Visite à Moscou : quand Sarkozy prônait lui aussi la fermeté face à Poutine

Visite à Moscou : quand Sarkozy prônait lui aussi la fermeté face à Poutine

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DIPLOMATIE PARALLÈLE – En allant rendre visite ce jeudi 29 octobre à Vladimir Poutine à Moscou, l'ancien chef de l'Etat affiche son désaccord avec François Hollande, dont il dénonce l'intransigeance face à Moscou. Il fut pourtant une époque pas si lointaine où c'est Nicolas Sarkozy qui se montrait le plus ferme à l'égard de la Russie...

Sarko le Russe. Donnant du "Vladimir" à son "ami" Poutine, qu'il a rencontré deux fois depuis la fin de son mandat présidentiel , dévorant l'oeuvre de Dostoïevski (en anglais s'il vous plaît) et louant à l'envie notre "culture commune", Nicolas Sarkozy n'a de cesse, ces dernières années, d'afficher sa russophilie. "La séparation entre l'Europe et la Russie est un drame", assénait-il encore en février dernier. Ce jeudi, le président de "Les Républicains" (LR) joint le geste à la parole en se rendant à Moscou, où il doit rencontrer Vladimir Poutine. Une position d'autant plus assumée depuis son retour en politique, qu'elle tranche avec celle de son successeur socialiste.

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A la suite notamment du conflit ukrainien, François Hollande a en effet opté pour la fermeté à l'égard de son homologue russe, dans la ligne de l'Union européenne qui a imposé des sanctions à Moscou. Paris a ainsi annulé la vente de deux navires Mistral, signée sous l'ère Sarkozy, qui seront finalement livrés à l'Egypte. Une attitude que la droite fustige, considérant le président russe incontournable pour régler la crise syrienne, dans laquelle l’aviation russe intervient pour soutenir l'armée de Bachar el-Assad. En creux, la critique de Nicolas Sarkozy est claire : son successeur n'est qu'un amateur. Pourtant, lui-même n'a pas toujours tenu ce discours. Et la fermeté affichée aujourd’hui par François Hollande ressemble furieusement à celle affichée par son prédécesseur il n'y a pas si longtemps...

"Je n'accepte pas ce qui se passe en Tchétchénie"
Janvier 2007 -
Au menu des ruptures qui composent les promesses de campagne de Nicolas Sarkozy, il en est une qui concerne le langage diplomatique. Et spécialement à l'endroit de Moscou. Alors que Jacques Chirac soignait l'amitié franco-russe au point d'avoir remis la Grand-Croix de la légion d'honneur à Vladimir Poutine en 2006, son futur successeur promet, lui, de durcir le ton face au Kremlin. Non-respect des droits de l'Homme, crimes en Tchétchénie, attitude vis-à-vis de ses anciens pays satellites, meurtre de la journaliste Anna Politkovskaïa : rien n'échappe aux semonces du candidat UMP. "Je n'accepte pas ce qui se passe en Tchétchénie, parce que 250.000 Tchétchènes morts et persécutés ce n'est pas un détail dans l'histoire du monde (…) Je n'accepte pas la répression contre les journalistes que l'on assassine", déclare-t-il le 14 janvier dans son fameux discours de Villepinte. Des envolées critiques qui lui vaudront l'inimitié de Vladimir Poutine, qui mettra 48 heures à lui adresser ses félicitations après son élection.

"La Russie impose son retour sur la scène mondiale (…) avec une certaine brutalité"
Août 2007 – Loin de changer de braquet une fois parvenu à l’Elysée, Nicolas Sarkozy poursuit la charge lors de son premier discours de politique étrangère, le 27 août devant les ambassadeurs. Cette fois, au sujet de la crise gazière opposant Moscou à l'Ukraine. "La Russie impose son retour sur la scène mondiale en jouant avec une certaine brutalité de ses atouts, notamment pétroliers et gaziers, alors que le monde, l'Europe en particulier, espère d'elle une contribution importante et positive au règlement des problèmes de notre temps que son statut retrouvé justifie", lâche le nouveau Président.

"Un pays qui complique la résolution des grands problèmes"
Octobre 2007 – Quelques jours avant sa première visite officielle à Moscou, Nicolas Sarkozy décrit la Russie comme "un pays qui complique la résolution des grands problèmes du monde" plutôt qu'un "facilitateur". Puis enfonce, dans une interview au journal officiel Rossiïskaïa Gazeta. le clou sur la crise du gaz : "Quand la Russie coupe les approvisionnements en énergie d'une partie de l'Europe sans prévenir, cela sape la confiance". Au sujet du dossier sensible du moment, le nucléaire iranien, Nicolas Sarkozy assume également sa différence avec son homologue, prônant l'adoption de "sanction croissantes", auxquelles le Kremlin rechigne à donner son feu vert à l'ONU. Enfin sur le dossier du Kosovo, le Français soutien l'indépendance, qu'il se vantera plus tard d'avoir "imposée" à son homologue russe.

"Le monde a besoin de la Russie pour la stabilité et pour la paix"
En 2012, dernière année de son mandat, Nicolas Sarkozy s'empresse de saluer la réélection de Vladimir Poutine à la présidence, dont même son ministre des Affaires étrangères, un certain Alain Juppé, estime pourtant qu'elle "n'a pas été exemplaire". "Je me serais contenté de prendre acte", tacle François Hollande, alors candidat à la présidentielle. Alors, que s'est-il passé depuis 2007 ? En fait, l'inflexion sarkozyste est apparue dès 2008, lors de l'invasion par Moscou de la Géorgie pour défendre deux régions séparatistes pro-russes, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud. Si le président français intervient pour apaiser le conflit, il estime "normal" que Moscou veuille "défendre les intérêts des russophones" (un argument qu'il a réutilisé, début 2015, pour justifier l'annexion de la Crimée). "Le monde a besoin de la Russie pour la stabilité et pour la paix", lance-t-il également au Kremlin, en citant le dossier du nucléaire iranien. " Un virage à 180 degrés ", déplorera en 2010 Alain Glucksmann dans L'Obs, fustigeant notamment la vente de Mistral à Moscou, lui qui avait pourtant soutenu en 2007 le candidat UMP pour ses positions pro-tchétchènes. Ce qu'Arnaud Dubien, directeur de recherche à l'Iris, analyse en ces termes : " Nicolas Sarkozy et la Russie, ou le triomphe de la Realpolitik ".

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