Suppression de milliers de postes chez Airbus : la douloureuse question des sous-traitants

Avec l'arrêt du trafic aérien, Airbus a diminué sa cadence de production d'un tiers. Mardi, la compagnie a annoncé la suppression de 15 000 postes.

SOCIAL - Alors qu'Airbus a annoncé la suppression d'un dixième de ses effectifs soit plus de 10.000 postes, du côté des entreprises sous-traitantes de l'avionneur, les plans sociaux commencent à être annoncés. En Occitanie, ce sont des dizaines de milliers d'emplois qui pourraient être menacés.

C'est une hécatombe sociale qui s'annonce dans l'aéronautique. Mardi 30 juin, Airbus a annoncé la suppression d'environ 15.000 postes, soit 11% de ses effectifs, dont le tiers en France. L'avionneur n'exclut pas des licenciements secs pour faire face à la "crise sans précédent" subie par le secteur du transport aérien mis à plat par le Covid-19. Ce plan, le gouvernement l'a jugé "excessif" et ce mercredi, Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'Etat aux Transports, a expliqué sur RMC, que les dispositifs d'aide de l'Etat devraient permettre de "sauver" 2.000 emplois, sur les 5.000 postes qu'Airbus entend supprimer en France. 

Reste que l'aéronautique en France ne se limite pas au seul avionneur Airbus et aux compagnies aériennes. Derrière le fleuron de l'industrie française qu'est Airbus, des centaines d'entreprises sous-traitantes pourraient également être touchées de plein fouet par l'effet domino, causé par cette crise. L'équipementier Daher a ainsi déjà annoncé la suppression d'un maximum de 1.300 postes sur les 10.000 du groupe. De fait, quand l'aéronautique plonge, ce sont des centaines d'entreprises sous-traitantes qui boivent la tasse.

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Des entreprises très dépendantes de l'aéronautique

Selon l'Insee, ces boîtes sont extrêmement dépendantes de l'activité aéronautique : "les activités aéronautiques et spatiales représentent 70 % du chiffre d’affaires des entreprises de la chaîne d’approvisionnement. Cette dépendance est forte dans l’industrie (81 %) par comparaison au tertiaire (48 %)". En Occitanie, Airbus commande chaque année pour 5 milliards d'euros à ses sous-traitants.

"La baisse des cadences chez Airbus est de 35 à 40%, ça veut dire activité partielle pour beaucoup de salariés. Qui dit baisse de cadence, dit baisse de la fourniture de produits par les sous-traitants", expliquait récemment le député En Marche de Haute-Garonne Mickaël Nogal, chargé par le gouvernement de consulter les acteurs de la filière. Et pour comprendre la crise sociale qui s'annonce dans le secteur, il faut regarder les chiffres. Le poids des sous-traitants est considérable dans l'aéronautique. Un appareil de l'avionneur européen, c'est 20 % fabriqué par Airbus et 80 % par les sous-traitants.

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Quels impacts directs pour les sous-traitants ?

Selon la Chambre de Commerce et d'Industrie d'Occitanie, la région, ainsi que celle d'Île de France comptent 28 % des 187 000 salariés français de l'aéronautique et du spatial selon le Gifas (Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales). La région Occitanie revendique d'ailleurs plus de 800 entreprises et 86 000 emplois directs dans l'aéronautique et le spatial, soit 40 % de l'emploi industriel régional. Sans compter les starts-ups spécialisées. Autant dire que l'implantation régionale de ces entreprises est forte. Alors pour Alain Di Crescenzo, président de la Chambre de commerce et d'industrie Occitanie, au regard de la baisse d'activité chez Airbus : "c'est autant d’emplois qui se trouvent menacés, soit 40 000 emplois directs et autant d'emplois indirects". 

Ces emplois, ce sont des entreprises comme Ratier Figeac, Sogeclair, Liebherr... L'entreprise Sogeclair, située à Blagnac en Haute-Garonne a annoncé la semaine dernière un "plan de sauvegarde de l'emploi" qui  pourrait concerner jusqu'à 245 personnes en France, dont l’essentiel dans la région toulousaine, soit environ 50% des effectifs français. Chez Scalian, spécialiste en ingénierie, un plan de sauvergarde de l'emploi (PSE), qui concerne 140 salariés sur 225 a été annoncé à la mi-juin à sa filiale CMT+. De gros sous-traitants comme Safran, Derichebourg, envisagent également des centaines de suppressions de postes, selon les syndicats.

Pour la France, le plan d'Airbus sera détaillé lors d'un comité de groupe Airbus France ce jeudi 2 juillet, à Blagnac, siège de l'avionneur dans la banlieue de Toulouse, selon plusieurs sources syndicales, à l'AFP. Selon la CFE-CGE, 3.488 suppressions de postes sont prévues dans la branche avions et 1.464 chez Stelia Aerospace. L'enjeu pour l'avionneur, comme pour l'ensemble de ses sous-traitants, est de surmonter la crise sans perdre les compétences d'une main-d'oeuvre très qualifiée afin de pouvoir rebondir une fois que le marché redémarrera. "On est en mode survie tous ensemble", a résumé Guillaume Faury, le président exécutif d'Airbus. 

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