Vol à 350.000 euros : le protocole imposait-il à Philippe de rentrer en France avant le départ de Macron ?

Vol à 350.000 euros : le protocole imposait-il à Philippe de rentrer en France avant le départ de Macron ?

PROTOCOLE - Critiqué pour avoir affrété un vol pour un coût de 350.000 euros afin de rentrer de Nouvelle-Calédonie, le Premier ministre s'est justifié par la nécessité d'être présent en France avant le départ du président à l'étranger. Une "règle" qui n'en est pas vraiment une.

Les critiques adressées au Premier ministre Edouard Philippe sur le vol Tokyo-Paris à 350.000 euros, affrété pour son retour de Nouvelle-Calédonie, sont l'occasion de revenir sur une pratique méconnue mais essentielle au sommet de l'Etat : le Président et le Premier ministre ne doivent pas être à l'étranger en même temps. Du moins en théorie.


Invité à répondre à la polémique, ce mercredi sur RTL, le chef du gouvernement a affirmé qu'il "fallait rentrer pour un élément impératif qui est que le président de la République partait en Algérie le lendemain matin de notre retour. Et la règle, c'est qu'on essaye de faire en sorte que le Premier ministre ou le Président soit sur le territoire national".

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Polémique autour du Tokyo-Paris à 350000 euros d'Edouard Philippe

Imaginez si le Président et le Premier ministre avaient été absents lors des attentats de ParisPascal Jan

Une règle ? Pas exactement selon Pascal Jan, professeur de droit constitutionnel à Sciences Po Bordeaux. "C'est une convention, pas une règle. Il faut qu'il y ait au moins l'un des deux membres de l'exécutif sur le territoire national", explique-t-il. 


Une pratique qui s'explique par la nécessité de réagir très vite en cas de menace pour la sécurité. "Imaginez si le Président et le Premier ministre avaient été absents lors des attentats de Paris", complète l'universitaire. "Les deux responsables de l'administration doivent être en capacité de réunir un conseil de défense".

Le territoire déjà déserté par le Premier ministre et le Président

Pourtant, à plusieurs reprises, le Président et le Premier ministre se sont retrouvés tous les deux à l'étranger. Et la dernière fois, c'était à l'occasion d'une attaque terroriste. Le 26 juin 2015, Yassin Sahli attaque une usine de production de gaz industriels à Saint-Quentin-Fallavier, après avoir assassiné Hervé Cornara, la première personne à avoir été décapitée par un terroriste sur le sol français. Au moment de l'attaque, le Président Hollande était à Bruxelles et le Premier ministre Manuel Valls, en Colombie. Une double absence dont s'était d'ailleurs émue à l'époque Isabelle Balkany.

Ce n'était pas la première fois. Slate rapporte ainsi qu'en 1998, l'ancien Président Valéry Giscard d'Estaing avait reproché au chef de l'Etat Jacques Chirac et à son Premier ministre Lionel Jospin d'être partis en vacances au même moment à l'étranger. "Le général de Gaulle avait posé le principe que l'un des deux premiers personnages de l'Etat devait rester constamment présent sur le territoire national pour faire face à une situation d'urgence", avait-il alors indiqué.


En 2008, c'était au tour de Nicolas Sarkozy et François Fillon de partir en vacances à l'étranger en même temps, respectivement au Brésil et en Égypte. Michèle Alliot-Marie, n°2 du gouvernement, s'était alors occupé des affaires courantes, rappelle Slate. Tous deux s'étaient successivement rendus en Grèce puis au Liban, en 2008.

Président et Premier ministre, jamais dans le même avion

Cette tradition non-écrite, même si elle n'a pas toujours été respectée, a donc pour fondement l'efficacité du fonctionnement de l'Etat. "Aux Etats-Unis, le Président et le vice-Président ne peuvent pas non plus, traditionnellement, quitter le pays en même temps", indique Pascal Jan. Une tradition à laquelle s'ajoute l'interdiction coutumière faite, "comme aux Etats-Unis, [aux] deux têtes de l'exécutif [de] prendre le même avion ensemble". Ainsi, lors de leur voyage Athènes-Beyrouth de 2008, Nicolas Sarkozy et François Fillon se trouvaient dans deux appareils qui ont décollé à quelques minutes d'intervalle, comme l'a rappelé Le Parisien.

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