VOTEZ - Loi Travail : comment le gouvernement peut-il s'en tirer ?

VOTEZ - Loi Travail : comment le gouvernement peut-il s'en tirer ?

CHAOS DEBOUT - Alors que la contestation syndicale s'étend en France, le gouvernement reste inflexible sur le maintien de son projet de loi Travail. Le mouvement ne semble pas près de s'achever. Comment François Hollande peut-il sortir politiquement de ces blocages ? Tour d'horizons des possibilités. Votez et particpez au débat au bas de cet article.

Raffineries bloquées, grèves dans les transports, centrale nucléaire à l'arrêt , Nuit Debout… Le mouvement contre le projet de loi Travail, engagé depuis deux mois, ne semble pas près de se tarir. Contestés dans la rue comme à l'Assemblée, François Hollande et Manuel Valls disposent de marges de manœuvre réduites pour sortir de la grande crise politique du quinquennat. Revue des possibilités.

 Ne rien lâcher
C'est l'option retenue jusqu'ici par le gouvernement de Manuel Valls. Mardi, le Premier ministre a asséné qu'il n'y aurait "pas de retrait du texte", qui va "poursuivre son cheminement" au Sénat puis à nouveau à l'Assemblée. " Ces actions ne servent à rien ", a-t-il lancé à l'adresse de la CGT, qui organise les blocages de raffineries. Le syndicat, promet-il, trouvera "une réponse extrêmement ferme". Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, confirmait mercredi : "Pas question" de revenir sur l'article 2 du projet de loi contesté par les syndicats.

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Problème : en gardant ce cap, le gouvernement s'expose à un conflit sur trois fronts : dans la rue avec les mouvements liés à Nuit Debout et des manifestations en vue, dans les transports où les syndicats annoncent des grèves dès fin mai, et dans le champ politique, où frondeurs et Front de gauche promettent une guérilla jusqu'à l'été lors du retour du texte à l'Assemblée. Avec, à l'horizon, un nouveau passage en force (49.3) et de nouvelles tentatives à gauche pour déposer une motion de censure contre le gouvernement.

 "Reprendre le dialogue"
Le gouvernement peut tenter de répondre la mobilisation syndicale en appuyant les négociations dans les secteurs concernés. Problème: à la SNCF comme chez Air France, il s'agit de conflits sociaux internes aux entreprises , qui dépendent davantage de leurs directions que du pouvoir exécutif. Si les mouvements dans les raffineries et chez les chauffeurs routiers sont directement liés à la loi Travail, ce n'est pas le cas des chauffeurs de taxi, qui envisagent eux aussi de bloquer les axes de circulation.

Pour ces derniers, les revendications portent sur la concurrence jugée "déloyale" des chauffeurs privés. Or, depuis deux ans, le gouvernement semble incapable de résoudre le conflit malgré des tentatives de médiation. Enfin, la CGT ne réclame pas d'aménagement sur la réforme mais le retrait pur et simple du texte.

Sur le front politique, plusieurs responsables de gauche appellent le gouvernement à la négociation. Christian Paul, chef de file des députés PS frondeurs, demandait ainsi mercredi à François Hollande de "reprendre le dialogue" avec les syndicats, mais aussi sur la version du projet de loi Travail qui, selon lui, ne peut pas être voté "en l'état". Message identique d'Arnaud Montebourg sur BFMTV , le possible candidat à une primaire de gauche ayant estimé que "le gouvernement a la responsabilité de débloquer cette situation". C'est aussi la position des partisans de Martine Aubry, selon qui un consensus sur le texte de loi "était possible" avant le recours au 49.3. Mais les frondeurs de gauche sont-ils disposés à voter un nouveau texte de compromis ?

 Retirer la loi
Les syndicats sont partagés sur la question. Pour Laurent Berger, le patron de la CFDT qui a soutenu l'ultime version du texte, "il est hors de question que le gouvernement renonce à ses engagements, que ce soit en retirant la loi ou en la vidant de sa substance (...) Renoncer à cette loi serait renoncer aux nouveaux droits créés par la réforme, ce qui serait inacceptable". A l'opposé, la CGT, fer de lance de la contestation syndicale, réclame le retrait de la loi.

A droite, plusieurs personnalités comme les députés Philippe Vigier (UDI) et Christian Jacob (LR), patrons des groupes UDI et LR à l'Assemblée nationale, pronostiquent un retrait, évoquant une situation comparable à celle du Contrat première embauche (CPE), réforme abandonnée en 2006 par le gouvernement Villepin. Dire qu'on ne cédera pas, "c'est ce qu'on dit jusqu'au jour où on lâche", a jugé mardi Christian Jacob, qui connaît le sujet puisqu'il était ministre de la Fonction publique du temps du CPE.

L'annonce d'un retrait du texte pourrait de fait s'accompagner d'une démission de Manuel Valls, ce dernier ayant mis tout son poids dans la réforme. Dans un scénario machiavélique, Le Parisien citait mercredi un proche de François Hollande, pour qui un départ de Manuel Valls serait l'occasion pour le chef de l'Etat de nommer Emmanuel Macron à Matignon afin de "se débarrasser" des deux ministres et de "dégager le terrain pour sa candidature" de 2017. Le calcul est toutefois risqué, François Hollande étant lui-même impliqué personnellement dans la réforme.

 Faire voter les Français
Et si la loi Travail était l'occasion de mettre enfin en pratique toutes les bonnes intentions sur l'utilité du référendum  ? L'hypothèse de laisser les Français trancher une fois pour toutes sur cette réforme permettrait à François Hollande de sortir par le haut de cette crise. C'est la proposition d'Arnaud Montebourg mercredi, dans la foulée de Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force ouvrière.

Toutefois, il existe un risque majeur : que les Français répondent massivement non à la loi Travail, comme le laissent imaginer les sondages . Car pour François Hollande, un tel désaveu pourrait le conduire vers la porte de sortie avant même la présidentielle de 2017. Il en a fallu moins au général de Gaulle pour quitter le pouvoir en avril 1969… après un référendum raté.

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