Affaire Traoré : l'avocat de la famille veut faire annuler la dernière expertise dédouanant les gendarmes

Affaire Traoré : l'avocat de la famille veut faire annuler la dernière expertise dédouanant les gendarmes
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BATAILLE MÉDICALE - Un cardiologue a participé à une expertise rendue le 25 mai, sans que son nom n’apparaisse dans le rapport, ce qui est contraire à la loi. La famille d’Adama Traoré, qui dénonçait déjà un rapport "de complaisance", demande la nullité de cette expertise, qui met hors de cause les gendarmes.

Rendues fin mai, les conclusions de la dernière expertise judiciaire mettaient hors de cause les gendarmes dans l’affaire de la mort d’Adama Traoré, décédé en 2016 au cours d’une interpellation par les forces de l’ordre. Mais l’avocat de la famille d’Adama réclame aujourd’hui la nullité de cette expertise.

Dans sa requête envoyée ce lundi 15 juin à la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, Me Yassine Bouzrou dénonce le fait que les trois médecins ayant rédigé ce rapport aient fait appel à un confrère cardiologue, sans le mentionner. C'est via un courrier envoyé début juin aux magistrats instructeurs que l'un de ces médecins leur annonce qu'ils ont travaillé en "prenant avis" auprès d'un tiers.

Or, selon l'avocat, une telle sollicitation devait être mentionnée dans l'expertise, et son absence justifierait son annulation dans la procédure, alors qu'elle est très critiquée par la famille d'Adama Traoré.

"Nous avions dénoncé un rapport de complaisance qui se permettait d'inventer une pathologie cardiaque alors qu'un cardiologue avait balayé cette hypothèse. Ces pseudo-experts tentent en toute illégalité de justifier leurs conclusions et leur incompétence en matière de cardiologie", a critiqué Me Bouzrou auprès de l'AFP.

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Contacté par l'AFP, Me Rodolphe Bosselut, l'avocat de deux des gendarmes mis en cause, n'a pas souhaité réagir.

Il appartient désormais à la cour d'appel de déterminer si cette requête en nullité est recevable et, le cas échéant, si un grief a été causé pour déterminer la portée de cette nullité. 

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré était décédé dans la caserne des gendarmes de Persan près de deux heures après son arrestation dans sa ville de Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise) et au terme d'une course-poursuite, après avoir échappé à une première interpellation. Près de quatre ans plus tard, l'enquête est toujours ouverte et le dossier judiciaire est notamment devenu une bataille médicale. 

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D'un côté, deux expertises de synthèse ordonnées par les juges ont mis en avant des antécédents médicaux - notamment cardiaques - pour expliquer ce décès et ont dédouané les trois gendarmes, qui ne sont pas mis en examen ; de l'autre, deux rapports réalisés à la demande de la famille ont balayé leurs conclusions et pointé la technique d'interpellation des forces de l'ordre. Le deuxième de ces rapports a été rédigé par l'un des quatre médecins auteurs du premier, dénonce l'un des avocats des gendarmes. Il avait été rendu public le 2 juin, quatre jours après la dernière expertise judiciaire.

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