Affaire de la "Ligue du LOL" : "On vit dans un immense boys' club"

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Ligue du Lol : révélations en cascade contre des cyberharceleurs

DÉCRYPTAGE - La révélation, au grand jour, de l'existence de la "Ligue du LOL" par Libération vendredi 8 février, n'est pas qu'une simple histoire de journalistes parisiens sur les réseaux sociaux. Elle met en lumière la logique des boys' club, qu'une enseignante de l'université du Québec à Montréal décortique pour LCI.

Quelques femmes, beaucoup d'hommes. La "Ligue du LOL", dont les agissements ont été révélés par Libération vendredi 8 février, réunissait depuis 2009 une trentaine de membres, journalistes parisiens et communicants, au sein d'un groupe Facebook. Accusés aujourd'hui d'avoir mené des opérations de harcèlement et d'humiliations envers des militantes, des journalistes féministes et des hommes homosexuels, ils ont au moins le mérite de jeter un éclairage nouveau sur ce qu'on appelle les "boys' club". 

L'expression, quoiqu'un peu désuète, opère en effet un retour en force depuis ces révélations. Mais qu'entend-t-on exactement par là ? Martine Delvaux, écrivaine, professeure de littérature à l'université du Québec à Montréal et auteure de "Filles en série" (Editions du remue-ménage), a travaillé sur la question. 

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Des boys' club visibles et invisibles

"Il y a une définition historique du boys' club, qui évoque des clubs privés de la fin du 19e siècle en Angleterre" nous explique-t-elle. "Ils étaient constitués d'hommes, blancs et privilégiés, anciens élèves en écoles privées. A l'origine, on dit qu'ils se sont regroupés pour échapper à l'espace domestique occupés par les femmes. Mais en fait, on vit depuis bien longtemps dans un immense boys' club... qu'on appelle aussi le patriarcat ou la domination masculine."

Voilà pour les présentations. Mais rien ne vaut quelques exemples concrets. Pour Martine Delvaux, "les fraternités des grandes écoles américaines, qui regroupent là encore des hommes de bonne famille", sont une forme visible des boys' club. "Ces garçons deviendront ensuite membres du Congrès, dirigeants des plus grandes entreprises. D'une manière plus générale, il s'agit de réseauter ensemble. Aujourd'hui, cela peut prendre la forme de groupuscules d'hommes qui fonctionnent en réseaux fermés et cachés, à l'image de la 'Ligue du LOL'." Elle ajoute : "Ils peuvent aussi être beaucoup plus grands et finalement invisibles. Au départ, le plan des membres d'un boys' club n'est pas nécessairement machiavélique, ils ne veulent pas forcément faire du mal. Mais ils en font, fatalement. Parce que ces boys' club ont tout à voir avec l'accès au pouvoir aux dépends des autres, c'est-à-dire des femmes et des minorités. La 'Ligue du LOL' a eu pour effet de mettre en péril la carrière de ses cibles. On leur a dit 'restez à votre place, vous ne serez jamais nos égales'". 

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Confréries informelles

Des boys' club qui ne sont pas sans conséquences sur les carrières, principalement, de celles et ceux qui en sont exclus. Pour Martine Delvaux, il faut donc "casser ces boys' club qui nous maintiennent dans le fantasme selon lequel l'homme blanc hétérosexuel représente le neutre, dans notre société. Or, cela est faux et les inégalités existent toujours. Je pense qu'une nouvelle génération de féministes, qui prend la parole depuis 2012 environ, en a juste marre de l'exclusion des femmes et des minorités." 

La dénonciation de ces confréries informelles, bien que périlleuse, paraît nécessaire à la professeure. Surtout, selon elle, l'issue se trouve dans une réponse positive des femmes et des minorités : "Il faut que les femmes apprennent à rester solidaires. Car les hommes unis dans les boys'club s'en prennent aux femmes aussi parce qu'elles sont isolées. Or, on les présente toujours comme des rivales naturelles, entre elles. Il faut sortir de cette représentation." Et l'enseignante de conclure : Nous aussi, nous devrions savoir réseauter."

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