Affaire Matzneff : entre soutien à l'auteur et indignation, les réactions du monde littéraire et politique se bousculent

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L’affaire Gabriel Matzneff, écrivain accusé de pédocriminalité

POLÉMIQUE - L'affaire Matzneff, du nom de l'écrivain ouvertement pédophile mis en cause aujourd'hui par le témoignage d'une de ses victimes, a provoqué une vive polémique dans le milieu littéraire et a suscité la réaction de plusieurs membres du gouvernement.

La polémique a éclaté il y a maintenant plusieurs jours. Gabriel Matzneff, auteur de 83 ans dont la pédophilie assumée n'a jamais empêché le succès, est finalement confronté à la gravité de ses actes. A l'approche de la publication du Consentement, livre-témoignage de l'éditrice Vanessa Springora, dans lequel elle raconte sa relation avec l'écrivain de 36 ans son aîné alors qu'elle n'avait que 14 ans, les langues se délient.

Ceux qui ne connaissaient pas ou peu Matzneff s'indignent en découvrant le personnage, ceux qui le connaissaient s'expliquent ou se repentissent. Dans une culture française encore très prompte à "séparer l'homme de l'artiste", quelques personnalités défendent même l'écrivain, invoquant au choix "un procès fait à une époque révolue" ou "un puritanisme qui cherche à réécrire le passé". Personnalités du monde littéraire et politique, chacun y va de son commentaire.

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Le clash Denise Bombardier - Françoise Laborde - Josyane Savigneau

Les premières prises de position ont eu lieu suite à la publication par l'INA d'une archive de l'émission Apostrophes, datant du 2 mars 1990, où Gabriel Matzneff est reçu pour présenter un nouveau livre. A l'époque, seule l'écrivaine canadienne Denise Bombardier déclare haut et fort son indignation face aux actes de Gabriel Matzneff

Son intervention ce jour-là lui a valu, selon elle, d'être exclue du monde littéraire durant trente ans, en plus d'être traitée de tous les noms. Alors que l'écrivaine et journaliste Françoise Laborde - très impliquée dans la protection de l'enfance comme le rappellent nos confrères de France Info - exprime son admiration pour l'écrivaine sur Twitter, elle a été vivement prise à partie par Josyane Savigneau, ancienne directrice des pages littéraires du journal Le Monde. Expliquant qu'elle ne "change pas d'avis sur Matzneff parce que la chasse aux sorcières a commencé", elle assure que "soutenir Denise Bombardier est la dernière chose qui [lui] viendrait à l'esprit".

Françoise Laborde ne s'est pas démontée, et a publié un long thread reprenant des chiffres concrets pour illustrer la gravité de la pédocriminalité en France. "Nous sommes le pays qui a le plus de complaisance à l’égard de ces crimes. Chaque fois qu’un criminel est publiquement dénoncé, des voix s'élèvent pour dire que... 'il ne mérite pas ça, ça ne lui ressemble pas, il a d’autres talents'!", a-t-elle notamment dénoncé.

Des soutiens et quelques regrets

Bernard Pivot, animateur de l'émission Apostrophes à l'époque, a finalement réagi à la polémique sur son douteux silence ce jour-là. Mais il n'est pas le seul à avoir été interpellé directement sur les réseaux sociaux pour s'expliquer sur sa complaisance vis-à-vis de Gabriel Matzneff. 

Interpellé sur Twitter, l'écrivain Alexandre Jardin, lui aussi invité sur le plateau d'Apostrophes le 2 mars 1990, a répondu à cette polémique. Il a insisté sur le fait qu'il y a 30 ans, il ignorait "tout de ces gens. Qui Matzneff était, qui Bombardier était. Je n'ai d'ailleurs jamais lu une ligne des deux". L'auteur a également assuré être "épouvanté" d'apprendre les actes de Matzneff en 2020, "comme tout le monde".

Guillaume Durand, qui a animé plusieurs émissions culturelles, a estimé dans un premier temps que punir Matzneff "procède de l'ignorance érigée en morale".

Sur Twitter, une internaute l'a ensuite interpellé pour lui demander "Sommes-nous vraiment en train de comparer les victimes du sida (en majorité des adultes consentants qui n'ont fait de mal à personne) avec des pédophiles assumés qui brisent les enfants ?", a finalement eu une réponse de la part de l'interrogé. "J'ai juste essayé maladroitement de dire que notre époque ne supporte plus ce qui était toléré il y a 40 ans. Je crois qu'un certain puritanisme (manif pour tous et d'autres) cherche à réécrire le passé (y compris celui des rapports consentis) pour aseptiser le présent", a répondu le journaliste. Ce message ayant d'autant plus déclenché la colère des twittos. Le lendemain, il a néanmoins rédigé : "Si on déchaîne une telle colère c qu’on a été maladroit dans l’expression. Le père de 5 enfants que je suis ne peut que réprouver ces pratiques. On a changé d’époque tant mieux. Amicalement".

Le gouvernement monte au créneau

Les membres du gouvernement ont tenu une ligne unanime pour soutenir les victimes de la pédophilie. "Le supposé talent des pédocriminels et autres violeurs n'est JAMAIS une excuse", a notamment écrit Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Egalité Femmes-Hommes, sur Twitter. "'Tout le monde savait' pour l'écrivain... Vous savez pour d'autres ? SOS 3919 / 119", a-t-elle ajouté en rappelant les numéros de secours spécialisés.

Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la Protection de l'Enfance, a également encouragé les témoins de violences sexuelles sur mineur à "agir, dans le doute".

Le ministre de la Culture Franck Riester a quant à lui indiqué avoir demandé au Centre national du livre (CNL) de lui fournir des précisions sur l'attribution par l'organisme d'une allocation dont bénéficie encore aujourd'hui Gabriel Matzneff. "Je prendrai mes responsabilité", a-t-il ajouté, assurant que "l'aura littéraire n'est pas une garantie d'impunité". Tous les trois ont exprimé leur soutien à Vanessa Springora et "aux victimes qui ont le courage de briser le silence".

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