"52% des auteurs de viols à Paris sont étrangers" : une affirmation relayée par le RN... à nuancer

"52% des auteurs de viols à Paris sont étrangers" : une affirmation relayée par le RN... à nuancer
Population

STATISTIQUES - "En 2014, 52% des viols commis à Paris l'ont été par des étrangers", a affirmé Marine Le Pen sur LCI ce dimanche 24 novembre. Cette statistique est régulièrement reprise par l'extrême droite, mais doit être nuancée. Explications.

Au lendemain des manifestations contre les violences faites aux femmes, la présidente du Rassemblement National s'est attardée sur une mesure proposée par Marlène Schiappa : l'expulsion de tout étranger condamné pour violences sexistes ou sexuelles. Une idée "très intéressante", a estimé Marine Le Pen, sur le plateau de LCI.

Cette mesure, validée lors du comité interministériel sur l'immigration, existe déjà dans le droit, mais cela n'a pas empêché la députée de réclamer plus de législation allant dans ce sens. Et pour justifier l'urgence, Mme Le Pen s'est appuyée sur une statistique  : "En 2014, 52% des viols commis à Paris l'ont été par des étrangers. Je ne vous parle pas de doubles nationaux, je vous parle d'étrangers. Ce sont des chiffres qui sont considérables. Si déjà la moitié de ces violeurs en 2014 avaient été renvoyés dans leur pays d'origine, probablement les femmes seraient aujourd'hui plus en sécurité".

Ce n'est pas la première fois que ce chiffre de l'ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales) est brandi. On le retrouve régulièrement dans la bouche de représentants de l'extrême droite, mais le débat sur les violences faites aux femmes a démultiplié son utilisation.

Certains, à l'image de l'assistant du député européen Philippe Olivier (RN), Damien Rieu, ont même pris la liberté de généraliser cette statistique au niveau national et sans préciser d'année. 

Pourtant, de l'aveu même des auteurs de l'étude dont est issu ce pourcentage devenu polémique, les données avancées ne peuvent constituer une généralité. L'échantillon étudié "ne prétend pas être représentatif de l’ensemble des victimes de viol", souligne notamment le rapport.

Marine Le Pen "fait une généralité"

L'étude intitulée Les viols commis à Paris en 2013 et 2014 et enregistrés par les services de police porte sur sur un échantillon de 688 viols commis dans la capitale et qui ont fait l'objet d'une plainte. Elle indique bien que 52% des mis en cause dans les affaires de viols sur majeurs sont de nationalité étrangère, ce nombre "chute" à 22% en ce qui concerne les viols sur mineurs. Ces 688 cas ne sont malheureusement qu'une fraction des viols réellement commis dans la capitale.

Une enquête complémentaire menée au niveau national par l'ONDRP et l'INSEE estime qu'en France "94.000 femmes majeures déclarent avoir été victimes de viols et/ou de tentatives de viol sur une année" mais seule "1 victime sur 10 déclare avoir déposé plainte". "La recherche s’accorde à dire que le taux de reportabilité (ou taux de plainte) pour les viols oscille entre 5 et 10 %", précise également l'Observatoire.

Et parmi ces agressions sexuelles faisant l'objet d'une plainte, ne peuvent être pris en compte que les cas pour lesquels le mis en cause a été identifié, ce qui restreint encore l'échantillon. Ainsi sur les 688 viols de l'étude, on ne compte que 390 mis en cause. Pour les 598 viols sur personnes majeures, ce nombre est encore plus faible : 322. "Les résultats, il faut en reconnaître les limites", a indiqué à l'AFP le co-auteur même de cette étude Aurélien Langlade. "Elle fait une généralité", poursuit-t-il en référence à Marine Le Pen. "Je n'ai eu accès (qu'aux victimes de viols) qui ont déposé plainte, c'est en ça que l'étude n'est pas représentative des victimes des viols."

L'Observatoire considère ainsi que la taille des échantillons est suffisante pour faire un état des lieux statistiques, mais uniquement pour les cas faisant l'objet d'une plainte, à Paris, en 2013 et 2014. 

86% des mis en cause pour des agressions sexuelles en 2018 sont de nationalité française

Impossible en tout cas de généraliser cette statistique au niveau national. "Cette étude se borne à décrire un  phénomène particulier sur un territoire déterminé, la ville de Paris, précise d'ailleurs l'ONDRP. En conséquence, les résultats présentés ne sont pas généralisables à d’autres contextes."

D'ailleurs, les données nationales ne les corroborent pas.  Selon le ministère de l'Intérieur, on comptait, en 2018, 26.500 mis en cause dans des affaires d'infractions à caractère sexuelle et "près de neuf auteurs présumés sur dix - 86 % - (étaient) de nationalité française." "Néanmoins, les personnes étrangères sont également surreprésentées parmi les mis en cause, compte tenu de leur part dans la population (environ 6 %)", nuance le rapport.

*Les données spécifiques pour les viols ne sont pas disponibles au niveau national.

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