34 religieuses "relevées de leurs vœux" autour de Toulouse et en Mayenne : que s'est-il passé ?

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A LA LOUPE - Une congrégation de soeurs, basée en Mayenne et autour de Toulouse, ont été "relevées de leurs vœux" en mai dernier, dans un contexte de conflit avec l'évêque de Laval. Leur comité de soutien assure qu'une plainte "est en cours" de rédaction.

Une "décision injuste et violente" qui "cause de graves préjudices moraux et matériels aux Petites Sœurs de Marie qui ont donné leur vie au service de l'Eglise". C'est en ces mots que le comité de soutien de la désormais ex-congrégation des "petites sœurs de Marie mère du rédempteur" s'exprime, par voie de communiqué, mercredi 5 juin. Sur 39 religieuses basées en Mayenne et dans les environs de Toulouse, 34 ont été relevées de leurs vœux le 23 mai dernier et devront, d'après la volonté de Rome, retourner à la vie laïque. 

Une situation assez rare pour susciter des questions. Alors que s'est-il passé pour en arriver à une telle extrémité ? D'après les éléments que nous avons pu collecter, tout part d'une histoire de scission d'établissements pour personnes âgées, initialement gérés par les petites sœurs de Marie. 

Une fusion qui se passe mal

A l'origine, on parle de trois Ehpad qui ont été fusionnés voilà plusieurs années. Situés en Mayenne et dans la région toulousaine, ils hébergent au total près de 300 résidents. "L'objectif de la fusion était d'atteindre une taille suffisante pour les normes de l'ARS [Agence régionale de santé, ndlr] et cela, à l'époque, s'est fait avec l'accord de l'évêque de Laval, Thierry Sherrer" explique à LCI le comité de soutien, les sœurs concernées ne souhaitant pas s'exprimer devant les médias pour le moment. Mais, en interne, la fusion qui s'accompagne alors d'un changement managérial, se déroule mal. "Il y a eu des crispations. L'évêque a donc demandé une scission."

Sauf que cette scission, nous explique le comité de soutien, le conseil d'administration des Ehpad, géré de manière laïque, n'en veut pas. "Nous voyons un mélange des genres dans l'insistance de l'évêque, qui a usé de son pouvoir canonique dans un dossier laïc" déclare encore le comité de soutien. S'en suit alors une visite canonique de la congrégation sorte d'inspection interne de l'établissement menée par l'Eglise. Le dossier est transmis à Rome, qui décide de placer la congrégation des petites sœurs de Marie sous tutelle. Le conflit s'intensifie de plus belle lorsqu'une nouvelle religieuse est proposée à l'encadrement. Les sœurs y voient une tentative de modifier leur mode de vie : "Nous avons compris que les autorités ecclésiastiques voulaient aussi nous faire changer notre manière de vivre notre vie religieuse, à l’instar des orientations actuelles..." expliquent-elles dans un communiqué publié sur leur site. 

Les sœurs se disent "acculées"

Le 4 juillet 2018, la supérieure a finalement été relevée de ses fonctions. Lui étaient reprochés "un problème de gouvernance", et "un autoritarisme déviant" selon le journal du Haut Anjou qui cite les rapports des commissaires du Vatican. Ne souhaitant pas se plier à cette décision, la quasi-totalité de la congrégation demande alors à être relevée de ses vœux, dans une lettre officielle du 7 novembre 2018.  Aujourd'hui, elles affirment qu'elles avaient formulé cette requête parce qu'elles se sentaient "acculées". "S’il est vrai que le contexte de pression morale et l’impasse dans lesquels nous nous trouvions, nous ont acculées au mois d’octobre dernier, contre notre volonté profonde, à demander à être relevées de nos vœux, puisque aucune autre solution ne nous a jamais été offerte pour protéger notre communion à l’Eglise : nous en sommes profondément meurtries et demeurons douloureusement surprises que Rome ait préféré faire droit à cette demande plutôt que d’accéder aux solutions d’apaisement que nous avions proposées et qui étaient à notre portée."

Pour leur comité de soutien, il s'agit là d'une "décision viciée". On ajoute : "Des sœurs vont très mal aujourd'hui psychologiquement. Il y a de vraies inquiétudes sur leur avenir, on leur demande de tout quitter." Contacté, l'archevêché de Laval n'a pas donné suite à nos sollicitations pour faire valoir une version contradictoire. A la Dépêche, l’archevêché toulousain affirme qu'une "proposition de revenir sur leur décision a été faite" aux sœurs, en vain. Sur 39 d'entre elles, seules cinq restent en poste, ayant accepté les conditions de Rome. Les autres préparent leur défense, nous assure le comité de soutien, indiquant qu'une "plainte est en cours" de rédaction. 

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