À quoi pourrait ressembler un dépistage de masse, dont l'expérimentation est à l'étude ?

À quoi pourrait ressembler un dépistage de masse, dont l'expérimentation est à l'étude ?
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PROJECTION - Le gouvernement étudierait l’option d’un dépistage à grande échelle et rapide dans la métropole lilloise. Voici un aperçu de la forme que cela pourrait prendre très concrètement.

Philippe Amouyel aurait souhaité que l'expérience grandeur nature soit lancée dès cette semaine. Mais si l'espoir d'un dépistage massif à l'échelle de la métropole lilloise dans les tous prochains jours semble vain, le professeur de santé publique du CHU de Lille se réjouit que l'option soit étudiée par le gouvernement. "Mener une expérience pilote va permettre de voir la faisabilité pratique", estime le spécialiste. 

Cela fait des semaines que ce partisan de la méthode déjà expérimentée à l'étranger plaide, avec ses collègues épidémiologistes Luc Dauchet et Catherine Hill, mais aussi le généticien Philippe Froguel et le philosophe Emmanuel Hirsch, pour qu'elle soit déployée dans tout l'Hexagone en prévision d'une éventuelle troisième vague. Mettant l'accent sur le nécessaire "traçage des asymptomatiques", il estime qu'il y a d'autant plus urgence à y recourir que les fêtes de fin d'année approchent. 

"Le ministre Olivier Véran a proposé de faire un pilote. Les deux villes qu'il a proposées, c'était Lille et Roubaix", a annoncé ce mercredi le professeur Philippe Froguel à BFM Grand Lille, insistant sur le défi logistique important que cela représente.

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"Ce qu'il faut, c'est un chef d'orchestre"

Un défi, certes, mais à la portée d'un pays comme la France, martèle Philippe Amouyel, pour qui "on a les structures et les moyens." Et de devancer le comparatif sur le nombre d'habitants dans les pays ayant expérimenté la méthode : "La Slovaquie compte effectivement dix fois moins d'habitants que la France, mais ce n'est pas ainsi qu'il faut raisonner", assure le Pr Philippe Amouyel, puisque "son PIB est proportionnel au nombre d'habitants et que celui de la France est au moins dix fois supérieur". Du reste, dans les Hauts-de-France, région où le dispositif pourrait être testé, "le nombre d'habitants est semblable à celui de la Slovaquie".

Selon lui, le déploiement d'une stratégie comme celle-ci en France repose toutefois sur deux points : la volonté et l'organisation qui en découle. "Ce qu'il faut, c'est un chef d'orchestre. Là, on a plus l'impression d'un concert symphonique avec uniquement des solistes", ironise-t-il.

Quant à l'organisation, elle devrait être "militaire" pour obtenir les résultats escomptés. "Pour un pays comme la France, il faut peut-être laisser l'organisation aux préfets ou aux maires. Il faut commander suffisamment de tests, définir des plateformes centralisées, mobiliser toutes les forces vives, en formant notamment des infirmiers et étudiants au prélèvement nasal, des pompiers et pourquoi pas des militaires, et organiser les tests dans un délai extrêmement rapide, pourquoi pas 48 heures". Dans le cas lillois, les défenseurs de ce projet estiment qu'il faudrait mobiliser environ 1.500 personnes pendant 2 à 3 jours, sachant que la formation au prélèvement nasal ne prendrait "pas plus d'une heure"

Se faire tester "dans l'école du coin"

Rien d'insurmontable, insiste encore celui qui compare ce dépistage à grande échelle à un scrutin. "On a l'habitude d'organiser des élections, on est capable d’organiser le vote de 58 millions de Français en un week-end. Donc, il faut s'appuyer là-dessus. Pourquoi ne pourrions-nous pas nous rendre à l'isoloir transformé pour l'occasion en cabine de prélèvement dans l'école du coin pour nous faire tester ?", interroge-t-il. 

Et ensuite ? Tout l'enjeu repose sur la rapidité des tests proposés afin que les personnes testées positives restent à l'écart et que l'on puisse les soumettre dans la foulée à un questionnaire semblable à celui qui est proposé actuellement pour identifier les cas contact. "L'objectif étant, contrairement à ce qui est pratiqué aujourd'hui, qu'on puisse isoler ces personnes immédiatement après le test pour effondrer la transmission." Idéalement, l'universitaire et ses confrères plaident même pour que le questionnaire mentionne le type de logement et les personnes qui y vivent. "Ce n'est pas la même chose de s'isoler dans 200 m² à deux qu'à quatre étudiants dans 50 m², il y a vrai enjeu aussi sur cet aspect-là", pointe-t-il, préconisant le cas échéant des partenariats avec les chaines hôtelières mais aussi avec des réseaux locaux solidaires pour éviter que les personnes seules ne sortent si elles sont positives, ne serait-ce que pour faire des courses. Les personnes dépistées négatives seront, elles, incitées à rester vigilantes.

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Si les modalités précises de l'opération, notamment le type de test à utiliser, restent à définir, la piste du test salivaire semble évincée d'office, la Haute autorité de santé la réservant pour l'heure aux cas symptomatiques. "Je pense qu'il faut multiplier les genres, pour voir quels tests sont les plus rapides et les plus efficaces dans ce contexte", plaide encore Philippe Amouyel. De manière très pragmatique, ce dernier préconise que le cas échéant, l'annonce du dépistage massif soit faite à la télévision, sur plusieurs chaines. "L'idéal serait de le faire tant que les gens sont encore confinés", espère-t-il, insistant une nouvelle fois sur le caractère urgent de ce dépistage avant les fêtes de fin d'année.

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