#1AnDeColere, les chiffres de la campagne des Gilets jaunes sont-ils vrais ?

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CAMPAGNE - Un an près la naissance du mouvement, les Gilets Jaunes ont lancé une campagne de mobilisation sous le hashtag #1AnDeColere. Hausse des prix, conséquence de l'euro, montée de la pauvreté, frais de l'Elysée, de nombreuses données sont avancées. LCI fait le point.

Sur le site Gilets-Jaunes.com, le décompte est lancé. Un compteur permet de connaître à la seconde près, le temps qu'il reste avant  la grande mobilisation des 16 et 17 novembre.. Pour "fêter" l'anniversaire du mouvement,  les Gilets Jaunes ont programmé des actions de grande ampleur dans toute la France, et pour mobiliser les troupes, une campagne de communication a même été lancée sur les réseaux sociaux, sous le hashatag #1AnDeColere. 

Le coup d'envoi a été lancé peu avant 18h, lundi 4 novembre, par des comptes influents comme En Cause, une "revue de presse qui met 'en cause' de nombreux faits de société", proche de l'extrême droite, qui compte plus de 16.000 abonnés  mais aussi sur la page Facebook de Jérôme Rodrigues, suivie par plus de 52.000 personnes ou encore des pages locales de Gilets jaunes, apolitiques .

Au-delà du hashtag, des visuels sont mis à disposition. Le message est clair : en un an rien n'a changé. Plusieurs exemples sont égrainés : de la hausse des prix des biens de première nécessité aux dépenses de l'Elysée, en passant par les conséquences du passage à l'euro. LCI s'est penché sur les différentes données.

612 SDF sont décédés en 2018 ? VRAI

Cette donnée est tirée du dernier rapport du collectif Les Morts de la Rue, qui recense et analyse les décès des sans-abris. Publié le 29 octobre dernier, il indique que 612 SDF sont décédés en 2018.  L’âge moyen des personnes décédées est 30 ans plus jeune que celui de la population générale.

Ils étaient 511 un an plus tôt, on observe donc une hausse de 15% en un an. Cette augmentation est notable ces dernières années : 499 en 2016, 507 en 2015, 508 en 2014, 461 en 2013. Et ces données ne sont pas exhaustives : "Les vrais chiffres sont six fois supérieurs à ce qu’on avance", affirme Géraldine Franck, membre du collectif.

Pour en savoir plus, retrouvez l'article "En France, les SDF meurent en moyenne avant 50 ans"

Les Français ont perdu 56.000 € en 20 ans à cause de l'euro ? À NUANCER

C'est bien le Centre de Politique Européenne, qui a dévoilé ce montant en février dernier, comme l'indique la source sur le visuel. Ces données sont toutefois à nuancer, pour deux raisons. La première : ce think tank allemand est d'inspiration libérale, bien loin des aspirations des Gilets jaunes. Le rapport "20 ans d’euro : perdants et gagnants, une enquête empirique" n'est pas une critique de l'euro et souligne d'ailleurs que la monnaie unique a permis à l'Allemagne de gagner 23.116 euros par habitant. Son message est plutôt : pour que l'euro rapporte, il faut appliquer une politique de rigueur et "serrer la vis". Pas sûr que cela satisfasse le mouvement.

Surtout, la méthodologie de cette étude a été jugée peu sérieuse par les experts. La majorité des médias qui a relayé cette information a d'ailleurs titré au conditionnel et souligné les différents biais. A La loupe y avait consacré un article. Nous expliquions alors que "les auteurs ont comparé les pays étudiés avec des pays a priori similaires hors zone euro. Ils estiment, par exemple, que la France et l'Italie auraient évolué de la même manière que l'Australie s'il n'y avait pas eu l'introduction de l'euro. Une méthode bien trop évasive et aux résultats contestables. Ce que n'a pas manqué d'objecter la Banque de France : 'N’attribuons pas à l’euro les bénéfices qu’il n’a pas créés, et ne l’affublons pas des maux dont il n’est pas responsable.' Elle rappelle d'ailleurs que, depuis l'introduction de la monnaie unique, le pouvoir d'achat en France n'a cessé d'augmenter, et ce plus vite que nos voisins européens."

Selon l'Insee, la hausse moyenne des prix était de +2,1 % par an, entre 1986 à 2001. Après l'arrivée de l'euro dans nos porte-monnaie,  elle n'est plus que de +1,4% par an, comme nous le montre le graphique ci-dessus. 

Mais ce n'est pas ce que perçoivent les Français :

Pour en savoir plus, retrouvez les articles sur ce sujet sur LCI.fr :

L'euro est-il l'ennemi du pouvoir d'achat ?

La chronique de FX Pietri : Les Français perdants du passage à l'euro ?

Les dépenses de l'Elysée ont augmenté de 7% ? VRAI

La présidence de la République a dépensé 5,6 millions de plus que prévu en 2018, selon le rapport de la Cour des comptes sur "les comptes et la gestion de la présidence de la République", publié le 18 juillet dernier. "Au terme de l’exercice 2018, les produits retracés dans le compte de résultat de la présidence de la République se sont établis à 105,07 M€ et les charges à 108,88 M€" au lieu des 103 millions d’euros anticipés, peut-on lire. Il a donc fallu piocher dans la réserve de l'Elysée pour combler ce trou financier.

Emmanuel Macron s'est donc montré plus dépensier que son prédécesseur. François Hollande avait diminué les frais de l'Elysée, passant de 113 millions de budget sous Nicolas Sarkozy à un peu plus de 100 millions. Pour cela, le président socialiste avait par exemple revu le parc automobile à la baisse : 61 voitures sous Chirac, 96 sous Sarkozy, 64 sous Hollande et une remontée à 82 véhicules sous Macron, pour une facture de 89.669 euros.

Autre poste de dépenses important : les frais de ménage. En externalisant l’activité, le budget a explosé :  680.000 euros. Les frais alimentaires, sont eux, en hausse de 500.000 euros.

Pour en savoir plus, retrouvez nos articles sur le sujet :

 Frais de l'Élysée : Emmanuel Macron est-il trop dépensier ?

L’Élysée a dépensé 5,6 millions de plus que prévu en 2018

Le taux de pauvreté atteint désormais 14,7 % ? EN PARTIE VRAI

Une note de l'Insee publiée en octobre dernier indique que le taux de pauvreté a augmenté de 0.6 point en 2018. 14,7% de la population française vit aujourd'hui sous le seuil de pauvreté.

Cette évolution s'est effectivement accompagnée d'un léger accroissement des inégalités, l'écart entre les 20% des plus aisés et les 20% des plus modestes ayant augmenté de 0,1 point entre 2017 et 2018. Ce creusement serait lié à la "forte hausse des revenus des capitaux mobiliers", selon LCI Emilie Raynaud, de la division Revenus et Patrimoine de l'Insee, des revenus captés principalement par "les 10% les plus aisés.

Une nuance doit toutefois être apportée concernant la hausse du nombre de pauvres en France. "La hausse du taux de pauvreté monétaire n'implique pas qu'il y a eu une baisse du pouvoir d'achat dans cette catégorie de population", relève Emilie Raynaud. "Il y a eu une hausse du niveau de vie médian, qui a entraîné une hausse du seuil de pauvreté et donc du taux de pauvreté."

Pour bien comprendre, il faut revenir sur quelques définitions : le taux de pauvreté monétaire désigne la part de la population vivant en-dessous du seuil de pauvreté, soit 60% du revenu médian français, selon l'INSEE (ce pourcentage peut varier d'un institut de statistiques à l'autre). Le revenu médian signifie, lui, que la moitié des salariés de la population considérée gagne moins et l'autre moitié gagne plus. Mécaniquement, quand le revenu médian augmente, le seuil de pauvreté augmente avec lui et de fait, le nombre de personnes vivant en deça.

Pour en savoir plus, retrouvez sur LCI.fr nos articles sur le sujet : 

Hausse du taux de pauvreté en France : comment comprendre les chiffres de l'Insee ?

Pauvreté, précarité : ces inégalités qui ont augmenté depuis 20 ans

Qui fait partie de la classe moyenne en France ?

La pauvreté baisse-t-elle dans notre pays ?

Une autre publication est largement partagée sur les réseaux sociaux dans le cadre de cette campagne de communication #1andecolère. Plusieurs augmentations sont relatées, a fortiori depuis un an, mais sans qu'aucune source ne soit précisée. À La Loupe a passé au crible certaines de ces données. 

+13% pour les frais bancaires ? FAUX

En décembre 2018, alors en pleine crise des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron demande le gel des tarifs bancaires et le plafonnement des frais d’incidents pour l’année 2019, comme nous l’expliquions sur LCI. Un engagement pris par les établissements bancaires qui a été respecté si on se réfère au dernier rapport de l’Observatoire des tarifs bancaires

Toutefois, selon le site spécialisé MoneyVox qui a analysé les futures brochures tarifaires, le coût de nombreux services serait en hausse en 2020 comme la réédition de carte bleue, les frais de dossier des prêts immobiliers ou de tenue de compte. Alors d’où proviendrait la hausse de 13% ? UFC Que Choisir a bien calculé une hausse moyenne de 13% des frais bancaires… mais pour l’année 2017. 

+12% pour les carburants ? FAUX

Le chiffre de +12% paraît particulièrement élevé. Selon les données de Fuel Media Service SA publiés sur le site Carbu.com, entre 17 novembre 2018 - date du début du mouvement Gilets Jaunes - à aujourd’hui [5 novembre 2019, ndlr] le prix au litre du sans plomb 98 a augmenté de +2,9% et la hausse est de +2,6% pour le sans plomb 95. En revanche, le prix au litre du gazole a diminué de -1,6%.   

Sur les six derniers moins – c’est-à-dire du 5 mai à aujourd’hui – la tendance est à la baisse pour les trois types de carburants : -5% pour le Sans plomb 98, -5,1% pour le sans plomb 95 et -2,8% pour le gazole. 

+5% pour les mutuelles, +15% pour le forfait hospitalier ? EXAGÉRÉ

Malgré l’engagement du gouvernement fin 2018 à ce que les mutuelles n’augmentent pas leurs tarifs, cette promesse ne semble pas avoir été respectée si on se fît à l’enquête réalisée par UFC Que Choisir. L’association de défense des consommateurs a relevé une hausse en moyenne de +2,1% entre 2018 et 2019. Ce qui en correspond pas aux 5% indiqués par les Gilets jaunes. En 2020, les mutuelles pourraient cependant de nouveau appliquer des hausses en prévision de l'application du 'reste à charge', comme nous l'expliquons sur LCI

Le forfait hospitalier correspond à la participation du patient aux frais liés à son hospitalisation et une exonération est possible dans certaines situations. Son montant est de 20 euros par jour à l’hôpital et de 15 euros par jour dans le service psychiatrique d'un établissement de santé. En juin 2019, le forfait hospitalier a augmenté 11%, et non de 15%

+10% pour les timbres, +1,3% pour les péages ? VRAI

Aujourd’hui, le prix du timbre est de 1,05 euros pour une lettre prioritaire 20 grammes, contre 0,95 euros en 2018 ; et de 0,88 euros pour un tarif vert, contre 0,80 euros en 2018. Soit effectivement une hausse de +10% dans les deux cas. En 2020, une nouvelle hausse de +10% est attendue pour les tarifs postaux

Concernant les péages routiers, le 1er février 2019 les péages ont augmenté en moyenne de +1,8%, comme nous l’expliquions sur LCI. En sept ans, les prix des péages ont progressé de près de 10% et sur certains tronçons. Pour l’année 2020, le secrétaire d’Etat aux transports avait annoncé sur l’antenne de LCI des hausses allant de +1% à +1,5%

+17% pour l'électricité, +7% pour le gaz ? FAUX

Pour répondre à la crise des Gilets Jaunes, le gouvernement décida d’un gel des tarifs réglementé de l’électricité en janvier 2019 et ce pour trois mois. Ils ont finalement augmenté de +5,9% en juin et de +1,23% en août. Bien loin donc des 17%. Pour rappel, les tarifs de l’électricité ont augmenté de plus de +50% en 10 ans comme nous le révélions au mois de mai dernier.   

Concernant le gaz, les tarifs réglementés proposés par Engie sont là aussi fixés par décret. Malgré une hausse de +3% le 1er novembre 2019, ils ont plutôt baissé de -11,5% en moyenne sur l’année. En juillet, par exemple, la baisse était de 6,7% par rapport au mois précédent. 

+30% pour l'abonnement Vélib ? VRAI MAIS...

La hausse moyenne de +30% des abonnements Vélib, les vélos en livre service dans la ville de Paris, date de janvier 2018, soit 10 mois avant le mouvement des Gilets Jaunes. De plus, cette hausse relève du Syndicat mixte Autolib' et Vélib' Métropole qui gère le service et en fixe les tarifs, non du gouvernement. 

Cantines, PV, cartes grises, contrôles techniques... Des données invérifiables

Les cantines

Les tarifs des repas au sein des cantines dépendent de la mairie pour les écoles primaires, du département pour les collèges et de la région pour les lycées. Aucune hausse ne peut être décidée au niveau gouvernemental. 

Les PV de stationnement 

Comme nous l’expliquions déjà sur LCI, ce sont désormais les communes qui fixent les montants des procès-verbaux pour les amendes de stationnements depuis janvier 2018. Auparavant, ne pas payer sa place coûtait 17 euros sur tout le territoire. Désormais, les hausses, ou parfois les baisses, varient d’une ville à l’autre et relève de la seule compétence du maire et non du gouvernement. En revanche, c’est bien par décret que sont fixés les tarifs pour les stationnements dits gênants, dangereux et abusifs. Les montants des amendes, qui varient de 35 euros à 135 euros, sont les mêmes depuis 2015.

La carte grise 

Le coût d’une carte grise varie en fonction des chevaux fiscaux du véhicule et chaque région est compétente pour en fixer le montant. Cela ne dépend donc pas du gouvernement et en 2018 seules quatre régions ont décidé d’une hausse, en moyenne de +1%. En revanche, le gouvernement fixe les tarifs de deux taxes pour le certificat d’immatriculation : la redevance d’acheminement qui s’élève à 2,76 euros et la taxe de gestion de 4 euros. Mais leurs tarifs sont restés les mêmes depuis 2015 pour la première et 2009 pour la seconde. 

Le contrôle technique

Les tarifs des contrôles techniques ne sont pas fixés par la loi ou par décret, mais par les centres eux-mêmes. Les disparités sont donc importantes. En revanche, depuis le 1er juillet 2019 les contrôles techniques ont été durcis suite à une décision du gouvernement pour écarter notamment les véhicules les plus polluants du parc automobile, comme nous l'avions déjà expliqué sur LCI. Des nouveaux points de vérification qui peuvent expliquer une hausse appliquée par les centres de contrôles. Il existe des comparateurs en ligne afin de connaître les meilleurs tarifs pratiqués. 

Une absence de sources

La publication des seize hausses ne mentionne aucune source, impossible donc de connaître l’origine de ces hausses pour des prix qui ne dépendent pas du gouvernement. 

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse alaloupe@tf1.fr.

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