Abus sexuels dans l’Eglise : lancement d’un grand appel à témoignages

Population
SCANDALES - La Commission Sauvé, chargée d'enquêter sur les abus sexuels dans l'Eglise, lance pour un an un grand appel à témoins, première étape de ses travaux. Les archives des diocèses et congrégations religieuses vont également être épluchées.

Chargée d’enquêter sur les abus sexuels dans l’Eglise, la Commission Sauvé lance ce lundi 3 juin un appel à témoignages, pour faire la lumière sur les abus sexuels commis par des clercs ou des religieux sur des mineurs et des personnes vulnérables depuis les années 1950.


Cet appel à témoignages passe d’abord par un numéro de téléphone, le 01.80.52.33.55. Au bout du fil, des personnels spécialement formés, en partenariat avec la fédération France Victimes. Couplé à une adresse mail (victimes@ciase.fr) et une boîte postale, ce dispositif permettra d'abord "de recueillir la parole des victimes ou des témoins d'abus sexuels", affirme Jean-Marc Sauvé, président de la commission, à l'AFP.


Deuxième étape : à la fin de cet entretien, il sera proposé aux appelants de répondre à un questionnaire anonyme, "qui sera traité par un institut de sondage et analysé par des chercheurs", a-t-il ajouté. 


Troisième volet, la commission, avec l'appui de chercheurs en sciences sociales, va mener "des entretiens semi-directifs" (auditions approfondies) auprès de victimes volontaires. Objectif : "Analyser plus finement les relations entre la personne abusée et l'auteur, les réticences à parler, la libération de la parole, les réactions des familles et personnes informées, celles de l'Eglise catholique, le traitement fait par l'institution ecclésiale, les raisons du recours au droit ou l'absence de recours au droit de la part de la victime", explique M. Sauvé.

Avec ce dispositif, ce dernier s'attend à "des milliers d'appels", car l'Australie qui a mis sur pied le même dispositif sur trois ans a reçu quelque 40.000 réponses, sur une population de 25 millions d'habitants. La commission, créée à l’automne à la demande de l'épiscopat français, souhaite rendre ses conclusions "fin 2020". 


En parallèle, elle lance aussi un recensement des archives des diocèses et congrégations religieuses, qui vont avoir six mois pour renseigner un questionnaire : nombre de dossiers, type d'auteur, nombre de victimes, suites données... La tâche ne s’annonce pas simple : de nombreux observateurs, y compris des responsables d'Eglise, reconnaissent que les archives ont été ici ou là mal tenues, voire volontairement purgées. "Je ne pars pas battu", assure toutefois Jean-Marc Sauvé. La CIASE entend aussi explorer des archives de la justice (traitements des plaintes) et des archives de presse.


Craignant que cette commission "manque de moyens" et ait "un accès difficile aux archives", un rapport sénatorial publié la semaine passée, a appelé à lui donner "une réelle capacité d'action".

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter