Wauquiez vs Bertrand : deux calculs pour deux ambitions nationales ?

Wauquiez vs Bertrand : deux calculs pour deux ambitions nationales ?

TRADUISONS-LES - Au lendemain des régionales, ces deux "jeunes" vainqueurs des Républicains ont opté pour deux stratégies radicalement différentes : l'un cumule plus que jamais, l'autre se met en retrait de la politique parisienne. Mais leurs objectifs ne sont peut-être pas si différents qu'il n'y paraît…

Xavier Bertrand replié jusqu'en… 2020

Ne lui parlez plus de la capitale, il l'a prise en grippe. Au lendemain des élections qui lui ont donné la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Xavier Bertrand a décidé de s'éclipser de la scène politique parisienne, annonçant lundi
sur France 2 l'abandon de son mandat de député ainsi que son retrait de la primaire à droite. Le "Picard-qui-n'a-pas-fait-l'Ena" et qui disait, dans une interview au Monde en septembre, avoir "toujours senti une forme de mépris de la part de beaucoup de ténors politiques" (Nicolas Sarkozy n'aime-t-il pas le surnommer "l'assureur" ?), s'est donc résolu à traduire dans les actes son coming-out provincial. Qu'il expliquait dans le même entretien : "Quand en 2012, j’ai été réélu député, après qu’on m’a collé l’étiquette de Parisien, ça a créé un déclic : depuis, j’ai décidé de totalement assumer mon enracinement provincial".

En ajoutant à son "décumul" l'abandon de la mairie de Saint-Quentin (Aisne), Xavier Bertrand peut aussi se poser en cumulard repenti : "Depuis ces trente dernières années, (…) il y a bien une faillite collective, et j’ai fait partie de cette classe politique. Aujourd’hui, je demande à être jugé sur ce que je vais faire à la tête de la région en m’occupant des gens et en m’y consacrant à 100%". Lui qui, quand il était ministre de Nicolas Sarkozy, totalisait plus de 15.000 euros de revenus en étant également maire adjoint et vice-président de la communauté d'agglomération (+ secrétaire général adjoint de l'UMP), a compris que ce mélange des tâches n'était plus dans l'air du temps. Est-ce à dire qu'après avoir assuré, récemment encore, vouloir maintenir coûte que coûte sa candidature à la primaire pour "défendre (ses) idées", il a définitivement renoncé à toute ambition au sud de l'Oise ? Rien n'est moins sûr…

A 50 ans, Xavier Bertrand a aussi fait le calcul que 2017 ne sera pas pour lui. Le match s'annonce homérique entre les trois ex de la génération au-dessus (Sarkozy, Juppé, Fillon), et la place du "jeune" est fermement occupée par Bruno Le Maire depuis son bon score dans la course à la tête de l'UMP l'an dernier. En 2021 en revanche, lors de la prochaine primaire - s'il y'en a une... -  Xavier Bertrand se sera éloigné des "salons" qu'il critique tant aujourd'hui. 
Débarrassé de ses oripeaux d'élu parisien (et de sarkozyste), il pourra alors prétendre incarner le fameux "renouveau" que Bruno Le Maire se sera peut-être épuisé à porter dans la capitale d'ici là. Et en cas de montée continue du FN, il aura à son actif l'image de gaulliste qu'il a commencé de se forger en battant Marine Le Pen dans le Nord. Le tout, en portant un bilan simple : six ans à la tête de la troisième région la plus peuplée de France. Une stratégie qu'on pouvait lire en creux lundi soir sur France 2 : "Si je réussis à faire mes preuves, là les gens se diront que je mérite peut-être mieux que les politiciens parisiens. Aujourd’hui, j’ai bien conscience que c’est à partir du terrain qu’on doit faire ça."

Laurent Wauquiez dans le cambouis pour 2017

Au contraire de Xavier Bertrand, le futur président de la région Rhône-Alpes-Auvergne, également élu dimanche dernier, promet de faire chauffer la carte grand voyageur SNCF. Car Laurent Wauquiez compte bien garder son siège de député. Rue de Vaugirard, au siège des Républicains, il a même pris du grade ce lundi en passant de numéro trois à numéro deux . Sur le fond, il dit pourtant la même chose, sur BFMTV ce mardi matin, que son homologue du Nord : "Je pense que ma génération, plutôt que de parler sous les plafonds dorés à Paris, doit commencer par faire ses preuves sur le terrain". Tout en nuançant : "Xavier Bertrand se consacre à sa région, c'est très bien… je n'ai pas la même vision". Et de ressortir l'argument éculé des cumulards : "Je pense que c'est bien que les parlementaires gardent un ancrage local (...), on ne doit pas avoir des députés qui sont coupés du terrain".

Contrairement à son homologue, lui compte donc bien continuer à patauger dans le marigot parisien. C'est aussi qu'avec dix ans de moins, Laurent Wauquiez sait plus encore que Xavier Bertrand que 2017, c'est trop tôt pour lui. En revanche, l'air du temps lui est favorable. Depuis 2013, l'élu auvergnat s'est en effet imposé comme l'un des hérauts de la droite la plus dure. Chouchou de la Manif pour tous, il n'a pas lâché un pouce sur le terrain de la fronde contre le mariage des couples homosexuels (alors que Valérie Pécresse, par exemple, a concédé qu'on ne pourrait pas revenir sur ce point). En y ajoutant une hargne particulière à l'égard de Christiane Taubira, la dénonciation du "cancer de l'assistanat" et de "l'immigration du social" ou encore de Bruxelles, l'ex-ministre des Affaires européennes a étoffé sa panoplie
de réactionnaire en chef dans sa génération. Enfin, n'entretient-il pas toujours des relations avec le fameux Patrick Buisson, inspirateur de la ligne droitière de Nicolas Sarkozy en 2012 ?

Or justement, face à la montée du FN, le président des Républicains ne paraît pas disposé à lâcher du terrain sur sa droite, bien au contraire… La nomination, à la place de "la bobo" NKM, de celui que cette dernière surnomme "bébé Buisson", en est d'ailleurs la dernière preuve en date. Tous les espoirs sont donc permis pour la suite. Au sujet de son retour dans le giron sarkozyste en 2014 (après avoir soutenu Fillon dans la guerre face à Copé), Laurent Wauquiez raconte dans L'Obs : "On a passé un vrai contrat. Je l'ai respecté. Et il l'a respecté aussi. Comme avec Fillon, auquel il avait promis d'être son Premier ministre et qu'il a effectivement nommé à Matignon". Le message n'est guère subliminal...

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