delphine Batho, pas convaincue, loin s'en faut, par l'argumentaire de son successeur, jugeant ces dîners "moralement inacceptable". Où les réactions indignées d'autres collègues et membres de l'opposition qui n'en pensaient pas moins. 

Dans ces "fonctions de président de l'Assemblée nationale", "il est évident qu'on est amené à avoir des moments de représentation, des moments aussi de contact avec la société civile sous des formes qui peuvent être extrêmement diverses", a expliqué Sibeth Ndiaye à l'issue du Conseil des ministres. Il a "longuement détaillé ses réponses" et "il conserve bien évidemment la confiance du Président et du Premier ministre", a-t-elle déclaré.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter