VOTEZ - Chevènement, bon ou mauvais choix pour la Fondation de l’islam de France ?

Politique

PRESSENTI – Jean-Pierre Chevènement pourrait accepter à l’automne la présidence de la nouvelle Fondation pour l’islam de France, destinée à organiser le financement des lieux de culte et la formation des imams. Avant même sa nomination, le choix de l’ex-ministre de l’Intérieur fait déjà des vagues. Au point de faire capoter cette candidature ?

Son appel à la "discrétion" des musulmans dans l’espace public a suscité une pluie de réactions, quand bien même la formule venait directement du grand imam de Bordeaux, Tarek Oubrou . Avant sa possible nomination à la présidence de la Fondation pour l’islam de France à l’automne, Jean-Pierre Chevènement suscite, comme souvent, les passions. Le choix de l’ancien ministre de l’Intérieur, défenseur d’une République intransigeante, ne va pas de soi pour tout le monde. Retour sur la polémique.

 Pourquoi Jean-Pierre Chevènement a-t-il été pressenti ?
Les relations entre le fondateur du Mouvement républicain et citoyen (MRC) et les représentants de l’islam de France ne datent pas d’hier. Lorsqu’il était ministre de l’Intérieur de Lionel Jospin, en 1997, il avait déjà planché sur la création d’une instance représentative de l’islam, dans la lignée de ses prédécesseurs Pierre Joxe et Charles Pasqua. Une consultation menée en 2000 avec les instances musulmanes avait abouti, comme le rappelle Le Monde , à une loi-cadre qui a débouché sur la création en 2003 du Conseil français du culte musulman (CFCM) par Nicolas Sarkozy. Peu surprenant donc que l’actuel ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, proche de son prédécesseur, ait pensé à lui pour occuper cette fonction. En outre, comme l'a rappelé une source au ministère de l’Intérieur, l’homme est "respecté dans le monde arabo-musulman depuis son opposition à la guerre en Irak", qui avait entraîné sa démission fracassante du gouvernement en 1991. Enfin, la proximité du souverainiste de gauche avec certains courants de la droite peut sembler utile à la pérennité d'un tel travail, dans l’hypothèse notamment d’une alternance en 2017.

 Pourquoi est-il déjà critiqué ?
Jean-Pierre Chevènement divise la classe politique entre les tenants d’une laïcité ferme, ceux qui le jugent au contraire intolérant, ou ceux qui estiment qu’il n’a tout simplement pas le bon profil. Une fracture qui divise à droite comme à gauche. Les critiques les plus hostiles viennent toutefois de la gauche, à commencer par la sénatrice PS des Bouches-du-Rhône Samia Ghali, fustigeant sur Twitter, après sa sortie sur la "discrétion" des musulmans, "les propos ambigus voire malsains d’un homme qui se voit déjà présider la Fondation pour l’islam". Même appréciation de la sénatrice écologiste Esther Benbassa, selon qui Jean-Pierre Chevènement appelle les musulmans à "vivre cachés, mais pas voilés".

A droite, malgré le soutien du député LR Hervé Mariton, candidat à la primaire de la droite, le procès fait à Jean-Pierre Chevènement est tout autre. L’ancien ministre est accusé de ne pas être lui-même de confession musulmane. "Je respecte infiniment Chevènement mais j’ai la conviction que c’est aux musulmans de gérer seuls", a résumé ainsi la sénatrice UDI Nathalie Goulet sur son compte Twitter. "C’est au musulmans eux-mêmes de choisir le président de cette Fondation", a-t-elle insisté mardi sur France Inter. Même ligne chez l’ancien ministre de l’Intérieur et proche de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux (LR), jugeant début août le choix du gouvernement "surprenant", "puisqu’il est totalement étranger à la religion musulmane". Quant au maire LR de Tourcoing, Gérald Darmanin, il a carrément estimé dans le JDD qu’une telle nomination était un acte "presque colonial".

La nomination peut-elle encore capoter ?
En évoquant l’hypothèse Chevènement début août, prenant ainsi de court Bernard Cazeneuve, François Hollande semblait déjà tester la solidité du choix avancé par son ministre auprès des responsables politiques et religieux.

Conscient de ne pas faire l’unanimité, Jean-Pierre Chevènement envisage lui-même que l’hypothèse de sa nomination échoue. Au Parisien , il affirmait mardi qu’il ne se "déroberait pas", sauf si une telle nomination devait entraîner "des problèmes insolubles". D’ailleurs, il n’est pas "candidat", mais seulement "disponible" pour la fonction. Précaution utiles, au cas où les problèmes resteraient "insolubles".  

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