75 ans du débarquement de Provence : le rôle crucial des bataillons d'Afrique

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HISTOIRE - Emmanuel Macron commémore les 75 ans du débarquement de Provence ce jeudi. L'armée française, reconstituée à partir de 1942, comptait à l'époque près de 600.000 hommes. Deux-tiers d'entre eux viennent d'Afrique du Nord.

Un tournant dans la Seconde Guerre mondiale. Il y a 75 ans, 450.000 soldats participaient au débarquement de Provence, permettant aux Alliés d'ouvrir un nouveau front et ainsi aboutir à la libération de la France. Une libération qui n'aurait peut-être pas été possible sans les bataillons venus d'Afrique.


Tirailleurs sénégalais et algériens, goumiers et tabors marocains, pieds-noirs, marsouins du Pacifique et des Antilles…. Ils sont des centaines des milliers à avoir grossi les rangs de l'armée française. Une armée qui, après la débâcle de 40, était éclatée. Il faudra attendre le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, en 1942, pour qu'elle se recompose. 

Dès lors, les Forces françaises libres (FFL), qui comptent dans leur rang un fort pourcentage de coloniaux, essentiellement d'Afrique noire, fusionnent avec l'Armée d'Afrique (en Algérie, en Tunisie et au Maroc) restée jusque là fidèle à Vichy. S'y ajoutent des évadés de France. 

Un rôle crucial pour les Alliés

Dirigée par le général de Lattre de Tassigny sous le nom d'armée B - avant de devenir la 1ère armée -, elle est composée de cinq divisions d'infanterie et deux divisions blindées, équipées par les Américains. C'est "une armée profondément originale comme la France n'en a jamais connue, une armée qui compte moitié d'Européens et moitié de musulmans et de coloniaux", écrit Philippe Masson dans son "Histoire de l'armée française de 1914 à nos jours". Fin 1944, elle compte près de 600.000 hommes, dont deux-tiers venus d'Afrique du Nord, parmi lesquels 176.000 "Européens" et 233.000 "musulmans", selon la dénomination de l'époque.

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L'hommage aux tirailleurs sénégalais de l'Armée noire lors du centenaire de l'Armistice

Au-delà de sa composition, l'armée B va avant tout jouer un rôle essentiel lors du débarquement en Provence. En particulier car elle est la première à participer, sous les couleurs françaises, à une opération d'envergure menée par les Alliés. Le 15 août, peu après minuit, les premiers soldats français des commandos d'Afrique escaladent la falaise du Cap Nègre, tandis que le groupe naval d'assaut français est décimé à la pointe de l'Esquillon (ouest de Cannes), minée. Avec plusieurs jours d'avance sur le calendrier prévu, ils libèrent Toulon, le 27 août, et Marseille le lendemain, avant de remonter la vallée du Rhône et de faire la jonction avec la 2ème Division blindée venue de Normandie, le 12 septembre en Bourgogne.

Des soldats "indigènes" moins bien traités

Les troupes coloniales de l'Empire français ont payé un lourd tribut : de 1940 à 1945, 55.000 soldats tunisiens, marocains, algériens et africains de l'Afrique occidentale française (AOF) et de l'Afrique équatoriale française (AEF) sont morts. Leur histoire a pourtant longtemps été occultée, les troupes africaines ayant été retirées du terrain dès l'hiver 44-45. En outre, ces soldats "indigènes" ont été moins bien traités que leurs frères d'armes. En 1959 au moment de la décolonisation, un décret gèle le montant des pensions des ressortissants des anciennes colonies ayant servi dans l'administration ou l'armée française.  

En 2002, le gouvernement français débloque partiellement la revalorisation de la pension de ces soldats "oubliés". Mais celle-ci, calculée en fonction du niveau de vie du pays de résidence, reste inférieure à celle des combattants français. Il faudra encore huit ans pour que le président Nicolas Sarkozy annonce l'alignement des pensions de tous les anciens combattants quels que soient leur nationalité et leur lieu de résidence.

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