81% de femmes victimes, 79% des hommes auteurs : les chiffres détaillés des morts violentes au sein du couple en 2018

Population
VIOLENCES CONJUGALES - Les chiffres de l'étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple ont été dévoilés, ce mercredi 10 juillet. Il en ressort que le nombre de morts violentes est en baisse en 2018, que les femmes sont les principales victimes et qu'un décès survient tous les les deux jours et demi.

Les chiffres sont en légère baisse par rapport à 2017 mais statistiquement, un décès criminel survient tous les deux jours et demi, au sein d'un couple. Après l'annonce d'un "Grenelle des violences conjugales" par Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, ce dimanche, place aux chiffres. 


La Délégation aux victimes des directions générales de la police nationale et de la gendarmerie nationale, a remis son étude relative aux violences au sein du couple, sur l'année 2018, au ministère de l'Intérieur, mercredi 10 juillet. Il en ressort notamment que 149 personnes ont été tuées par leur partenaire, en 2018. Soit une mort violente au sein du couple, tous les deux jours et demi. Un chiffre en baisse par rapport à 2017 (151) et 2016 (157). 

21 enfants tués

Dans le détail, on dénombre 121 femmes victimes des coups mortels de leur conjoint ou ex-partenaire, et 28 hommes, soit 81%. Parmi les 28 hommes tués, 15 "avaient commis des violences antérieures" sur leur partenaire, selon l'étude. Statistiquement, un femme décède donc sous les coups de son conjoint ou ex-partenaire tous les trois jours et un décès criminel au sein du couple survient tous les deux jours et demi. Parmi ces victimes, 77 personnes avaient déjà subi une forme de violence et, dans 48,4% des cas où la femme est l'auteur de l'acte, celle-ci était victime de violences de la part de leur conjoint.


Ce nombre, qui comprend les couples officiels (époux, concubins, etc.) ou non (amants, relations épisodiques...), est en légère baisse par rapport aux 130 féminicides recensés en 2017. Mais un collectif féministe a déjà recensé le meurtre de 76 femmes par leurs conjoints, depuis le début de l'année. Ce qui laisse présager une tendance qui repartirait très probablement à la hausse, en 2019.


Autres victimes de ces violences, les enfants. En 2018, 21 enfants ont été tués dans le cadre de violences conjugales, sans que l'autre conjoint soit victime et cinq enfants ont été tués en même temps que l'un de leur parent. Les rivaux aussi, n'ont pas été épargnés : cinq des victimes étaient des rivaux et 5 autres, des victimes collatérales. 


Outre ces chiffres alarmants, l'année 2018 a constaté qu'une part importante des décès s'étaient produite chez les plus de 60 ans, avec 53 victimes sur les 149 comptabilisées. Les septuagénaires eux, représentent 32 victimes. Il y a 14 victimes chez les plus de 80 ans. Parmi ces victimes, 71 étaient mariées, 33 étaient en concubinage, 27 étaient divorcées ou séparées et 15 se trouvaient dans une relation ponctuelle. Si on y ajoute le suicide des auteurs des faits, le nombre de morts violentes dans ce cadre s'élève à 231 personnes en 2018.

Dans 79,2% des cas, l'auteur des faits est un homme

Dans la grande majorité, l'auteur des faits est un homme (dans 79,2% des cas précisément) et il a fait usage d'une arme (dans 67,8% des cas). Les faits se sont déroulés, majoritairement, au sein du domicile du couple ou de l'une des deux personnes (83,2% des cas). Dans plus de la moitié des cas de décès criminel, une substance altérant le discernement comme l'alcool, les médicaments ou encore les stupéfiants, a été relevée.  


En ce qui concerne les mobiles, il y a des différences notables entre les hommes et les femmes. Les hommes passent à l'acte principalement après une dispute ou parce qu'ils n'acceptent pas la séparation. Les femmes en revanche, passent à l'acte, uniquement après une dispute, en raison de la maladie ou vieillesse. Sur les 121 féminicides dénombrés, 26 sont qualifiés en assassinat (c'est-à-dire avec préméditation), 85 en meurtres et seulement 10 en violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

A noter également que le portail de signalement des violences sexuelles et sexistes inauguré en novembre 2018 a comptabilisé 3500 "chats" et que la moitié d'entre eux a donné lieu à une orientation vers les brigades de police et de gendarmerie et plus d'un sur trois, à un signalement auprès des services d'enquête. 


Dans un communiqué commun, le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, et la secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes, Marlène Schiappa expliquent que cette étude est le fruit de recoupement des morts violentes recensées par chaque service de police et unité de gendarmerie. Les deux Ministres rappellent leur engagement dans cette cause. "Le ministère de l’Intérieur est pleinement engagé pour prévenir ces violences et favoriser une meilleure prise en charge des victimes. Mais nous devons aller plus loin et apporter une réponse encore plus forte", indique Christophe Castaner. 


Marlène Schiappa elle, rappelle qu' "il est nécessaire que chaque plainte soit enregistrée et traitée. Aucune femme ne doit rester livrée à elle-même alors qu’elle a fait la démarche de faire appel aux forces de l’ordre pour la protéger. Le recrutement des 73 psychologues en commissariat y contribuera fortement, tout comme l’action des 261 intervenants sociaux en gendarmerie et police".

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