Vote de confiance : "Valls nous a écoutés, mais nous a-t-il entendus ?"

Vote de confiance : "Valls nous a écoutés, mais nous a-t-il entendus ?"

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INTERVIEW - Alors que le nouveau Premier ministre a décidé d'engager la responsabilité de son gouvernement mardi après son discours de politique générale, plus de 80 députés socialistes réclament un nouveau "contrat de majorité". Interviewé par metronews, Pouria Amirshahi, député PS et signataire de l'appel, pose ses conditions avant de voter ou non la confiance au gouvernement.

> Contexte. Avant le discours de politique générale de Manuel Valls qui doit précéder le vote de confiance du gouvernement prévu mardi à 15h, plus de 80 députés ont posé leurs conditions. Dans un texte qu'a publié le Journal du dimanche , ces 89 personnalités socialistes réclament un nouveau "contrat de majorité", appellent le gouvernement à changer de cap politique et menacent de ne pas voter la confiance que le nouveau Premier ministre engagera mardi. Le député Pouria Amirshahi, signataire de ce contrat et reçu par Manuel Valls à Matignon dimanche, répond aux questions de metronews.

Qu'attendez-vous du discours de politique générale que prononcera Manuel Valls mardi ?
Une inflexion dans l'orientation économique, dans les choix budgétaires, dans la stratégie européenne. Mais aussi un changement dans la pratique du pouvoir. Nous voulons que l'Assemblée nationale devienne un lieu de décisions stratégique, névralgique. Or aujourd'hui, elle est contournée pour des décisions essentielles, y compris souveraines comme le vote du budget. Le pacte de responsabilité par exemple, qui pourra coûter jusqu'à 80 milliards d'euros, a été annoncé sans aucune concertation. Nous apprenons d'ailleurs par le Président que ce pacte est prêt. Je suis heureux de l'apprendre, mais j'aimerais, comme mes camarades parlementaires, pouvoir le dire moi-même.

Pensez-vous vraiment que Manuel Valls peut vous rassurer mardi sur ce pacte de responsabilité ?
C'est ce que nous espérons. A ce jour, nous n'avons aucun retour. Ce qui est certain, c'est que Manuel Valls nous a écoutés, mais nous a-t-il entendus ? Soit nous avons des informations d'ici à mardi, soit nous attendrons son discours de politique générale pour décider de nos votes.

Concrètement, que doit dire Manuel Valls pour obtenir votre confiance ?
Voter la confiance du gouvernement, ce n'est pas voter le pacte de responsabilité. Nous voulons que ce pacte soit remis dans les jours qui viennent entre les mains du Parlement et dans sa globalité. Pour pouvoir le réécrire, l'amender et le modifier. Ce sont ces termes-là que nous attendons.

Et si tel n'est pas le cas ?
Alors le gouvernement prendra la responsabilité d'approfondir encore un peu plus le désarroi et la distance qui le séparent des parlementaires. En tout cas pour ce qui me concerne, si c'est pour continuer la même politique, très sincèrement je ne vois pas comment je peux m'y retrouver. Je ne voterai pas contre la confiance du gouvernement pour ne pas faire ce cadeau à Jean-François Copé, mais je pourrais m'abstenir car le respect du Parlement serait compromis.

Manuel Valls, souvent classé à la droite du PS, peut-il vraiment vous rassurer sur ces sujets ?
Je l'espère. Il est Premier ministre, il n'y a que lui qui peut répondre à la question, je ne veux pas lui faire de procès d'intention. Mes désaccords avec lui sur d'autres sujets ou sur ceux-là sont connus, mais il est là maintenant. Il faut bien qu'il gouverne avec une majorité. Soit notre dialogue est intelligent, soit il n'existe pas et nous irons vers un affaiblissement collectif, ce que je ne souhaite pas.

Manuel Valls vous a reçu dimanche avec d'autres députés socialistes. Comment se sont déroulées vos discussions ?
Je pense que le fait qu'il nous reçoive signifie qu'il a pris très au sérieux notre message. Malgré nos désaccords, c'était une conversation agréable et utile, sans chantage ni pression. La discussion était libre et sans langue de bois. Maintenant, reste à voir si nous avons été entendus.

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