"Une carte de crédit pour les migrants" : une intox qui a la dent dure

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À LA LOUPE - Mercredi soir sur le plateau de France 2, Marine Le Pen a ressorti une vieille rumeur : celle de la carte de crédit distribuée à tous les migrants à leur arrivée en Europe. En réalité, il s'agit d'une carte de débit, délivrée sous conditions, aux seuls demandeurs d'asile. En France, l'aide financière est de 6,80 euros par jour pour une personne seule.

Démentie des dizaines de fois, l'intox continue de se répandre sur les réseaux sociaux et est même alimentée par des élus du Rassemblement National. Lors du débat politique organisé par France 2 en vue des élections européennes mercredi soir, Marine Le Pen a assuré que les réfugiés recevaient une carte de crédit en entrant sur le territoire européen. Cette rumeur réapparaît régulièrement depuis maintenant trois ans. 


En juillet 2016, la photographie d'"une carte bleue délivrée par le ministère de l'Intérieur" avait été largement relayée sur les réseaux sociaux et notamment par Bernard Monot, eurodéputé d'extrême droite, via un post Facebook.

Cette fameuse carte est en réalité une carte de débit ou de retrait, et non pas une carte bleue classique. Cela signifie qu'il est impossible d'être à découvert. Elle permet de retirer l'argent disponible sur le compte lié, mais il est impossible de réaliser directement des achats, comme faire ses courses au supermarché.


Autre erreur : cette carte n'est pas octroyée à tous les migrants, il s'agit du moyen mis en place pour verser l'allocation pour demandeur d'asile (Ada) aux seules personnes ayant demandé l'asile en France. "Elle est le moyen le plus simple et le moins coûteux pour l’État de verser une allocation à des personnes qui par la nature de leur situation ne sont souvent pas en mesure de disposer d’un compte bancaire", explique l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII). Un décret paru le 21 octobre 2015, précise dans son article 744-33 : "L'allocation pour demandeur d'asile est versée mensuellement sur la base de cette transmission, à terme échu, par alimentation d'une carte de retrait." Elle ne peut cependant être utilisée que "jusqu'à trois fois par mois".


Cette aide est gérée au niveau national et non au niveau communautaire, comme le laisse entendre la présidente du Rassemblement National. Elle est versée aux demandeurs d'asile majeurs jusqu'à l'étude de leur dossier. L'aide s'arrête évidemment si le demandeur est débouté. Elle est également soumise à de nombreuses conditions, comme le respect des rendez-vous avec les autorités ou du règlement des centres d'hébergement et peut être suspendue si le bénéficiaire a menti sur sa situation.


"En tant que demandeur d'asile, vous n'êtes pas autorisé à travailler avant un délai de 9 mois. Toutefois, si vous êtes majeur, une allocation pour demandeur d'asile (Ada) peut vous être versée. Le versement de cette aide est conditionné par le respect de certaines règles et son montant dépend notamment de votre situation familiale", détaille l'administration française.

Son montant est de 6,80 euros par jour pour une personne seule, soit 204 euros par mois. Un supplément de 3,40 euros est accordée pour chaque membre de la famille supplémentaire. Un coup de pouce de 7,40 euros peut également être ajouté à ce montant si aucune place n'est disponible en centre d'hébergement. Le bénéficiaire n'a par ailleurs pas le droit d'avoir des ressources supérieures au RSA (revenu de solidarité active).


Ce système existe dans d'autres pays. En juin 2016, la société Mastercard se félicitait d'être partenaire de plusieurs initiatives de ce type à travers le monde entier, en Turquie, au  Yémen, au Népal ou encore dans les Philippines. En Serbie, l'ONG Mercy Corps a lancé un programme en partenariat avec le ministère du travail pour subvenir aux besoins de certains migrants. Une personne seule reçoit 70 euros, une famille, environ 210 euros.

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