425.000 personnes entrent-elles chaque année dans notre pays ?

Les demandeurs d'asile ne sont pas les seuls à entrer sur le territoire français.

EXAGÉRÉ - Marine Le Pen a assuré que 425.000 personnes entrent chaque année en France, évoquant des critères empêchant de se protéger de gens "nocifs". Surévalué, ce chiffre est par ailleurs utilisé de manière trompeuse.

Réagissant sur Europe 1 à l'assassinat du professeur Samuel Paty, Marine Le Pen a dénoncé "l'immigration massive", qui constitue à ses yeux "le terreau du communautarisme". La députée du Rassemblement national a indiqué dans son intervention que l'on compte "425 000 personnes qui entrent dans notre pays chaque année. C'est considérable", a-t-elle estimé. Un chiffre qui mérité d'être décrypté.

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Une addition trompeuse

Pour comptabiliser le nombre de personnes arrivant chaque année sur le territoire français, il faut d'emblée écarter les dizaines de millions de touristes, amenés à repartir à l'issue de leur séjour. L'idée est plutôt de se focaliser sur les citoyens étrangers venant s'installer sur notre territoire, généralement comptabilisés grâce au nombre de titres de séjour délivrés. Pour 2019, selon des données encore provisoires fournies par le ministère de l'Intérieur, leur nombre était de 274.676. 

Un chiffre assez éloigné de celui avancé par Marine Le Pen, elle qui inclut notamment les demandes d'asile. Toujours pour 2019, ce sont 132.614 requêtes qui ont été enregistrées par l'Ofrpa, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, ce qui aboutit à un total beaucoup plus proche de celui utilisé par la présidente du RN. Additionner titres de séjour délivrés et demandes d'asile enregistrées est néanmoins trompeur : cela revient en effet à comptabiliser certaines personnes deux fois.

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Lorsque des étrangers effectuent une demande d'asile, ils figurent dans les statistiques de l'Ofpra. Pour autant, si cette demande est acceptée, leur statut évolue et ils obtiennent un titre de séjour au titre de l’asile. De fait, ils apparaissent aussi dans les statistiques du ministère de l'Intérieur. Sur les 274.676 titres de séjour attribués en 2019, 36.276 l'ont été suite à des demandes d'asile. 

Libération, par ailleurs, souligne à raison que "certains demandeurs d’asile déboutés qui resteront sur le territoire et finiront par être régularisés apparaîtront aussi, au moment de leur régularisation, (dans les années à venir) dans les statistiques de l’admission au séjour. Dans ce cas, le double compte ne sera pas sur l’année, mais dans le temps."  

Le flou autour des mineurs non accompagnés

Lorsqu'elle aborde les données relatives à l'immigration, Marine Le Pen mentionne régulièrement le cas des mineurs non accompagnés (MNA), qu'elle ajoute au nombre d'immigrés "légaux". Le chiffre de 50.000 MNA par an est souvent brandi, mais il est, lui aussi, soumis à d'énormes réserves. En effet, le ministère de la Justice recense "16.760 personnes déclarées mineures non accompagnées (MNA) entre le 1er janvier et le 31 décembre 2019"

Les 50.000 MNA que l'on peut entendre évoqués font en réalité référence à des évaluations réalisées pour déterminer si les jeunes qui prétendent à une prise en charge par l'aide sociale à l'enfance sont bien mineurs. Si le statut de MNA leur est refusé, ils peuvent alors être amenés à effectuer une demande d'asile, et potentiellement la voir acceptée. Ce qui entraînerait à les comptabiliser deux, voire trois fois. 

Des motifs d'entrée très variables

Si les calculs effectués par Marine Le Pen sont surévalués car amenés à comptabiliser plusieurs fois de mêmes individus, il faut aussi observer en détail le profil des personnes s'installant sur le territoire. Établir un lien entre immigration massive, communautarisme et fondamentalisme islamiste apparaît périlleux, en raison notamment du profil très varié des personnes arrivant sur le sol français.

Pour la seule année 2019, on dénombrait en effet la délivrance de 90.006 titres de séjour à des étudiants (tous issus de pays hors Union européenne). Des jeunes amenés à repartir dans leurs pays d'origine une fois leur cursus achevé. Leur présence dans l'Hexagone est donc temporaire. Soulignons aussi que près de 40.000 titres de séjour sont attribués à titre "économique", pour des travailleurs souhaitant exercer leur activité en France. 

Si le solde migratoire est positif en France, il convient enfin de rappeler que, chaque année, un certain nombre d'étrangers décident de quitter le pays. Les derniers chiffres sur le sujet, détaillés par l'Insee, faisaient état pour 2015 de 79.000 départs, pour un total de 253.000 entrées. 

En résumé, les chiffres avancés par Marine Le Pen apparaissent donc surévalués, la députée du RN additionnant plusieurs catégories statistiques pouvant inclure les mêmes individus. Dans sa présentation, l'élue élude par ailleurs le fait qu'une large part des entrants arrivent en France dans le cadre de leur activité professionnelle ou de leur cursus scolaire.

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